Ad maiorem Dei gloriam

L'inscription sur la porte de l'église Saint-Benoît à Istanbul, rappelant la restauration de 1687.

Ad maiorem Dei gloriam ou en lettres ramistes Ad majorem Dei gloriam est une locution latine qui signifie « Pour une plus grande gloire de Dieu » et qui se rencontre dans les œuvres de Grégoire le Grand : « sed ad maiorem Dei gloriam vicit pietas illud pectus virtutis » ; l'Abbé Henry dans sa traduction en français publiée par Mame à Tours en 1855 écrit : « Mais, pour la plus grande gloire de Dieu, la charité triompha dans ce cœur vertueux ». On la rencontre aussi sous le sigle fait de l'initiale de chaque mot A.M.D.G. ou AMDG. Autrefois cette abréviation était habituellement inscrite par les élèves en tête de tous leurs travaux, pour qu'ils se souviennent que leur étude était une mission et que le savoir qu'ils accumulaient devait plus tard être mis au service du royaume de Dieu.
Elle est surtout connue pour être la devise (non officielle) des membres de la Compagnie de Jésus appelés Jésuites.

La devise des Jésuites

L’expression en tant que telle n’est pas fréquemment utilisée par son fondateur Ignace de Loyola, sinon dans ses lettres.
Cependant, les thèmes de la gloire de Dieu et du Magis ignatien (« davantage ») qui s’allient pour former cette devise sont très présents dans les écrits du saint.

Médaillon de pierre apposé sur un mur du « Collegi San Ignasi de Sarria » à Barcelone avec, en son centre, le monogramme trilittère « IHS » qui signifie Jésus en grec et, au pourtour, la sculpture en bas-relief de « Ad maiorem Dei Gloriam »

La gloire de Dieu

Le service, la gloire et la louange de Dieu (ou de la Divine Majesté) sont au principe même de la conversion d’Ignace de Loyola. L’inactivité forcée de sa convalescence à Loyola est meublée de lectures pieuses. La recherche des honneurs du monde, qui guidait jusqu’alors toute sa vie de chevalier, devient soif de l’honneur de Dieu. Lorsque son désir d’aider les âmes lui fait composer son livret des Exercices spirituels, le thème de la gloire de Dieu revient souvent. Il y invite le retraitant à chercher « service, louange et gloire de Dieu ».

Magis

De sa vie de chevalier — car il était plutôt chevalier que soldat — Ignace de Loyola garde l’idéal de la soif de dépassement, du meilleur, du plus courageux. Tout cela se résume dans le Magis (le « davantage ») que l’on trouve souvent dans son récit autobiographique. D’abord il désirait en faire plus que les saints les plus austères. Il comprit progressivement qu’il était appelé à un autre type de dépassement : dans le choix d’un état de vie, dans les décisions concrètes d’engagement personnel, il importait d’aller vers ce qui rendait davantage honneur à Dieu et de ne pas se contenter de ce qui était autorisé, ou même simplement « bien ».

La plus grande gloire de Dieu

Ces deux courants s’allient dans les textes et la spiritualité d'Ignace, surtout à partir du moment où il désire donner une orientation à ses compagnons et à la toute jeune Compagnie de Jésus. Si les thèmes de service, louange, honneur et majesté divine sont présents dans les plus anciennes lettres que nous avons de lui, l’expression « la plus grande gloire de Dieu » se trouve sous sa plume en 1537, peu après la formation du premier groupe d’amis dans le Seigneur. Dans une lettre à Simon Rodrigues, en , on rencontre pour la première fois l’expression telle qu’elle est connue aujourd’hui : « Pour la plus grande gloire de Dieu ». Elle reviendra de plus en plus fréquemment dans la correspondance d’Ignace de Loyola.

Popularisation de l’AMDG

Jérôme Nadal, un proche d'Ignace de Loyola, voyage partout en Europe à partir de 1559 pour faire connaître aux communautés jésuites le premier texte des Constitutions ; il popularise l’expression comme résumant l’idéal apostolique ignatien et le dessein de la Compagnie. Ce n’est que plus tard cependant que cette expression — ou son sigle AMDG — devient (sans caractère officiel) une sorte de devise de la Compagnie. L’édition de 1606 des Constitutions porte pour la première fois, sous le portrait de saint Ignace, le texte Ad maiorem Dei gloriam.

Pour Ignace, le service et l’honneur de Dieu ne sont jamais compris dans le sens restrictif de culte envers Dieu. Le service des hommes, quel qu’il soit, est toujours considéré, tout au long de l’histoire de la Compagnie, comme étant à la gloire et la louange de Dieu.

L'ensemble forme un tout avec le quatrième vœu, qui induit l'obéissance au pape. Les Constitutions précisent : « Il est bon de rappeler dans quelle intention la Compagnie a fait le vœu d'obéir, sans alléguer d'excuse, comme au Souverain Vicaire du Christ : il s'agissait d'être envoyé parmi les fidèles ou les infidèles, partout où il jugerait que ce serait utile pour la plus grande gloire divine et le plus grand bien des âmes. »

La locution ou son sigle sont utilisés dans un très grand nombre de situations concernant les Jésuites, par exemple :

Mais la locution ou son sigle sont aussi utilisés dans les milieux catholiques sans lien direct avec les Jésuites :

Autres utilisations

Cette locution latine (sous sa forme ramiste ou pas) est reprise dans bien d'autres situations.

Dans la musique

Titres d’œuvres

Plusieurs œuvres musicales (de compositeurs qui ne sont pas tous Jésuites) portent cette locution comme titre. Chronologiquement :

  • une messe à quatre voix écrite en 1699 par André Campra (1660-1744)
  • une œuvre de musique vocale a capella par un chœur mixte à 4 voix écrite en 1939 par Benjamin Britten, non jouée de son vivant, éditée de façon posthume et créée à Londres en 1984,
  • un cantique fait de cette seule locution est la dernière pièce d'une messe écrite en 1994 par Jacques Berthier, organiste de 1961 à sa mort en 1994 de l'église Saint-Ignace-de-Loyola à Paris, pour célébrer le 5e centenaire de la naissance d'Ignace de Loyola
  • une œuvre sous-titrée Fanfare for chorus and organ de William Mathias (en) dont la partition est publiée en 2002 par Oxford University Press, Music Department. Cette œuvre commandée par l'Université d'Oxford est créée par le chœur de Stonyhurst à l'occasion du 400e anniversaire de cette université anglaise
  • un cantique fait de cette seule locution mise en musique par Vlastimil Dufka, évêque et jésuite slovaque en 2008
  • une pièce liturgique composée en 2014, par le musicien catholique américain Dan Schutte (en) particulièrement adaptée pour la louange et les processions,
  • un cantique de Laurent Grzybowski (paroles et musique).
Première page de la partition manuscrite de The dream of Gerontius, signée par le compositeur et les interprètes de la création avec [A.M.D.G.] bien lisible tout en haut

Sigle AMDG en exergue de la partition ou en titre d'un album

  • En 1900, Edward Elgar utilise A.M.D.G. comme dédicace de sa mise en musique du poème du cardinal Newman intitulé The Dream of Gerontius (Le rêve de Géronte) ;
  • Un enregistrement de l'organiste Pascal Reber (1961-) en collaboration avec Marc Baumann et comportant diverses œuvres, porte le titre de Ad Majorem Dei gloriam ;
  • Le la Communauté du Chemin Neuf, sous le vocable Chemin neuf Worship produit un album de 11 cantiques intitulé AMDG.

Dans la littérature

Plusieurs textes littéraires sont intitulés A.M.D.G ou Ad majorem Dei gloriam ou y font clairement référence. Chronologiquement :

Dans de nombreuses devises

Dans l'architecture

Détail du vitrail de la déposition de Croix dans la nef droite de la cathédrale Saint-Martin de Bratislava.
Plaque gravée A.M.D.G et MCMI en haut de la façade de l'Église des Jésuites d'Innsbruck.
Fronton du portique de la porte d'entrée de la chapelle du couvent des Récollets de Paris.

Bibliographie

Notes et références

  1. ↑ Voir à chacun de ces mots dans le dictionnaire Gaffiot : Ad est un adverbe qui se traduit par vers, pour suivi de l'accusatif ; majorem est l'accusatif de major qui est l'adjectif comparatif de magnus donc plus grand, Dei est le génitif de Deus, Dieu et gloriam est l'accusatif de gloria, gloire, renom, réputation
  2. ↑ (la) « Dialogi (Gregorius Magnus)/Liber I - Wikisource », sur la.wikisource.org (consulté le ) La citation se trouve un peu après la moitié du chapitre
  3. ↑ « Grégoire le Grand : DIALOGUES », sur remacle.org (consulté le )
  4. ↑ « AMDG »
  5. ↑ Ex. Sp. no 98.
  6. ↑ Il en existe de nombreuses éditions en français, qui depuis 1956 reprennent la traduction du jésuite André Thiry https://data.bnf.fr/fr/12769879/andre_thiry/fr.pdf, par exemple : Récit du Pèlerin, trad. André Thiry, Ed. Salvator, 2006, (ISBN 978-2-7067-0458-1).
  7. ↑ Lettre à Simón Rodriguez, mars 1542, in MHSI, vol. 22, p. 198.
  8. ↑ Daniel Saulnier, Les Jésuites, Histoire et Dictionnaire, Paris, Bouquins éditions, , 436-437 p. (ISBN 978-2-38292-305-4)
  9. ↑ Septième Partie des Constitutions, no 603.
  10. ↑ « Loyola: Homepage », sur loyolajsr.com (consulté le )
  11. ↑ « Loyola University Maryland - About Loyola - AMDG », sur web.archive.org, (consulté le )
  12. ↑ Titre original The hard life(1962) traduction française de Christiane Convers, Paris, Gallimard, coll. « Du monde entier », 1972 (BNF 3522962).
  13. ↑ (en) Philip Derriman, « Hatchet buried with feuding Don, scribe », sur The Sydney Morning Herald, (consulté le )
  14. ↑ Jean-Paul Montagnier, « La Missa Ad majorem Dei gloriam d’André Campra et les messes a cappella imprimées en France entre 1700 et 1760 », in Itinéraires d’André Campra (1660-1744). D’Aix à Versailles, de l’Église à l’Opéra, sous la direction de Catherine Cessac (Versailles : Centre de musique baroque de Versailles ; Wavre : Éditions Mardaga,2012, (ISBN 978-2-8047-0104-8)), pp. 327–347.
  15. ↑ La partition est publiée chez Verlag Faber Music (ISBN 978-0-571-50816-7)
  16. ↑ « Ad Majorem Dei Gloriam, Benjamin Britten », sur brahms.ircam.fr (consulté le )
  17. ↑ Ed. musicales Cathédrale de Strasbourg 1997)
  18. ↑ « bibliotheca Augustana », sur www.hs-augsburg.de (consulté le )
  19. ↑ « Les Châtiments/Ad majorem Dei gloriam - Wikisource », sur fr.wikisource.org (consulté le )
  20. ↑ Ana Ortiz Islas et Autores varios, Ad maiorem dei gloriam : La compañia de jesus promotora del arte, México, Universidad Iberoamericana, , 271 p. (ISBN 978-9-68859-514-5, présentation en ligne)
  21. ↑ « Ana Ortiz Islas – Colegio de Historia », sur historia.filos.unam.mx (consulté le )
  22. ↑ (en) « Dóm sv. Martina prepisoval dejiny, dnes je dominantou Bratislavy – galéria », sur dromedar.zoznam.sk (consulté le )
  23. ↑ « Rye Harbour Image Library | Picture », sur www.ryeharbour.net (consulté le )
  24. ↑ « Photos de Vitraux - Saint Ignace de Loyola », sur www.ndoduc.com (consulté le )

Articles connexes