En 1925, elle est créée sous le nom d'Action protestante,,.
À sa fondation, elle dispose d'une section à Paris, composée du colonel Franck de Latour-Dejean, un dénommé Graf, le pasteur Pierre Courthial ainsi que le pasteur Roland de Pury. Ce dernier quittera le mouvement après avoir brièvement dirigé la section étudiante parisienne, en 1931.
Une seconde section existe à Montpellier, composée d'Hugues de Cabrol, qui se retrouvera à la tête du comité étudiant, ainsi que d'un dénommé Jourdan et que d'un certain Pierre Guiminal.
À la suite de la condamnation de l'Action française par le pape Pie XI, en 1926, cette dernière s'ouvre aux non catholiques, dès lors, certains militants appartiennent aux deux mouvements. Dans son ouvrage Les protestants et la République, de 1870 à nos jours, l'historien Patrick Cabanel la qualifie de «petite cousine germaine de l'Action française».
En 1930, elle publie l'ouvrage, Ce que pourra être la royauté restaurée, d'Eugène Kuhlmann.
En 1932, la section du Bas-Languedoc, publie l'ouvrage, L'Association Sully, sa doctrine, son but, ses réponses à quelques objections, d'Alfred-Henry Chaber.
Organisation
Le pasteur Auguste Lecerf, théologien néo-calviniste, fut une figure de l'Association Sully.
Dans son article Ier l'Association Sully affirme ne pas être un parti politique ni une association religieuse mais une «union patriotique»,.
Elle est une petite structure bien qu'elle atteigne, entre les 4 000 et 5 000 membres,. D'après l'historien André Encrevé, le culte protestant est, durant les années 1930, estimé comme la religion d'environ 800 000 français, soit 1,9% de la population. À la même époque, les effectifs de l'Action française sont, selon l'historien Pierre Nora, estimés entre 60 000 et 70 000 militants.
L'Association Sully est coprésidée par l'homme d'affaires, Eugène Kühlmann, alsacien de confession réformée, ainsi que par deux parisiens, originaires du Gard, Franck de Latour-Dejean et Louis de Seynes, frère d’Étienne de Seynes,.
Sociologiquement, elle est principalement composée d'enseignants, d'étudiants,, de petits-bourgeois et de membres de la petite noblesse,,.
Son plus grand journal, Bulletin du Groupe du Bas Languedoc de l'association Sully, publie son premier numéro le ,.
Il atteindra les deux mille abonnés,, avec un tirage moyen de cinq mille exemplaires,. L'édition de Montpellier est dirigé par Alfred-Henri Chaber et celle de Nîmes par Pierre Delpuech,. Ses principaux rédacteurs sont Noël Vesper,,, et l'avocat Gaston Mercier,,.
En 1937, le bulletin est renommé Sully, et prend une envergure nationale. Il disparaît en même temps que l’association en 1939.
D' à il est recréé de manière indépendante par Noël Vesper. Il opte alors pour une position collaborationniste,.
Personnalités
Elle comptera aussi dans ses rangs les pasteurs Auguste Lecerf, Noël Vesper,,,, Jacques de Missècle, Ernest Langereau, Louis Dupin de Saint-André, Roland Jeanneret et Henri Boegner, frère de Marc Boegner,,. On trouve aussi le général Abel Clément-Grandcourt, Roger Boutitie, Philippe Secrétan et Amaury de Seynes. Le Vosgien d'adoption Louis Jeanmaire, cadre d'une entreprise du textile, les Ets Laederich, ancien président de la section spinalienne de l'AF de à 1936, se présente en 1936 comme le président du groupe des Vosges de l'association Sully dans un courrier adressé à Charles Maurras publié par L'Action française.
Louis de Seynes, coprésident de l’Association Sully.
Louis de Seynes
Louis de Seynes, né le à Montpellier et mort le à Saint-Félix-de-Pallières, est un ingénieur agronome et un industriel français. De confession protestante et issu d'une grande famille bourgeoise et royaliste, Louis de Seynes est diplômé de l'Institut national agronomique et du laboratoire Central d'Electricité de Paris. En 1893, il fonde les usines de la Société d'électrochimie à Saint-Michel-de-Maurienne. En 1898 et 1899, il entre successivement au conseil d'administration de la Compagnie française du bi-métal et de la Compagnie des mines fonderies et forges d'Alais,,. Louis de Seynes poursuit une longue activité d'industriel à la tête d'entreprises orientées dans les domaines des produits chimiques et de la métallurgie. Il est co-président de l'Association Sully avec l'industriel de Colmar Eugène Külmann et le colonel de Latour-Dejean, aristocrate parisien. Son frère Étienne de Seynes est député du Gard de 1919 à 1924 et côtoie l'Action française au sein des indépendants de droite à l'Assemblée nationale. Le , il est décoré Chevalier de la Légion d'honneur.
Le Cercle Fustel de Coulanges, fondé par Henri Boegner, partiellement impliqué dans la collaboration, réunit de nombreux membres de l'Association Sully,. Le pasteur Noël Vesper, quant à lui, est exécuté sommairement à la Libération par les F.T.P., avec son épouse, à Buoux, le , car tous deux sont connus pour leurs sympathies collaborationnistes et antisémites,.
L'Union des Protestants Monarchistes est fondée en 1946 et disparait dans le courant des années 1950. Elle compte parmi ses membres plusieurs anciens membres de l'Association Sully, à savoir, Philippe Secrétan, Amaury de Seynes et Roger Boutitie.
Avis et critiques
Le pasteur royaliste Jean-Marc Daumas qualifie l'Association Sully de trop «doctrinaire» en comparaison à l'Union des protestants monarchistes, qui lui succédera, dans l'après guerre.
L'historien André Encrevé considère l'idéologie du mouvement comme contradictoire. Rappelant que, dans l'entre-deux-guerres, une immense majorité des protestants étaient de gauche mais aussi que le plus important des mouvements royalistes, l'Action française, est profondément anti-protestant.
Publications
Jacques De Missècle, Les Huguenots et la monarchie au xviesiècle
Marthe Nougier, Les Protestants et le roi au xviiiesiècle
↑Eglise réformée de France, La tentation de l'extrême droite, Editions Olivetan, (ISBN978-2-902916-72-6), p 109 à 113
12Eugène Kuhlmann, Ce que pourra être la royauté restaurée, Colmar, Editions de l'Association Sully, , 28p.
↑Alfred Henry Chaber, Alfred-Henry Chaber. L'Association Sully, sa doctrine, son but, ses réponses à quelques objections, Groupe du Bas-Languedoc de l'Association Sully, (lire en ligne)
12André Encrevé, «Les milieux protestants et l’Action française: Comment peut-on être protestant et royaliste au temps du Front populaire ?», dans L’Action française: culture, société, politique, Presses universitaires du Septentrion, coll.«Histoire et civilisations», (ISBN978-2-7574-2123-9, lire en ligne), p.173–184
↑André Encrevé, «Les protestants français au milieu du xxe siècle», dans La Cimade et l’accueil des réfugiés: Identités, répertoires d’actions et politique de l’asile, 1939-1994, Presses universitaires de Paris Nanterre, coll.«Sciences humaines et sociales», (ISBN978-2-8218-5109-2, lire en ligne), p.41–63
↑[compte rendu] André Encrevé, «Right wing among French Protestants (1900-1944), with special Reference to the Association Sully by Grace Davie», Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, vol.137, , p.654-656 (lire en ligne, consulté le ).
↑Patrick Cabanel, Itinéraires protestants en Languedoc du XVIe au XXe siècle: Espace gardois, Presses du Languedoc, (ISBN978-2-85998-211-9, lire en ligne)
↑Jean-Jacques Roux, «Politique sociale et rapports sociaux: la Compagnie des mines, fonderies et forges d'Alais de 1920 à 1930», Gazette des archives, vol.168, no1, , p.149–163 (DOI10.3406/gazar.1995.4276, lire en ligne, consulté le )
↑André Encrevé, «Les milieux protestants et l’Action française: Comment peut-on être protestant et royaliste au temps du Front populaire?», dans L’Action française: culture, société, politique, Presses universitaires du Septentrion, coll.«Histoire et civilisations», (ISBN978-2-7574-2123-9, lire en ligne), p.173–184
↑François-Marin Fleutot et Patrick Louis, Les royalistes, enquête sur les amis du Roi aujourd'hui, p179
Voir aussi
Bibliographie
Travaux universitaires
Grace Davie, RightWing Politics among French Protestants (1900-1944), with special reference to the Association Sully, doctorat, London School of Economics, 1975
André Encrevé, «Les milieux protestants et l’Action française, Comment peut-on être protestant et royaliste au temps du Front populaire?», dans, Michel Leymarie et Jacques Prévotat, L'Action française, culture, société, politique, 2008, p.173-184, [lire en ligne]
Pierre-Yves Freychet, «Sully (1933-1944). Analyse politique d'un périodique protestant et monarchiste», dans André Encrevé & Jacques Poujol, Les Protestants français pendant la seconde guerre mondiale. Actes du colloque de Paris, Palais du Luxembourg, 19-21 novembre 1992, Paris, Société de l'histoire du protestantisme français, , p.469-478.
Emile Appolis, «Un organe protestant et royaliste sous le gouvernement de Vichy: Sully, octobre 1942-juin 1944», Actes du 86e congrès des Sociétés savantes, Montpellier, 1961, Paris, Imprimerie nationale, 1962 (Lire en ligne)