| Arbatel De Magia Veterum | |
Page de titre de l'édition princeps, Bâle, 1575. | |
| Auteur | Anonyme (attribué à Jacques Gohory) |
|---|---|
| Pays | Suisse |
| Genre | Grimoire de magie cérémonielle |
| Version originale | |
| Langue | latin |
| Version française | |
| Éditeur | Pietro Perna |
| Date de parution | 1575 |
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L’Arbatel De Magia Veterum (en français : « Arbatel : de la magie des Anciens ») est un grimoire latin de magie cérémonielle de la Renaissance publié en 1575 à Bâle, en Suisse,. D'une teneur explicitement chrétienne et d'un ton positif, il se distingue des autres grimoires de son temps par sa brièveté, sa clarté et son refus de toute magie démoniaque.
L'ouvrage annonce neuf parties, mais une seule a été conservée ou rédigée : l'Isagoge, composé de quarante-neuf aphorismes répartis en sept septénaires, qui présente notamment la magie des sept « esprits olympiques » gouvernant les sept planètes traditionnelles,. L'auteur en demeure inconnu ; l'hypothèse la plus solidement étayée à ce jour est celle du paracelsien français Jacques Gohory (1520-1576),.
L’Arbatel a exercé une influence considérable sur la pensée ésotérique occidentale, depuis John Dee et Heinrich Khunrath jusqu'à la théosophie chrétienne de Jakob Böhme et, au XXe siècle, à l'anthroposophie de Rudolf Steiner : c'est en effet dans son Isagoge, à l'aphorisme XLIX, qu'apparaît pour la première fois dans un texte imprimé le terme « anthroposophia ».
Le titre, en hébreu ארבעתאל, a reçu plusieurs interprétations. A. E. Waite y voit le nom d'un ange dont l'auteur prétendrait avoir reçu la magie. L'historien Adolf Jacoby propose plutôt d'y reconnaître une référence au Tétragramme, formée de l'hébreu ARBOThIM (« quadruple ») et AL (« Dieu »), à rapprocher des formules αρβαθ Ἰαω fréquentes dans les papyrus grecs magiques,. Joseph H. Peterson n'exclut pas qu'il s'agisse d'un pseudonyme de l'auteur lui-même.
L’Arbatel paraît à Bâle en 1575, sans nom d'imprimeur. Carlos Gilly a établi qu'il s'agit nécessairement de Pietro Perna, imprimeur italien établi à Bâle, qui publie alors la plus grande partie des œuvres de Paracelse et des paracelsiens,. L'érudit suisse paracelsien Theodor Zwinger (1533-1588) est probablement intervenu dans l'édition finale.
Deux indices internes permettent de dater le texte. L'anecdote de la jeune fille mangeuse d'or rapportée à l'aphorisme 46 fait remonter sa rédaction à 1536 au plus tôt ; les premières mentions par Johann Weyer interdisent de la situer après 1583. La date de 1575 portée sur le frontispice de l'édition princeps est donc probablement authentique.
L’Arbatel fit immédiatement scandale : l'évêque de Bâle et censeur ecclésiastique Simon Sultzer obtint une enquête officielle sur ses auteurs et imprimeurs.
L'ouvrage est anonyme. Quelques manuscrits allemands postérieurs l'attribuent à Paracelse, sans fondement. Une autre tradition l'a parfois rattaché aux Opera d'Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim, parmi lesquelles il a été réimprimé à Lyon vers 1600 ; aucun élément interne ne confirme cette filiation.
Depuis les travaux de Joseph H. Peterson, l'hypothèse la mieux étayée fait du juriste, traducteur et alchimiste parisien Jacques Gohory (1520-1576) l'auteur probable de l’Arbatel. Gohory, premier paracelsien français, avait publié à Paris en 1567, sous le pseudonyme de Leo Suavius, un Theophrasti Paracelsi … Compendium réédité à Bâle dès 1568 par Perna. Plusieurs thèmes et formules de l’Arbatel – les esprits olympiques, les cacodaemones, l'art de mémoire, les créatures élémentaires, la longévité des patriarches, l'usage des aphorismes, la nécessité du secret – figurent déjà dans le Compendium et dans les autres œuvres de Gohory,. Gohory fonda en outre à Paris vers 1571-1572 un « Lycium philosophal » dans le faubourg Saint-Marcel, académie privée vouée à la magie naturelle et à l'alchimie, dont les jardins deviendront plus tard le Jardin des plantes.
Toutes les éditions ultérieures de l’Arbatel dérivent du princeps de 1575 :
Dans la seconde moitié du XVIe siècle, Bâle constitue, avec Strasbourg et Francfort, l'un des principaux pôles européens de diffusion de l'hermétisme, de l'alchimie et de la médecine paracelsienne. L'imprimeur Pietro Perna y publie, en collaboration avec Adam von Bodenstein, Gérard Dorn et Theodor Zwinger, la première édition latine des Opera de Paracelse à partir de 1575,. C'est dans ce milieu qu'ont vu le jour ou ont été diffusés la plupart des grands textes de l'ésotérisme chrétien de la Renaissance, des ouvrages de Paracelse à l'Amphitheatrum Sapientiae Aeternae de Heinrich Khunrath.
La source la plus citée par l’Arbatel est la Bible, que l'auteur paraît connaître par cœur, ses citations s'écartant souvent de la Vulgate. L'influence de Paracelse est patente : les expressions « astronomie olympique », « esprits olympiques », Sagani, la doctrine du microcosme et la cosmologie élémentaire de l’Arbatel dérivent directement de la Philosophia Sagax et du De causis morborum invisibilium.
L’Arbatel s'inscrit en outre dans la tradition de la prisca sapientia renaissante : il convoque pêle-mêle Hésiode, Homère, Pythagore, Hermès Trismégiste, Plotin, les oracles sibyllins, Jean Trithème (notamment son De septem secundeis de 1508, dont il reprend la doctrine des cycles planétaires), Marsile Ficin, Jean Pic de la Mirandole et Iovianus Pontanus,.
À la différence des grimoires opératifs habituels (le Picatrix, la Clavicule de Salomon, le Liber Razielis…), l’Arbatel rejette tout pacte démoniaque et toute opération goétique. Il enjoint au mage de mener une vie pieuse, charitable et active dans la cité (« Vis pour toi-même et pour les Muses, fuis l'amitié de la multitude ») et d'employer ses dons « pour l'honneur de Dieu et l'utilité de son prochain »,.
La préface annonce un ouvrage en neuf parties, chacune composée de 49 (7 × 7) aphorismes.
| Tome | Nom latin | Contenu annoncé |
|---|---|---|
| I | Isagoge | Préceptes généraux de la magie spirituelle |
| II | Magia microcosmica | Action du microcosme par son esprit et ses génies natals |
| III | Magia olympica | Action par les esprits des sept planètes |
| IV | Magia hesiodica et homerica | Opérations par les Calodaemones (bons démons) |
| V | Magia romana seu sibyllina | Magie des esprits tutélaires et des druides |
| VI | Magia pythagorica | Esprits préposés aux arts (physique, médecine, mathématiques, alchimie) |
| VII | Magia Apollonii | Pouvoir sur les esprits hostiles au genre humain |
| VIII | Magia hermetica vel aegyptiaca | Théurgie des dieux des temples |
| IX | Sapientia prophetica | Magie procédant du seul Verbe de Dieu |
Seul l’Isagoge nous est parvenu ; selon Peterson et Gilly, les huit autres parties n'ont vraisemblablement jamais été rédigées.
L’Isagoge réunit 49 aphorismes en sept septénaires consacrés successivement à la préparation morale du mage, aux hiérarchies des sagesses, aux esprits olympiques, aux secrets majeurs, moyens et mineurs, à la cosmologie spirituelle et à la conclusion doctrinale,.
Le troisième septénaire expose la magie des sept Spiritus Olympici, génies préposés respectivement aux sept astres traditionnels et se partageant l'ensemble des « provinces de l'univers », pour un total de 196 (= 4 × 7 × 7),.
| Esprit | Astre | Nombre de provinces | Période de règne historique (490 ans) |
|---|---|---|---|
| Aratron | Saturne | 49 | — |
| Bethor | Jupiter | 42 | de −60 à 430 |
| Phaleg | Mars | 35 | de 430 à 920 |
| Och | Soleil | 28 | de 920 à 1410 |
| Hagith | Vénus | 21 | de 1410 à 1900 |
| Ophiel | Mercure | 14 | — |
| Phul | Lune | 7 | — |
Chaque esprit gouverne à son tour, par périodes de 490 ans, l'ensemble du monde naturel ; il préside par ailleurs, hors de sa période, à un domaine spécifique de la nature et des arts (Och, par exemple, à la préparation de l'or et à la santé du corps ; Bethor aux honneurs et aux trésors).
Au terme de l’Isagoge, l'aphorisme XLIX – De duplici scientia, boni et mali – propose un schéma synoptique partageant la totalité du savoir humain en deux royaumes, le bien et le mal, chacun lui-même subdivisé en deux, :
Sciences bonnes (Magia bona)
Sciences mauvaises (Magia mala)
Cette quadripartition – qui prolonge des typologies déjà esquissées par Trithème et par Agrippa – joue un rôle central dans l'histoire des idées : elle constitue la première occurrence imprimée connue du mot « anthroposophia »,. Le bibliographe Renatus Ziegler, dans son recueil des sources publié à l'Archive Rudolf Steiner de Dornach, répertorie l’Arbatel (Bâle, 1575, p. 86, aphorisme XLIX) comme la plus ancienne attestation imprimée du terme, dont dépendent vraisemblablement la plupart de ses emplois ultérieurs avant 1800.
L’Arbatel fut condamné dès sa parution par l'évêque-censeur de Bâle Simon Sultzer, puis par le médecin démonologue Johann Weyer dans l'édition de 1583 de son De praestigiis daemonum, et plus tard par le jésuite Martin Delrio dans ses Disquisitiones magicae (1599).
Dès mars 1583, John Dee mentionne l’Arbatel dans ses expériences de communication angélique. Le livre nourrit ensuite l'imaginaire d'un grand nombre de grimoires modernes, qui en reprennent les noms et les sceaux des sept esprits olympiques : Wagner-Volksbuch (1594), Magia naturalis et innaturalis attribuée à Johann Faust (Passau, 1612), le Calendrier magique de 1614, Janua Magia Reserata, les Sixième et Septième Livres de Moïse, le Grimoire d'Armadel, La Poule noire, certaines éditions du Petit Albert et du Dragon rouge, et la Clavis d'Ebenezer Sibly (en).
L’Arbatel est tenu pour l'une des sources fondatrices de la théosophie chrétienne de langue allemande. Carlos Gilly a montré son influence sur Valentin Weigel (1533-1588), Heinrich Khunrath (1560-1605), Adam Haslmayr (en) (1560-1612), Johann Arndt (1555-1621) et Gerhard Dorn. Le mystique Jakob Böhme (1575-1624) lui aurait emprunté le mot « théosophie » dès son Aurora (1612). Robert Fludd, dans son Summum Bonum (1629), cite massivement l’Arbatel et lui reprend le mot anthroposophia ainsi que la structure même du diagramme où il apparaît.
Le terme grec ἀνθρωποσοφία, absent en tant que tel des Septante et du Nouveau Testament (où l'on trouve seulement la formule paulinienne σοφία ἀνθρώπων en 1 Co 2,5 et 2,13), reçoit sa première occurrence imprimée connue dans l’Arbatel de 1575 (aphorisme XLIX). Il est ensuite repris :
Selon Renatus Ziegler, la plupart des emplois du mot « anthroposophie » antérieurs à 1800 dépendent, directement ou indirectement, de l’Arbatel.
L’Arbatel demeure peu connu en France jusqu'à la fin du XIXe siècle. La traduction de Marc Haven (en) (Emmanuel Lalande), publiée en 1910 chez Henri Durville fils, en relance la lecture dans le milieu martiniste autour de Papus et de Stanislas de Guaita. Plusieurs réimpressions paraissent dans la seconde moitié du XXe siècle (Bélisane, Aldébaran, Camion noir), ainsi que des traductions contemporaines de l'édition Peterson.
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