| Naissance | Kabinda, région du Kasaï, Congo belge |
|---|---|
| Nationalité |
Belge |
| Activité |
Militante féministe belge |
Anne Tonglet, née le à Kabinda, est une militante féministe belge. Elle est principalement connue pour son rôle dans l’affaire Tonglet-Castellano qui contribue à faire évoluer le débat public ainsi que la reconnaissance juridique du viol en Belgique. Par son engagement associatif et ses prises de parole, elle participe à la sensibilisation aux violences sexuelles et aux droits des victimes.
Anne Tonglet, née le à Kabinda, au Congo belge, dans la région du Kasaï,. Elle est la fille d’un employé agricole et d’une infirmière qui soigne les habitants des villages environnants. Sa mère enseignait également aux enfants. Anne Tonglet la décrit comme une ancienne résistante durant la Seconde Guerre mondiale. Son père connaît une instabilité professionnelle. Anne Tonglet rapporte que son père adopte des comportements à caractère sexuel envers des petites filles. Elle passe les dix premières années de sa vie au Kasaï.
Après le retour de la famille en Belgique, sa mère devient surveillante dans un internat à Jodoigne. Anne Tonglet grandit dans un contexte familial marqué notamment par le comportement de son père. Elle décrit sa mère comme une figure forte, qui influence sa personnalité.
À l’âge de quatorze ans, Anne Tonglet vit sa première relation avec une jeune fille de douze ans. Au cours de sa vie, elle se marie à deux reprises et divorce les deux fois. À l’âge adulte, elle s’installe à Hatrival, un village de la commune de Saint-Hubert, dans les Ardennes. Elle y mène une vie discrète, privilègie un mode de vie proche de la nature, n’utilise pas les réseaux sociaux et elle considère le numérique d’ « invention masculine » .
Anne Tonglet entreprend des études de médecine, qu’elle interrompt à la suite d’un échec en chimie. Elle se réoriente vers des études d’infirmière, qu’elle abandonne. En juin 1972, elle obtient un régendat en sciences, sanctionné par un diplôme en sciences et en géographie. Elle exerce ensuite comme professeure de biologie à Bruxelles au sein de différents établissements scolaires. Elle met fin à sa carrière dans l’enseignement en 2004, à l’âge de 55 ans.
Dans la nuit du 21 au 22 août 1974, Anne Tonglet âgée de 24 ans, et Araceli Castellano âgée de 19 ans sont victimes d’un viol collectif sur la plage de la calanque de Morgiou, près de Marseille, alors qu’elles y campaient. Les faits durent plus de cinq heures, au cours desquelles les deux femmes sont violées et frappées par trois hommes.
sur le plan juridique, le tribunal correctionnel de Marseille se déclare incompétent le 15 octobre 1975, l’affaire ayant d’abord été traitée comme un délit et non comme un crime. La cour d’appel d’Aix-en-Provence confirme ensuite le renvoi devant la cour d’assises en février 1976. Le procès s’ouvre finalement les 2 et 3 mai 1978 devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence, soit près de quatre ans après les faits.
Les deux plaignantes sont défendues par l’avocate Gisèle Halimi, figure du mouvement féministe assistée d’Agnes Fichot. Halimi refuse le huis clos, ce qui contribue à une large médiatisation de l’affaire‘. La notion de consentement occupe une place centrale dans les débats, les accusés - Serge Petrilli, Albert Mouglalis et Guy Roger - soutenant que les relations étaient consenties, sont finalement reconnus coupables. Petrilli est condamné à six ans de réclusion criminelle et les deux autres à quatre ans d’emprisonnement‘.
Des conséquences suivent pour les victimes. Araceli Castellano, tombée enceinte à la suite du viol, interrompt sa grossesse. Anne Tonglet risque quant à elle d’être renvoyée après que son employeur ait estimé que son témoignage public portait « préjudice à l’institution ». Durant la procédure, les deux femmes sont confrontées à des interrogatoires mettant en doute leur témoignage.
L’affaire est considérée comme une étape importante dans l’histoire du droit pénal français. Le procès est cité comme un exemple de l’usage du prétoire par Gisèle Halimi pour dénoncer les lacunes du droit en matière de violences sexuelles.
Anne Tonglet se définit comme féministe, lesbienne et naturiste. Elle s’engage dans des associations féministes et dans des actions de sensibilisation aux violences faites aux femmes. Elle affirme ne jamais s’être sentie inférieure aux hommes. En octobre 1975, elle rencontre Gisèle Halimi lors d’une conférence consacrée à la dépénalisation de l’avortement. En 1976, elle témoigne publiquement lors du « Tribunal international des crimes contre les femmes » à Bruxelles.
Elle devient membre d’associations féministes telles que « Choisir - la cause des femmes » et la Maison des femmes. L’association ’Choisir - la cause des femmes » propose une réforme du droit pénal visant à préciser et à durcir la définition du viol. En avril 2002, elle participe à un colloque lesbien international à Toulouse, où elle rencontre Michèle Causse. En avril 2014, elle prend part à un colloque organisé par le Conseil des femmes francophones de Belgique et l’Université des Femmes, où elle rencontre la Dre Muriel Salmona, spécialiste des psychotraumatismes.
Elle rapporte avoir rencontré des difficultés professionnelles en raison de son identité de femme, féministe, lesbienne et victime de viol, ce qui la conduit à changer régulièrement d’établissement scolaire. Elle rapporte avoir subi des inscriptions insultantes dans son environnement professionnel. Après un burn-out à l’âge de 55 ans, elle quitte l’enseignement et prend sa retraite anticipée qu’elle décrit comme un soulagement.
L’affaire impliquant Anne Tonglet fait l’objet de plusieurs controverses médiatiques relatives à son mode de vie et au traitement judiciaire du viol. Elle est associée aux débats publics relatifs aux violences sexuelles et à leur traitement à la fin des années 1970.
À la suite du viol dont elle est victime, Anne Tonglet fait l’objet de diverses réactions telles que des insultes, crachats, bousculades et menaces de mort. Ces réactions portent non seulement sur les faits dénoncés, mais également sur son identité personne et son mode de vie. Son homosexualité est fréquemment évoquée dans les débats et commentaires entourant l’affaire, dans un contexte où l’homosexualité fait l’objet d’importantes discriminations et d’une faible acceptation sociale dans une partie de la société.
Au cours du procès de l’affaire Tonglet-Castellano, la relation entre Anne Tonglet et Araceli Castellano, leur homosexualité, leur pratique du naturisme et leur mode de vie sont évoqués les des débats judiciaires et relayés par les médias. Ces éléments sont mobilisés dans les discussions portant sur leur crédibilité et sur la question du consentement. Plusieurs analyses de l’affaire soulignent que cette approche reflète un contexte social et judiciaire dans lequel l’appréciation du viol demeure influencée par des considérations morales et par la notion de respectabilité des victimes. Au cours du procès, les accusés contestent les faits qui leur sont reprochés et minimisent les violences dénoncés, ce qui contribue à alimenter les débats publics autour de l’affaire.
L’affaire a eu des répercussions sur la vie professionnelle d’Anne Tonglet. Avant toute décision judiciaire définitive, une pétition est lancée par des parents d’élèves afin de demander son exclusion de l'enseignement. Selon les initiateurs de cette pétition, cette demande est motivée par la médiatisation de l’affaire ainsi que par l’homosexualité d’Anne Tonglet, qu’ils estiment susceptible de porter atteinte à l’image de l’établissement scolaire.
La médiatisation du procès confère à Anne Tonglet une visibilité publique. L’affaire fait l’objet d’une mobilisation de certains mouvements féministes, qui dénoncent le traitement réservé aux victimes de viol par la justice et par la société. Certains observateurs estiment que le procès prend une dimension politique.
L’affaire Tonglet-Castellano contribue à l’adoption de la loi du 23 décembre 1980, qui redéfinit le viol comme tout acte de pénétration sexuelle commis sans consentement et le qualifie de crime. Avant l’entrée en vigueur de cette loi, le viol était poursuivi comme un délit,. L’affaire est mentionnée dans plusieurs travaux consacrés à l’histoire du droit et aux mouvements féministes comme l’un des procès s’inscrivant dans l’évolution de la lutte contre les violences sexuelles. Anne Tonglet exprime des réserves sur l’application juridique de la notion de consentement, estimant qu’elle tend à faire peser sur la victime la charge de prouver son refus.