
La notion d’Arbre du Monde (ou Arbre-Monde) est un archétype renvoyant, au sein de plusieurs mythologies, à l'existence d'un arbre cosmique reliant les différentes parties de l'Univers — généralement les mondes céleste, terrestre et souterrain.
Cette notion apparaît ainsi chez de nombreux peuples indo-européens, tels les Persans, les Slaves et les Germains. La tradition hindoue (Rig-Véda) compare l'univers à « un arbre à mille branches ». Elle revêt une forme particulièrement aboutie dans la religion scandinave, où l'arbre cosmique Yggdrasil (certainement un frêne ou un if), possédait des branches qui se déployaient dans les cieux et dont les racines menaient au pays des géants, à celui des humains et aux enfers.
Ce concept se retrouve chez d'autres peuples, notamment chez les peuples chamanistes de Sibérie et les peuples précolombiens, où il symbolise aussi la Terre-Mère[réf. nécessaire] et aiderait le chamane à passer d'un monde à l'autre,.
Selon Chevalier et Gheerbrant (voir Bibliographie), « le chêne serait la figure par excellence de l’arbre, ou de l’axe du monde, tant chez les Celtes qu'en Grèce, à Dodone. C'est encore le cas chez les Iakoutes sibériens. »
L'Arbre du Monde se nomme Kien Mou (« bois dressé ») ou Jian Mu.
L'Arbre-Monde se nomme KisKanu. Et l'Arbre-Vigne GesTin. Incantation babylonienne :
« Dans Eridu a poussé un Kiskanu noir, en un lieu saint il a été créé ; Son éclat est celui du lapis-lazuli brillant, il s’étend vers Vapsu. C’est le déambulatoire d’Ea dans l’opulente Eridu, Sa résidence est un lieu de repos pour Bau… ».
Evoqué dans la mythologie scandinave et germanique, dont il est littéralement un pilier cosmogonique, L'Arbre-Monde y est nommé Yggdrasil.
Un arbre sacré pour les Saxons, nommé Irminsul / Irmin Säule, fut vénéré par ceux-ci, peut-être en référence à l'Arbre du Monde. De même pour le Chêne de Thor chatte ou l'Arbre sacré d'Uppsala en Scandinavie.
L'arbre-monde se nomme ArminDer.[réf. nécessaire]
Mircea Eliade reprend le récit fait par un chamane Avam-Samoyède de sa propre initiation extatique à l'ethnologue russe Andreï A. Popov (1902-1960). Le chamane affirme avoir été conduit au Centre du Monde, où se trouvent « l'Arbre du Monde et le Seigneur Universel » (aussi appelé le Seigneur de l'Arbre). Il aurait reçu « de l'Arbre Cosmique et du Seigneur lui-même le bois pour se construire un tambour (...) ». Cet arbre, dans le récit, est « un jeune bouleau [qui] s'élev[e] jusqu'au ciel », et pousse sur une île au bord des Neuf Mers (...) ». Près de lui poussent « neuf herbes, ancêtres de toutes les plantes de la terre ». Au sommet de l'arbre, l'apprenti chamane aperçoit les ancêtres des nations (russes, dolganes, yakoutes, toungouses...). Le Seigneur de l'Arbre lui-même, « prenant figure humaine et sortant de l'arbre jusqu'à la poitrine », déclare qu'il y a une branche qu'il ne donne pas aux chamanes, car il la garde pour les êtres humains ordinaires, qui pourront en faire tout usage (habitations, etc.), et conclut : « Je suis l'Arbre qui donne la vie à tous les humains ».
L'arbre-Monde se nomme Aal Luuk Mas. Le premier homme est né d'Aal Luuk Mas.
L'arbre-Monde se nomme UlaMa(K).
L'arbre-Monde se nomme Ceiba / Yax Imix Che / Wacah Chan.
L'arbre-Monde se nomme Kauri/Tane.
À la fin de sa Fable Le Chêne et le Roseau [Livre I, fable 22], dont il emprunte le thème à Ésope, La Fontaine fait une allusion claire au mythe de l'Arbre-Monde[réf. nécessaire] quand il écrit à propos du chêne vaincu par la tempête :
Celui de qui la tête au ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts.
Selon Natacha Rimasson-Fertin (voir Bibliographie), le tilleul mentionné dans le conte de Grimm intitulé Le Roi Grenouille ou Henri de Fer (KHM1), qui « était un arbre sacré auquel on faisait des offrandes » (mais aussi « un arbre associé aux sorcières », forme avec le puits du conte « un axe vertical qui relie la terre au ciel », soit l’axis mundi étudié par Mircea Eliade.
Au siècle dernier, le thème de l'arbre-univers ou de l'arbre géant qui représente un monde à lui seul s'est décliné de diverses façons, et l'intérêt pour son altérité "radicale" (si l'on peut dire), comme pour son rôle crucial dans l'équilibre de notre écosystème global, est allé croissant,,,.
On assiste même à une sorte de résurgence spirituelle et commerciale des mythes de l'Arbre-Monde et de l'Arbre de vie, et à une certaine réappropriation de leur symbolique. Cette résurgence du mythe semble aller de pair avec la montée des courants "collapsologiques" et survivalistes, dans leur versant qu'on pourrait dire "positif" et propositionnel, comme en témoignent la récente parution (en ) d'un mooc (au sens de « magazine-livre ») qui porte le nom significatif et emblématique d'« Yggdrasil Magazine », animé entre autres par Pablo Servigne, mais aussi certaines des thématiques abordées dans la revue « Multitudes », entre autres par l'universitaire Anna Lowenhaupt Tsing. Le journal Le Monde note aussi en 2018 « le retour de l'arbre dans l’imaginaire politique », entre autres pour accompagner « la nouvelle campagne de reforestation lancée en Chine ». Et le thème traditionnel précolombien (Olmèque entre autres) de l'Arbre de Vie, plus tard catholicisé lors de la Conquête espagnole du Mexique, donne aujourd'hui encore lieu à un artisanat d'art très vivant (voir les articles consacrés à l'Arbre de vie (artisanat), et à la Poterie de Metepec).
Et ceci a été favorisé probablement par l'augmentation de la sensibilité écologique, au tournant du siècle, et par la prise de conscience de l'alternative que l'arbre représente au mode de vie animal dont nous faisons partie, dans sa manière d'être vivant et d'être-au-monde, défiant le temps par une symbiose originale avec son environnement. C'est de cette prise de conscience dont les mythes anciens sont la prescience et témoignent métaphoriquement et symboliquement.
Comme jalons de cet intérêt et de cette prise de conscience, on peut citer entre autres :