Élections législatives kosovares de 2021

Les élections législatives kosovares de 2021 (en albanaisZgjedhjet parlamentare në Kosovë 2021) ont lieu le afin d'élire les 120 députés de la 7e législature de l'Assemblée du Kosovo pour un mandat de quatre ans.

Le scrutin est anticipé de plus de trois ans par rapport à la date initialement prévue à la suite de l'invalidation en du vote d'investiture du gouvernement du Premier ministre Avdullah Hoti par la cour constitutionnelle.

Le parti d'opposition Autodétermination, jugé grand favori du scrutin malgré l'interdiction de se porter candidat imposée à son dirigeant Albin Kurti, arrive en tête avec près de la moitié des suffrages.

Contexte

Gouvernement Kurti

Les législatives d' voient la défaite de l'Alliance pour l'avenir du Kosovo du Premier ministre sortant Ramush Haradinaj, qui arrive en quatrième position. Le parti Autodétermination, arrivé en première place, et la Ligue démocratique du Kosovo sont considérés comme les grands gagnants du scrutin, jugé historique de par la défaite des partis dirigés par d'ex-commandants de la Guerre du Kosovo, qui dominaient le système politique depuis l'indépendance.

Aucune formation n'ayant obtenu la majorité absolue des sièges, de longues négociations ont lieu, aboutissant à la formation d'un nouveau gouvernement de coalition mené par Autodétermination et la Ligue. Le dirigeant d'Autodétermination, Albin Kurti devient ainsi Premier ministre. Le gouvernement, qui inclut également la Liste serbe et le Nouveau parti démocratique, ainsi que le soutien sans participation des autres partis des minorités, reçoit la confiance du parlement par 66 voix sur 120 le .

Gouvernement Hoti

Photo du Premier ministre Avdullah Hoti.
Le nouveau Premier ministre, Avdullah Hoti.

Le gouvernement est renversé moins de deux mois plus tard en pleine pandémie de coronavirus par une motion de censure déposée le par la LDK à l'encontre du gouvernement. L'alliée d'Autodétermination au sein du gouvernement reproche en effet à Albin Kurti le limogeage de l'un de ses ministres pour avoir soutenu la proposition de mise en place de l'état d'urgence du président Thaçi, dont les pouvoirs auraient été augmentés durant cette période. Selon le Premier ministre sortant, qui bénéficiait pourtant d'une côte de popularité de 65 %, ce retournement d'alliance aurait pour réelle cause les pressions exercée par les États-Unis mécontents de sa politique envers le voisin serbe. Trois membres de la LDK, dont Vjosa Osmani s'opposent à la motion, qui est adoptée par 82 voix sur les 115 députés présents, conduisant à la mise en place d'un gouvernement de gestion des affaires courantes jusqu'à la formation trois mois plus tard d'un nouveau gouvernement de coalition regroupant, la Ligue, l'Alliance pour l'avenir du Kosovo, Initiative sociale-démocrate, la Liste Serbe et le Parti démocratique turc du Kosovo. Le , Avdullah Hoti devient Premier ministre avec le soutien de 61 députés sur 120 au cours d'une séance boycottée par Autodétermination. Membre de la Ligue, Hoti promet rapidement de renouer le dialogue avec la Serbie afin de parvenir à un accord et une normalisation des relations entre les deux pays.

Démission du président Hashim Thaçi

Hashim Thaçi en 2018

Pourvu au scrutin indirect par le parlement, le poste de président de la république fait régulièrement l'objet d'importantes tractations de la part des différents partis lors de la formation des gouvernements, retardant notamment la formation en 2019 du gouvernement Kurti.

Le président Hashim Thaçi annonce le sa démission à la suite de son inculpation en juin par le tribunal spécial de la Haye sur les crimes de guerre ayant eu lieu au cours de la Guerre du Kosovo. Ancien chef politique de l'Armée de libération du Kosovo (UÇK), Thaçi est accusé d'être responsable d'une centaine de meurtres, de disparitions forcées, de persécutions et de tortures. Il déclare vouloir protéger par son retrait l'intégrité de la fonction présidentielle et du Kosovo, et se consacrer à sa défense, clamant son innocence. Il se rend à La Haye, où il est placé en détention. La présidente du parlement, Vjosa Osmani, assure l'intérim en attendant la tenue d'une présidentielle en au plus tard.

Chute du gouvernement Hoti

Albin Kurti se tourne entre temps vers la Cour constitutionnelle pour demander l'annulation de la formation du gouvernement d'Avdullah Hoti. Il met en avant le fait que le vote d'investiture du nouveau gouvernement a été gagné d'une seule voix, dont celle décisive du député Etem Arifi du Parti démocrate des Ashkalis du Kosovo (PDAK). Or, ce dernier était condamné depuis le à une peine de quinze mois de prison ferme pour fraude, auquel il continuait d'échapper grâce à plusieurs recours, plaidant un mauvais état de santé, avant de se rendre finalement à la police fin septembre. Kurti met en avant l'article 70 de la constitution, qui met fin au mandat d'un député en cas de condamnation à plus d'un an de prison, tandis que les partisans du gouvernement argue que la condamnation d'Arifi a eu lieu sous la législature précédente. Le , la Cour rend son verdict et juge illégal le vote d'investiture du gouvernement Hoti, ordonnant dans la foulée au président de convoquer de nouvelles élections. Ces dernières doivent être organisées dans un délai de quarante jours à partir de l'annonce par le chef de l'État de leur convocation. Cette dernière décide le de les fixer au suivant.

Système électoral

L'Assemblée du Kosovo est un parlement unicaméral doté de 120 sièges pourvus pour quatre ans au scrutin proportionnel plurinominal dans une circonscription électorale unique. Les sièges sont répartis selon la méthode d'Hondt à tous les partis ayant franchi le seuil électoral de 5 % des suffrages exprimés. Les électeurs ont également la possibilité d'effectuer jusqu'à cinq vote préférentiels pour des candidats de la liste choisie afin de faire monter leurs place dans celle ci.

Sur les 120 sièges, 100 sont occupés par les albanophones tandis que les 20 restants sont réservés aux minorités ethniques, à raison de dix sièges pour les Serbes, 4 pour les Roms, Ashkalis et Égyptiens des Balkans, 3 pour les Bosniaques, 2 pour les Turcs et 1 pour les Gorans. Depuis 2008, toutes les listes sont en outre soumises à des quotas imposant un minimum de 30 % de candidats de chacun des deux sexes, avec une alternance dans l'ordre des listes au minimum tous les trois noms.

Principales forces politiques

Campagne

La campagne est dominée par le parti Autodétermination de l'ancien Premier ministre Albin Kurti, qui réunit plus de 40 % des intentions de vote, porté par un discours de lutte contre la corruption. Il forme une liste commune avec le parti Guxo (Osez !) de la présidente par intérim Vjosa Osmani, ancienne membre de la LDK qui devient leur candidate pour l'élection présidentielle kosovare de 2021. Le scrutin prend ainsi la forme d'une opposition entre ce « ticket » commun de deux dirigeants anti-corruption relativement jeunes et la « vieille garde » des partis dirigés par les anciens commandants de l'Armée de libération. La mobilisation très forte de la diaspora, marquée par l'inscription de plus de 100 000 électeurs malgré des frais à leur charge, est perçue comme due à un désir de changement qui pourrait profiter à Autodétermination et Guxo.

La liste présentée par Autodétermination n'est cependant pas certifiée en janvier par la Commission électorale, qui en fait de même pour celles de l'Initiative sociale-démocrate (NISMA) et de l'Alliance pour l'avenir du Kosovo (AAK) en raison de la présence d'individus ayant été condamnés dans les trois ans précédant l'élection. Sont notamment concernés cinq membres d'Autodétermination dont Albin Kurti, qui avaient été condamnés à de la prison avec sursis en pour avoir lancé du gaz lacrymogène dans le Parlement. Le refus de la Commission est un coup dur pour Kurti, qui ne pourra faire partie de la nouvelle assemblée.

Cette décision entraine de vives critiques de la part des membres d'Autodétermination envers la Commission, accusée d'être une « marionnette » au service du pouvoir. Le parti dépose un recours auprès de la Cour suprême. Cette dernière rend son verdict le : la radiation de candidature pesant sur deux des membres d'Autodétermination est levée, la période de trois ans précédant le scrutin ne recouvrant pas celle de leurs condamnations, mais la Cour confirme celles des autres candidats, dont Albin Kurti.

Sondage

Résultats

Les résultats préliminaires ci dessous ne prennent pas encore en compte les votes de la diaspora, dont le dépouillement devrait prendre une semaine.

Analyse et conséquences

Parti arrivé en tête par municipalité.

Le scrutin voit la victoire écrasante d'Autodétermination, qui double presque son résultat de 2019 et frôle la majorité absolue des suffrages, loin devant les autres partis en lice. Ses principaux rivaux du PDK, de la LDK et de l'AKK reconnaissent leur défaite dés le lendemain du scrutin. Après avoir loué le travail de la tête de liste de la Ligue démocratique du Kosovo, Avdullah Hoti, pour avoir fait tout son possible au cours de la campagne, son président Isa Mustafa décide de démissionner au vu des résultats du parti

L'avance d'Autodétermination est telle qu'elle devrait lui permettre de gouverner sans avoir à former de coalition avec ses adversaires, en s'appuyant sur le seul soutien des partis des minorités.

Voir aussi

Articles connexes

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