L'« agribashing » est un néologisme politique anti-écologiste, construit par la contraction d'agriculture et de bashing, désigne, en France, la critique de l'agriculture intensive. Apparue en 2016 et popularisé avec le soutien de syndicat productiviste de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles après 2018, cet élément de langage est critiqué comme un phénomène quasi introuvable, malgré une reconnaissance par les pouvoirs publics.
En droit français, l’« agribashing » n’est pas défini par la loi et ne constitue pas une infraction pénale autonome. Il s’agit surtout d’une néologisme politique et médiatique, sans qualification juridique propre,.
L'expression définirait la critique de l'agriculture conventionnelle, notamment le dénigrement de certaines méthodes de travail agricoles intensives, relatives à la taille des exploitations agricoles, aux zones d'épandage, à l'utilisation des pesticides, à l'élevage intensif, aux abattoirs, ainsi que des pratiques peu respectueuses de l'environnement (pollutions de l’environnement et de l’alimentation par les pesticides) et du bien-être animal,,. Les critiques peuvent provenir des associations environnementales et altermondialistes, des administrations publiques, ainsi que d'une partie des consommateurs.
Il existe, selon l'Observatoire de l'« agribashing », une forme tournée vers des conflits de voisinage avec des néoruraux et une forme où des animalistes s'introduisent sur une ferme pour filmer les conditions d'élevage.
Eddy Fougier, politologue, définit l'« agribashing » comme le fait de dire du mal de l'agriculture et des agriculteurs. Selon lui, c'est davantage l'agriculture qui est visée que les agriculteurs.
A l'issues du Grenelle de l'environnement de 2007, l’usage excessif de pesticides est reconnu par l’État, qui adopte le plan Écophyto pour la réduction de leur usage. Une expertise collective de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) atteste scientifiquement de la dangerosité des pesticides en 2013.
En , Cash Investigation et Envoyé spécial diffusent sur France 2, une émission sur les conséquences des pesticides et sur le glyphosate[réf. souhaitée]. Générations futures diffuse une carte de vente des pesticides en France fondée sur des chiffres officiels . Le Monde publie des révélationns sur le scandale des Monsanto Papers.
Le , Daniel Cueff, maire de Langouet (Ille-et-Vilaine), interdit par arrêté municipal l'usage de pesticides à une distance inférieure à 150 mètres des parcelles cadastrales à usage d'habitation ou professionnel. Emmanuel Macron soutient le maire dans ses intentions, tout en souhaitant encadrer des zones d’épandage de pesticides, en pointant « les conséquences sur la santé publique ». Le maire est convoqué en au tribunal administratif de Rennes à la demande de la préfète, Michèle Kirry, qui souhaite l'annulation de l'arrêté. L'arrêté est suspendu en référé le même mois. Plusieurs dizaines de communes, dont Paris et Lille, prennent en soutien, des arrêtés similaires, l'affaire est relayée dans les médias locaux et nationaux, ouvrant un débat sur l’usage des pesticides. La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) d’Ille-et-Vilaine organise un rassemblement et dénonce « l’incohérence d’une telle mesure ». Le , le tribunal administratif de Rouen annule l'arrêté limitant l'usage des pesticides au motif que seul le ministre de l'Agriculture est autorisé pour encadrer l'utilisation des pesticides.
Le , des zones de non-traitement aux pesticides sont définis à proximité du voisinage, des zones d’habitation et des établissements accueillant des personnes vulnérables.
Certaines actions associations animalistes, comme L214 et CIWF France, pénètrent au sein d'exploitations agricoles, pour filmer et dénoncer certaines conditions d’élevage indignes, afin d'alerter les consommateurs, ce qui provoque des évolutions des attentes sociétales concernant le bien-être animal. Le ministère de l’Agriculture présente un plan d’action en faveur du bien-être animal entre 2016 et 2020.
Le terme apparaît en 2016 sur le fil Twitter du rédacteur en chef de la revue Agriculture & Environnement, orienté agriculture intensive et attaque violemment les opposants à l’agro‑industrie.
En 2017, la notion est utilisée lors du salon de l’agriculture alors que les états généraux de l’alimentation aboutissent en 2018 au vote de la loi EGalim, influencé par le secteur agro-industriel. En 2020, plusieurs organisations — l'Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne (ATTAC), la Confédération paysanne, Greenpeace France, le Réseau Action Climat, France Nature Environnement, la Fondation Nicolas Hulot et le Secours catholique — dénoncent « une loi pour rien ».
Il trouve un premier écho médiatique et politique en 2018, lors des discussions sur la loi agriculture et alimentation, et devient un mot d'ordre popularisé par la FNSEA et les Jeunes agriculteurs en 2019,. D'abord lors des élections aux chambres d'agriculture, puis lors de manifestations d'agriculteurs en , qui popularise les slogans « stop agribashing » et le hashtag « #sauvetonpaysan »,, contre les zones de non-traitement aux pesticides. La FNSEA dénonce une tentative de dénigrement généralisé du monde agricole, de la part des associations environnementales, des pouvoirs publics ou des consommateurs. Selon le syndicat, l'agriculture et les agriculteurs seraient la cible de multiples attaques, critiques, saccages de matériel, intrusions sur les fermes par des activistes anti-élevages, fauchage de champs par le mouvement anti-OGM, mais aussi vandalismes ou de vols de tracteurs.l
En , le ministre de l'Agriculture annonce la création d'un « observatoire contre l'agribashing ». La notion d'« agribashing » reçoit une reconnaissance institutionnelle avec la création de la cellule Déméter, la « cellule nationale de suivi des atteintes au monde agricole », de la gendarmerie nationale en ,, ainsi qu'avec le déploiement progressif « d'observatoires de l'agribashing » dans plusieurs préfectures. Elle a pour objectif de « prévenir la commission d’actes délictueux ».
La convention de constitution de la cellule Déméter signée entre FNSEA, les JA et le ministère de l’Intérieur exclut la Confédération paysanne, opposée au modèle agro-industriel. Le vice-président de la FNSEA reconnaît en que son syndicat est à l'origine de la création de la cellule Déméter.
Le terme d'« agriloving » est créé en 2019 par des professionnels de la communication au sein de l'entreprise InVivo, qui est le premier groupe agricole coopératif français.[pertinence contestée]
En , un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour France Info et Le Figaro indique que 88 % des Français ont une opinion positive des agriculteurs, 90 % jugent la profession utile et 89 % courageuse,. Il s'agirait d'une mauvaise compréhension des attentes sociétales. Le concept n’est pas jugé représentatif des relations entre les agriculteurs et la société. L'idée d'« agribashing » fonctionne, selon Rémi Mer, comme un double leurre : elle cache d'une part l'image très positive des agriculteurs dans l'opinion publique française, et occulte la stratégie médiatique des ONG les plus virulentes envers l'agriculture intensive, en postulant, à la place un dénigrement généralisé du monde agricole. Ainsi, si « le terme « agribashing » traduit le sentiment bien réel de dénigrement que vivent certains agriculteurs », il a cependant plus tendance à obscurcir qu'à rendre compte fidèlement des relations entre les agriculteurs et la société.
Le succès du terme proviendrait d'une boucle médiatique : si l'on parle tant de l'« agribashing », c'est donc qu'il existe. Sa pertinence est cependant faible, puisqu'il s'inscrit dans une stratégie de communication victimaire et corporatiste qui ne favorise pas le dialogue.
Ainsi, pour Yannick Sencébé, « l'agribashing n’est pas saisissable à travers la recension des fauteurs de trouble qui en seraient à l’origine, mais dans les intentions de ceux qui le font exister par la constitution et l’instrumentalisation d’un narratif du dénigrement généralisé de l’agriculture et par des dispositifs d’enrôlement des pouvoirs publics et de mobilisation syndicale des producteurs ».
En , Christiane Lambert de la FNSEA et Jacques Jaouen, ancien président de la chambre régionale de Bretagne, invite les agriculteurs à s'abstenir d'utiliser ce terme.
La notion d'« agribashing » est critiquée au sein du monde paysan. Le président de la Coordination rurale (CR), Bernard Lannes, et Émilie Jeannin, syndiquée à la Confédération paysanne, juge le concept comme une préoccupation agricole secondaire. Pour la CR, le concept masque d'autres priorités comme l'augmentation des revenus agricole et les charges administratives. La Confédération paysanne estime que l'« agribashing » consiste à adopter une position victimaire afin d'éviter « d'aborder des sujets à propos desquels la société s'interroge légitimement, comme la place des pesticides ou la qualité de l'alimentation ». Le terme serait employé pour contrecarrer des questionnements et des critiques productivistes et envers des préoccupations environnementales.
Pour les journalistes Stéphane Foucart et Stéphane Horel, l'« agribashing » fonctionne comme le point Godwin de la critique du système agricole productiviste, et sert de « levier d’influence pour une partie du monde agricole ». Le journaliste Gilles Luneau considère lui que la FNSEA manipulerait, par l'emploi du terme agribashing, les représentations d'un malaise agricole dans lequel le syndicat aurait joué un rôle fondateur.
L'expression politique critique l'expression de la liberté d'expression. En 2019 et 2020, plusieurs associations rapportent une surveillance spécifique de leurs associations défavorables à l'usage des presticides.
Plusieurs associations promouvant l'agriculture paysanne et biologique et associations de protection de la nature dénoncent l'« agribashing » comme « une invention des communicants de la FNSEA »,, un moyen de pression du lobby productiviste,.
Selon le Ministère de l'Intérieur, « 15 000 faits relèvent de ce terme en 2019. Le Monde qui sollicite auprès du Ministère les chiffres qui fondent son discours, affirme n'avoir « jamais reçu la moindre réponse ». Les seules données publiques nationales disponibles sur le phénomène, publié en au sein du rapport de la mission d’information parlementaire présidée par Xavier Breton, député Les Républicains de l’Ain, celui-ci recense en 2019 sur l’ensemble du territoire national, seulement 49 actes visant des exploitations agricoles pour raisons idéologiques ou militantes – principalement des intrusions dans des élevages.
En 2024, l’ONG ARIA requiert auprès de dix préfectures à forte concentration d’élevages du grand ouest, l'accès aux documents administratifs relatifs à l’activité établis entre et des observatoires de l’agribashing placés sous leur responsabilité. Elle obtient six réponses par le biais de la Commission d’accès aux documents administratifs. Selon la precture de Mayenne « l’observatoire de l’agribashing ne s’est pas réuni durant la période concernée », en Ille-et-Vilaine, « aucun cas n’a été signalé », en Sarthe « aucune réunion de l’observatoire de l’agribashing ne s’est tenue » dans le Finistère « les documents sollicités n’existent pas ». En Vendée deux réunions sont mentionnées en et en , leurs comptes rendus ne signalent aucune atteinte idéologique. En janvier 2020, 198 délits sans aucune mention de liens avec l’activisme écologiste ou antispéciste. L'« instance ne s’est pas réunie de 2022 à 2024 ». En Seine-Maritime, l'unique réunion tenue le est celle du lancement de l’observatoire. Les seuls éléments circonstanciés d’atteintes idéologiques sont antérieurs à sa création, en novembre 2018 et en .
Valérie Murat, fondatrice de l’association Alerte aux toxiques attaquée par le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) pour « dénigrement », pour avoir publié des analyses de vin de Bordeaux étiquetés Haute Valeur Environnementale, montrant la présence de pesticides. Elle est condamnée en , à payer 125 000 € de dommages et intérêts.
Le fabricant de charcuterie ABC Industrie et la Fédération des industriels charcutiers traiteurs attaquent l'entreprise Yuka, pour avoir relayer une pétition demandant l’interdiction des nitrites dans la charcuterie, qui augmentent les risques de cancer. L'entreprise est condamnée à 95 000 € pour « acte de dénigrement »,. En appel, le , la cour d'appel d'Aix-en-Provence valide le principe de la liberté d'expression et déboute ABC industries de l'ensemble de ses demandes qui doit s'acquitter de 20 000 € de frais d'avocat. L'industriel se pourvoit en cassation pour contester la décision.