Abaqa

Abaqa
Abaqa à cheval. Son fils Arghoun se tient debout, portant son enfant Ghazan. Miniature d'un ouvrage de Rashid al-Din, XIVe siècle.
Fonction
Khan
Ilkhanat
-
Titre de noblesse
Prince
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 48 ans)
HamadanVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom dans la langue maternelle
ᠠᠪᠠᠭ᠎ᠠ ᠬᠠᠨVoir et modifier les données sur Wikidata
Activité
Famille
Gengiskhanides, Ilkhanides (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Père
Mère
Fratrie
Yoshmut (en)
Jumghur (en)
Ahmad Teküder
Möngke Temür (en)
Khongurtaï (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoints
Maria Palaiologina
Bulujin Egachi (d)
Todeï Khatun (d)
Nokdan Khatun (d)
Buluqhan Khatun (en)
Padisha Khatun
Öljei Khatun (d)
Mirtay Khātūn (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Arghoun
Ghaykhatou
Theodora Palaiologina Arachantloun (d)
Georgios Bahadur (d)
Oljath (en)
Malika Khatun (d)
El Qutlugh Khatun (en)
Toghanchuq Khatun (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Conflit

Abaqa ou Abaka (mongol : ᠠᠪᠠᠭ᠎ᠠ
ᠬᠠᠭᠠᠨ
, VPMC : Abaqa qaγan ; mongol cyrillique : Абаха хан, ISO-9 : Abakha khan ; avga : « oncle paternel »), né en 1234 en Mongolie et mort en 1282 près de Hamadan, est le deuxième Khan de l'Ilkhanat de Perse. Fils d'Houlagou Khan, arrière-petit-fils de Gengis Khan, il lui succède en 1265 et règne jusqu'en 1282.

Son règne est marqué par la consolidation de l’administration de l’Ilkhanat, une relative stabilité politique intérieure et des conflits contre la Horde d'or, le Khanat de Djaghataï et le Sultanat mamelouk d'Égypte. Il mène également plusieurs démarches diplomatiques auprès des souverains et des autorités religieuses d’Europe occidentale afin d’obtenir leur soutien contre les Mamelouks, sans succès.

Biographie

Origine et accession au trône

Abaqa est le fils aîné d'Houlagou Khan et de Yesunjin de la tribu des Sulduz (en),. Il naît en février ou mars 1234. Avec son demi-frère Yoshmut (en), il accompagne son père dans la campagne d'Occident. Avant le début de son règne, l'Ilkhanat de Perse subit les séquelles de la guerre de succession qui, après la mort de Möngke Khan en 1259, a opposé ses frères Kubilai et Ariq Boqa ; Houlagou Khan a dû combattre son parent le gengiskhanide Berké, khan de la Horde d'or, partisan d'Ariq Boqa. Abaqa doit garantir le nord de ses états contre les incursions de la Horde. Afin d'y parvenir, il poursuit la politique diplomatique de son père, à l'égard de l'Empire byzantin, afin d'opposer une force militaire importante à l'allié de la Horde d'Or, le Sultanat mamelouk d'Égypte.

Abaqa aide Alghu à l'est, mais l'offensive en territoire de la Horde d'or est repoussée. Malgré cette défaite, il est nommé gouverneur d'une grande partie de l'Iran jusqu'à l'Amou-Daria et campe depuis Mazandéran. À la mort de Hülegü en février 1265, Abaqa est rappelé du Khorasan pour lui succéder. Après avoir écarté les velléités de contestation de son frère Yoshmut, il est proclamé khān à l'unanimité des élites mongoles en juin 1265. Si l'autorité nominale revient au Grand Khān Qubilay en Chine, dont Abaqa obtient la reconnaissance et l'approbation formelle en 1270, il gouverne en maître indépendant de son propre État, fixant sa capitale administrative à Tabriz. En 1265, apprenant le décès d'Houlagou Khan, l'empereur byzantin Michel VIII Paléologue propose sa fille Maria en mariage à Abaqa.

Règne

Relations avec les puissances franques

En 1271, il épouse Qutlugh-Khanid (en)[réf. nécessaire]. Abaqa est bouddhiste, comme son père Houlagou[réf. nécessaire], mais l Il privilégie les intérêts des bouddhistes et des chrétiens alors que la population de ses États est en majorité musulmane, les tentatives de conversions forcées entraînant de nombreux heurts[réf. nécessaire].

Sur le plan extérieur, cette orientation se traduit par l'envoi d'ambassades au pape, à l'époque Grégoire X, et aux souverains européens, afin de mener une action commune contre les puissances musulmanes (en particulier les Mamelouks de Syrie et d'Égypte), mais ces initiatives sont autant d'échecs.

Abāqā mène une politique diplomatique active auprès des souverains et des autorités religieuses d’Europe occidentale. Son objectif est d’obtenir une coopération militaire contre les Mamelouks, dont le pouvoir constitue un obstacle commun aux ambitions mongoles et aux intérêts des États chrétiens établis en Méditerranée orientale. Dès 1266-1267, il adresse des lettres au pape Clément IV et au roi Jacques Ier d’Aragon. Le pape répond favorablement en août 1267, sans toutefois prendre d’engagement militaire précis. En 1268, Abāqā dépêche une nouvelle ambassade, qui rencontre notamment Jacques Ier. Ce dernier organise une expédition navale à destination de la côte syrienne, mais une tempête disperse la majeure partie de la flotte. Abāqā envoie ensuite une importante ambassade au deuxième concile de Lyon, convoqué par le pape Grégoire X en 1274. Un mémorandum rédigé par Richard, un dominicain qui sert d’interprète au khan, expose les relations entre Mongols et Francs, les difficultés d’une campagne contre les Mamelouks et la volonté mongole d’obtenir une aide occidentale. Le pape répond de manière générale et insiste également sur la conversion d’Abāqā au christianisme.

La mort de Grégoire X en 1276 met fin à ces perspectives de coopération. Une dernière ambassade arrive à Rome à la fin de 1276 ou au début de 1277, puis poursuit son voyage vers la France et l’Angleterre. Elle propose un soutien mongol à une éventuelle expédition chrétienne en Orient, mais aucune réponse positive n’est connue. Abāqā finit par engager une offensive contre les Mamelouks sans assistance franque.

Conflits

Le règne d'Abaqa est caractérisé par une stabilité interne relative : bien qu'il n'y ait eu aucune rébellion, les conflits frontaliers et les incursions sur son territoire sont courants. Les hostilités avec la Horde d'Or reprennent immédiatement dans le Caucase avec une armée menée par Yoshmut et Nogaï. Abaqa intervient avec de nombreuses troupes et parvient à pousser Berké Khan dans une impasse, provoquant sa mort par noyade dans une tentative de fuite. Abaqa fera construire une garnison fortifiée à cet endroit afin de protéger le front caucasien et des relations pacifiques sont établies avec Mengü Temür, successeur de Berké. Toutefois, si l'ouest est pacifié, le front de l'est avec les djaghataïdes est menacé. Au début de 1270, Barac mène une grande armée dans le Khorasan avec le soutien de Qaïdu. Abaqa quitte le Caucase en avril 1270 avec son armée principale afin de venir en aide à son frère cadet Tubshin. Les armées des deux khans se rencontrent à la bataille de Hérat (en) et Barac est mis en déroute. Poursuivi, il est tué quelques semaines plus tard. En conséquence, la frontière nord-est est à son tour pacifiée.

Sur le plan diplomatique, Abaqa s'efforce de maintenir de bonnes relations avec la Dynastie Yuan et offre son soutien régulièrement au Grand Khan Kubilai. Cette situation permet d'assurer la préservation de la paix avec ses cousins gengiskhanides aux frontières. En conséquence, il dirige ses force vers l'ouest afin de s'attaquer aux mamelouks d'Égypte. Depuis la défaite de la bataille d'Aïn Djalout, le front s'est stabilisé. Une première force attaque en 1271 depuis l'Anatolie. En 1272, les forces mongoles attaquent Al-Bireh, mais ne parviennent pas à renverser la défense menée par Baybars. Une nouvelle tentative est effectuée en 1275, mais échoue de nouevau. En 1277, Baybars tente de reprendre l'Anatolie mais échoue. Cependant, des rébellions et séditions dans le territoire provoquent des répercussions violentes de la part d'Abaqa. Il perd le contrôle du royaume arménien de Cilicie et Antioche est prise par Baybars.

Vers 1280, Abāqā semble renoncer à l’espoir d’une vaste opération commune avec les puissances franques et envisage d’attaquer directement la Syrie. Une première tentative est abandonnée lorsque Sunqur al-Ashqar, gouverneur rebelle de Damas, se réconcilie avec le sultan mamelouk Qalāwūn. L’année suivante, les Mongols lancent une nouvelle offensive, probablement avec une armée d’au moins 40 000 hommes, commandée par Möngke Temür (en), frère d’Abāqā. Le khan reste lui-même à l’est de l’Euphrate, face au Qasr al-Rahba. Les armées mongole et mamelouke s’affrontent au nord de Homs le 28 octobre 1281. Après de violents combats, les Mamelouks remportent la victoire et les troupes mongoles battent en retraite.

Politique intérieure et administration

Le règne d’Abāqā contribue à la consolidation institutionnelle de l’Ilkhanat. L’administration se structure davantage autour de fonctionnaires spécialisés et d’une gestion plus régulière des territoires conquis par Hülegü. Il s'appuie notamment sur Shams al-Dīn Muḥammad al-Juwaynī et ʿAlāʾ al-Dīn ʿAṭā Malik pour engager les réformes. Shams al-Dīn al-Juwaynī ne se limite pas aux affaires financières. En 1277, il reçoit le commandement de forces chargées de réprimer les troubles en Anatolie, puis dirige une expédition contre les populations montagnardes du nord du Caucase. L’influence de ces deux conseillers décline vers la fin du règne. Selon Rashīd al-Dīn, ils sont soupçonnés d’entretenir des correspondances avec les Mamelouks, mais les sources mameloukes ne confirment pas cette accusation. Certains chroniqueurs leur attribuent également l’empoisonnement d’Abāqā, une affirmation que la source historique considère comme infondée.

Les prélèvements fiscaux combinent les pratiques fiscales des territoires islamiques et les méthodes mongoles venues d’Asie centrale. L’Azerbaïdjan, centre politique et pastoral de l’Ilkhanat, connait une situation économique favorable et une administration relativement efficace. Certaines principautés locales, notamment les dynasties de Kirmān, de Chiraz et d’Hérat, conservent une certaine autonomie. À l’inverse, le Khorassan reste durement marqué par les invasions mongoles. Les régions frontalières du sultanat mamelouk connaissent également un déclin démographique et économique.

Les chroniqueurs décrivent généralement le règne d’Abāqā de manière favorable. Rashīd al-Dīn souligne néanmoins l’importance de la corruption, en particulier parmi les entrepreneurs et les fournisseurs travaillant pour l’État. Ni le khan ni Shams al-Dīn al-Juwaynī ne parviennent à l’éradiquer efficacement. Abāqā est également présenté comme attaché au yasa. Selon Rashīd al-Dīn, pendant la campagne de 1270 contre Barac, il ordonne à ses soldats de ne pas toucher aux réserves de blé, conformément à ce code. Les récits mamelouks donnent cependant une image moins favorable du comportement des troupes mongoles lors de leurs déplacements.

Abāqā maintient la tradition mongole de coexistence entre les différentes communautés religieuses placées sous son autorité. Ses lettres aux dirigeants chrétiens mettent en avant sa sympathie pour le christianisme et le traitement favorable réservé aux sujets chrétiens de l’Ilkhanat. Cette attitude diplomatique ne signifie toutefois pas qu’il se convertit au christianisme. Dans sa vie personnelle et à la cour, Abāqā continue de pratiquer la religion traditionnelle mongole, associée au chamanisme, tout en manifestant un intérêt pour le bouddhisme, comme son père avant lui. Selon Rashīd al-Dīn, il fréquente des bakhshī, des religieux bouddhistes, et son petit-fils Ghazan, futur souverain de l’Ilkhanat, est exposé à leur influence durant cette période. Abāqā manifeste également de la sympathie pour les Églises chrétiennes orientales. Il confirme notamment dans ses fonctions le catholicos nestorien Yabalaha III.

Mort et succession

Abāqā meurt le 1er avril 1282, près de Hamadān, alors qu’il prépare une nouvelle offensive contre la Syrie mamelouke. Selon Rashīd al-Dīn, sa mort survient au cours d’une séance de beuverie. Son frère Tegüder Aḥmad lui succède et règne jusqu’en 1284. Après la défaite et la chute de ce dernier, Arghūn accède au trône. Gaykhātū, un autre fils d’Abāqā, devient à son tour khan en 1291. À sa mort, il est enterré auprès de son père sur l’île de Shāhī, dans le lac d’Ourmia. Ce choix est interprété comme un possible indice de son attachement aux traditions religieuses mongoles.

Famille

Abāqā a plusieurs épouses et concubines. Il compte au moins neuf épouses, dont Buluqhan Khatun (en), apparemment la principale au moment de sa mort. Parmi ses épouses figure également Marie Paléologue, fille illégitime de l’empereur byzantin Michel VIII Paléologue. Abāqā épouse aussi Padishah Khatun de la dynastie mongole Qutlugh-Khanid (en), fille de Quṭb al-Dīn Muḥammad Khān, souverain de Kirmān. Son frère Möngke Temür (en) épouse pour sa part la princesse salghouride Ābish. Ces unions participent au renforcement des relations entre la dynastie mongole et les pouvoirs régionaux. Une de ses principale conjointe est Doqouz Khatoun, issue de la tribu kéraïte, chrétienne nestorienne. Abāqā a deux fils et sept filles.

Famille et descendance

Abaqa a eu seize épouses et enfants, dont plusieurs étaient :

Hérité de Hulagu (veuve de celui-ci) :

  1. Öljei Khatun, mère de Möngke Temür
  2. Tuqtani (ou Toqiyatai) (décédé le ) - ancienne concubine, élevée pour être une khatun, reçut le campement de Dokuz Khatun

Épouses principales :

  1. Dorji Khatun
  2. Nukdan Khatun — de la tribu Tatar ; a remplacé Dorji après sa mort
  3. Eltuzmish Khatun — fille de Qutlugh Timur Guregen de Khonggirad, sœur de Taraghai Guregen ; a remplacé Nukdan après sa mort
  4. Padishah Khatun — fille de Qutb-ud-din Mohammad, dirigeant de Kirman et Kutlugh Turkan ; reçut le campement de Yesunchin Khatun (décédé en janvier/)
  5. Mertei Khatun - sœur de Taghai Timur (renommé Musa) de Khongirad (fils de Shigu Guregen, fils d'Alchi Noyan ; et Tümelün Bekhi, fille de Gengis Khan et Borte)
  6. Todai Khatun - une dame de Khongirad, qui épousa ensuite Tekuder et après lui Arghun
    • Yul Qutlugh Khatun - marié d'abord à Eljidei Qushchi, marié ensuite à l'émir Elbasmish
    • Taghai Khatun — marié d'abord à Ahmad, frère de Qunchuqbal, marié ensuite à Doladi Idachi ;
  7. Maria - fille de Michel VIII Paléologue
    • Theodora Ara Qutlugh (grec byzantin : Ἀραχαντλούν)
  8. Buluqhan Khatun (décédée le ) - une dame de la maison des Bayaut
    • Malika Khatun - mariée à Toghan, fils de Nogai Yarghuchi de Bayaut

Concubines :

  1. Boulughachin Aghachi
  2. Qaitmish Egachi - une dame de la tribu Öngüd
  3. Égachi bleu
  4. Shirin Egachi
  5. Altaï Egachi
  6. Kawkabi Egachi

Bibliographie

Annexes

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. 1 2 Mirgalyev 2017, p. 225.
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 Reuven Amitai, « Encyclopaedia of Islam Three Online », Abāqā, Brill,‎ (DOI 10.1163/1573-3912_ei3_COM_23450, lire en ligne)
  3. ↑ Berké est le fils de Djötchi, fils aîné de Gengis Khan.
  4. ↑ Mirgalyev 2017, p. 380.
  5. ↑ Mirgalyev 2017, p. 225, 228.
  6. ↑ (en) Peter Jackson, The Mongols and the West 1221-1410, , 167–168 p. (ISBN 9781138848481)
  7. ↑ (May 2017, p. 146)