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Les Gouvernantes, Champ Vallon, 1992 Un Chapeau léopard, Mercure de France, 2008. Petite table, sois mise ! Verdier, 2012. Grande tiqueté, Champ Vallon, 2020. Au cœur d'un été tout en or, Mercure de France, 2020, prix Goncourt de la nouvelle. |
Anne Serre est une romancière française, née le à Bordeaux. Elle est l’autrice de dix-huit ouvrages de fiction, qui comprennent des nouvelles, des romans, des textes plus difficiles à classer, et d'un volume de Carnets. Ses livres sont aujourd'hui traduits et en cours de traduction dans une quinzaine de langues. Elle a été finaliste de l' International Booker Prize en 2025 pour A Leopard Skin-Hat.
Le début de l’adolescence est marqué par la mort de sa mère : « Ça a été un charivari tel que je n’ai plus aucun souvenir de ces dix premières années ». C'est, du même coup, la découverte de la littérature et les premiers écrits de jeunesse. « Et en écrivant mes premières histoires à l’adolescence », explique-t-elle, « j’ai découvert qu’écrire produisait exactement le même plaisir que lire. J’ai peut-être tout simplement voulu vivre dans le plaisir. La littérature est le monde dans lequel je me sens bien ».
Elle s'installe à Paris en 1977, pour des études littéraires.
À vingt ans, elle publie ses premières nouvelles dans des revues littéraires. « Les revues étaient pour moi un lieu d’apprentissage, et je considérais ces nouvelles comme des exercices, des gammes. On m’a alors incitée à écrire un roman : j’ai choisi de poursuivre une de mes nouvelles qui venait de paraître », raconte-t-elle à Nina Leger. La nouvelle ainsi poursuivie puis déployée, c'est «Les Gouvernantes » à l’origine de son premier roman, au titre éponyme, publié en 1992 aux éditions Champ Vallon,.
L’accueil fait à ses premiers livres des années 1990 souligne souvent le caractère « inclassable », « déroutant », et pourtant « envoûtant » de son registre. Ses œuvres ont recours à un ton distancié et ironique et jouent avec des structures de récit variées, et avec quelques thèmes récurrents sur les amours perdus, l'amitié, la solitude,...
Ses œuvres durant la décennie suivante, publiées au Mercure de France, telles que Le Cheval blanc d’Uffington en 2002, Le Narrateur en 2004, ou encore Le.Mat en 2005, sont plus autobiographiques,. C’est aussi l’époque où, sortant d’un certain retrait, elle accepte de parler publiquement de son travail lors de débats et autres manifestations littéraires.
Les deux romans qui suivent, Un chapeau léopard en 2008 puis Les Débutants en 2011, sont plus largement accueillis par la critique et les lecteurs,. Ils apparaissent dans les sélections du Prix Femina et du Grand prix du roman de l'Académie française. Un chapeau léopard est couronné par un Prix de la Fondation Del Duca en 2008.
En 2012, l'audace et le mystère de Petite table, sois mise !, attire non seulement l'attention de la critique mais aussi celle d'éditeurs étrangers,. Finaliste des prix Femina, Sade, Wepler, ce court texte « mettant en scène une orgie familiale sur un ton d’allégresse », surprend et bouscule. « Nous ne sommes pas là dans le fait divers, mais bien dans l'espace littéraire du conte où tous les excès sont permis, et même souhaitables, puisque le corps et l'esprit du lecteur s'y trouvent ainsi mis à l'épreuve et ébranlés », écrit Éric Chevillard. Dans son portrait de l'autrice, Anne Diatkine précise : « Comme l’héroïne de son récit, Anne Serre vit dans une maison de fiction où la littérature est la seule réalité possible ».
Dans Dialogue d’été (2014), « conversation espiègle entre la romancière et son double, à propos de création littéraire », puis, Voyage avec Vila-Matas, (2017), où elle transforme joyeusement le romancier espagnol en personnage - Anne Serre, comme elle l'avait déjà fait dans son roman Le Narrateur, traite de son travail d'écrivain à travers ses fictions.
A partir de 2018, elle est traduite en anglais par Mark Hutchinson et publiée aux États-Unis, puis en Angleterre. Chacune des parutions (à ce jour six volumes traduits) est saluée par la critique anglo-saxonne (The New York Times, The Paris Review, The TLS, The White Review, The London Review of Books…).
En 2020, elle publie Grande tiqueté, écrit dans une langue inventée, reconstruite, dont elle s'explique dans la préface. Selon Camille Laurens : « Il y a plusieurs façons de lire Grande tiqueté, et toutes sont réjouissantes (…) Cette langue obscure nous dit des « chozezinconnues » dont la clarté nous éblouit ». La même année, elle remporte le Prix Goncourt de la nouvelle pour son recueil Au cœur d'un été tout en or.
Suivront Notre si chère vieille dame auteur (2022), sélectionné pour le Prix Goncourt, puis Vertu et Rosalinde (2025), finaliste du prix Medicis, construction à base de saynètes qui se font écho, où une fois de plus « l'écriture dissonante d'Anne Serre joue de manière impertinente avec les codes des "écritures féminines" ». Tiphaine Samoyault remarque alors dans Le Monde qu'« il est très rare que la légèreté soit une valeur littéraire, qu'elle ne rime pas avec superficialité ; mais [que] si l'on donne à ce dernier terme le sens que lui attribue Walter Benjamin lorsqu'il parle de la « superficialité aussi déchirante, inébranlable, inhumaine » des personnages de Robert Walser revenus de la folie, on rejoint peut-être un secret de l'écriture d'Anne Serre. »
En 2026, elle publie un volume de ses carnets : Rêve cette nuit : Carnets (2002-2024), qui condense en 250 pages vingt-deux ans de vie en littérature, multipliant les points du vue sur l'activité créatrice des autres et la sienne. Elle y éclaire notamment son projet d'écriture de la manière suivante : "Je dirais que chacun de mes livres est un peu de l'ordre de la performance telle qu'on l'entend dans l'art contemporain » (p.238). Pour Feya Dervitsiotis, "le temps qui se dépose [dans ces Carnets], élastique, circulaire, appartient à la littérature, aux rêves, aux réflexions et observations de celle qui se prépare, toujours, à écrire. Il y a bien là pourtant une chronologie, celle du passage de l’innocence à la maturité, de l’imaginaire à l’expérience, d’une conscience trouble de la qualité « un peu somnambulique » de ses écrits à la capacité – symbolisée par la publication de ces Carnets – d’embrasser du regard une œuvre désormais riche d’une vingtaine de livres."
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