Apocrisiaire

Un apocrisiaire (en grec ancien Ἀποκρισιάριος / Apokrisiários) désignait dans l’Empire byzantin un envoyé ecclésiastique de haut rang auprès des différents patriarcats et sièges métropolitains. Il en vint à désigner plus spécifiquement un envoyé papal à la cour impériale de Constantinople.

À l’origine

Le terme « apocrisiarius » vient du nom grec « apokrisis » qui signifie « réponse » ; l’équivalent latin était « responsalis » venant du nom « responsum » . La fonction existait déjà au Ve siècle alors que des autorités ecclésiastiques locales ou régionales comme les évêques et les higoumènes envoyaient des délégués auprès du ressort supérieur dont elles dépendaient, métropole ou patriarcat. À leur tour, les patriarcats, archevêchés et sièges métropolitains les plus importants envoyaient des apocrisiaires à la cour impériale de Constantinople. La fonction fut officialisée sous Justinien Ier (r. 527 – 565) pour faire cesser les longs et couteux déplacements des autorités ecclésiastiques qui préféraient résider à Constantinople plutôt que dans leur diocèse.

Apocrisiaires papaux

Dans cette tradition le pape, en tant que patriarche d’Occident, envoyait régulièrement des représentants, officiellement auprès du patriarche de Constantinople, en fait à la cour impériale, pour représenter les intérêts de l’Église de Rome, spécialement au cours des grandes disputes christologiques qui agitèrent l’Église.

Le premier apocrisiaire connu avec certitude semble avoir été Julianus, évêque de Cos, envoyé par le pape Léon Ier (pape 440-461) auprès de l’empereur Marcien (r. 450-457) au moment de la crise du monophysisme,.

Entre le VIe siècle et le VIIIe siècle, alors que les territoires byzantins d’Italie formaient l’exarchat de Ravenne, le pape envoyait des apocrisiaires auprès de l’évêque de Ravenne lequel avait également ses représentants à Rome.

Au cours des VIe siècle et VIIe siècle, pendant la période appelée « Papauté byzantine » pas moins de six anciens apocrisiaires devaient devenir papes :

La plupart de ces apocrisiaires étaient au moment de leur nomination « cardinaux-diacres ». Ils étaient ainsi réputés avoir reçu une excellente éducation et posséder des talents de négociateurs. Ils possédaient une influence considérable sur la conduite des négociations diplomatiques tant officielles qu’officieuses entre le pape et l’empereur byzantin et une nomination à Constantinople pouvait être considérée comme une étape vers la papauté . Au cours de leur séjour à Constantinople, ils résidaient généralement au palais Placidia qui servait également de résidence au pape lorsque celui-ci faisait un séjour à Constantinople. Ce palais était devenu résidence officielle de l’apocrisiaire après l’avènement de Justin Ier qui mit fin au schisme acacien et rétablit les relations avec Rome pendant le pontificat du pape Hormisdas (519).

Disparition de la fonction

Les papes continuèrent à avoir des apocrisiaires permanents à Constantinople jusqu’à l’édit de 726 instaurant l’iconoclasme dans l’Empire byzantin. On sait toutefois que les papes Grégoire II (715-731), Grégoire III (731-741), Zacharie (741-752) et Étienne II (752-757) continuèrent à envoyer des apocrisiaires non permanents à Constantinople.

La fonction cessa d’avoir un rôle religieux au VIIIe siècle et continua à exister jusqu’au Xe siècle. Vers 900, le titre fit place à celui de « syncelle », lequel contrairement à l’apocrisiaire qui était officiellement accrédité auprès du patriarche de Constantinople, sera directement accrédité auprès de l’empereur.

Selon la Catholic Encyclopedia, on trouva aussi des « apocrisiaires » à la cour des roi Francs dès le règne de Charlemagne; ceux-ci n’étaient cependant que des archi-chapelains royaux que l’on honorait en leur donnant un titre prestigieux.

Bibliographie

Notes et références

Notes

  1. ↑ Selon la Catholic Encyclopedia, il se pourrait que le futur pape Boniface Ier (pape 418-422) ait été envoyé par le pape Innocent Ier à Constantinople vers 405 (Catholic Encyclopedia, « Boniface I »)
  2. ↑ Membres du clergé de Rome, les cardinaux se répartissaient en trois classes : les cardinaux-évêques des diocèses circonvoisins (évêchés suburbicaires), les cardinaux-prêtres, titulaires des paroisses ou titres de la ville de Rome, et les cardinaux-diacres, responsables des diaconies romaines (d’où leur titre usuel de « cardinaux de la curie »).

Références

  1. 1 2 3 4 Kirsch (1913) p. 1
  2. ↑ Codex Justinianus I,3; novelle 6.2-3; novelle 123.125.
  3. ↑ Kazhdan (1991) « Apokkirsiarios », vol. 1, p. 136.
  4. 1 2 Ekonomou (2007) p. 8
  5. ↑ Kazhdan 1991, « Theodora » vol. 3, p. 2036
  6. ↑ Gobry (2013) « Vigile », p. 495
  7. ↑ Mann (1911). "Pope Pelagius I" (In) Catholic Encyclopedia.
  8. ↑ Bruscher (1980) « Pélagius »
  9. ↑ Gobry (2013) «  Pélage Ier, p. 413
  10. ↑ Encyclopædia Universalis, vol. 8, (1968), p. 11
  11. ↑ Gobry (2013) « Grégoire Ier le Grand », pp. 186-193
  12. ↑ Attwater (1939) « Sabinius », p. 65
  13. ↑ Gobry (2013) « Sabinien », p. 451
  14. ↑ Oestreich, Thomas (1907). "Pope Boniface III". (In) Catholic Encyclopedia, 2.
  15. ↑ Gobry (2013) « Boniface III », p. 62
  16. ↑ Richards (1974), pp. 186–7
  17. ↑ Gobry (2013), « Martin Ier », p. 382
  18. ↑ Herrin (1989) p. 152
  19. ↑ Howorth (1913) p. xxvi
  20. ↑ Ekonomou (2007) p. 9
  21. ↑ Kazhdan (1991), vol. 1, « Akakios », p. 43

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