| Localisation | Vallée de la Soummam |
|---|---|
| Tribu d'origine | Tindenses (?) |
| Population | 58 908 |
| Gentilé | Waghlissiens |
| Branches |
Aït Mzal Assameur |
| Langue | Kabyle (var. Taweɣlist) |
| Religion | Islam |
Les Aït Waghlis (en kabyle : At Weɣlis) sont une tribu kabyle établie sur la rive gauche de la Soummam, et le versant sud du massif de l'Akfadou. Son territoire se compose des communes de Sidi Aïch, et des communes avoisinantes : Chemini, Leflaye, Souk-Oufella, Tibane et Tinebdar,.
L'ethnonyme Weɣlis prend son origine dans le nom kabyle de la panthère, soit la racine berbère γls, et propose deux acceptations :
Cet ethnonyme pourrait provenir du nom d'un ancêtre éponyme appelé Aghilas.
Le nom de la tribu a ensuite donné naissance aux patronymes Al-Waghlissi, notamment porté par Abderrahmane El Waghlissi, et Oughlis, porté par Yasmine Oughlis.
Lors de la colonisation française, la tribu prit, dans les documents et ouvrages, différentes appellations, incluant certaines dont le préfixe Aït est arabisé en Beni. On retrouve les appellations suivantes : Beni-Ourlis, Beni-Oughlis, Beni Oughlice, Beni Ouarghlis, Beni Ouglis, Beni Ouaglis, Beni Oualis, Beni Oughlice et Aith Ourlis.
Dans l'Antiquité, la tribu des Tindenses, de la confédération des Quinquégentiens, occupait le territoire des Aït Waghlis, ainsi que celui de deux autres tribus kabyles : les Fenaïa et les Aït Ameur. Cependant, on ne sait pas si les membres de la tribu descendent réellement de ceux-ci.
Selon les anciens, la tribu des Aït Weɣlis a été très tôt divisée en deux. Au Nord-est se trouvent les At Menzal (communes de Sidi Aich, Tibane, Leflaye, Tinebdar) tandis qu'au sud-ouest se situent les At Usammar (communes de Chemini et Souk Oufella). Les Aït Weɣlis Usammar auraient fait partie de la confédération des Igawawen qui rassemblait beaucoup de tribus des versants nord du Djurdjura. Les At Menzer ont fait alliance avec des tribus de la vallée de la Soummam. Cela explique les différences linguistiques entre les deux factions. Alors que les Usammar (comme ses voisins: Awzellagen, At Ziki, Aït Idjer) utilisent des explosives comme les tribus de la confédération des Igawawen (tappurt, heggi, axxam k yemɣaren, axxam-aki), les At Menzal prononcent ces phonèmes comme plus largement dans la vallée de la Soummam (tawwurt, heyyi, axxam yemɣaren, axxam-ayi).
Dans la préhistoire, la région était déjà occupée. Il existe des grottes dans la région, les plus connues étant celles de Gueldaman à Bou Hamza, Akbou dans lesquelles furent trouvés les objets suivants :
La présence de ces objets prouve que la région était habitée depuis au moins le Ve millénaire av. J.-C.
Au IIIe siècle, la confédération était sous domination romaine mais elle participa, pendant plusieurs siècles, à de nombreuses guerres de résistance ainsi que des razzias sous les ordres de Firmus et Gildon.
Dans cette région, de nombreuses ruines datent de l'Antiquité. Notamment, une fontaine à Leflaye, les vestiges d'une voie romaine à la sortie de cette même ville et également des pierres éparses à Tiliouacadi, attestant un centre agricole.
C'est au moyen-âge que la tribu des At Waghlis fut son apparition, vers le XIIe siècle, meme si les premières mentions de la tribu remontent aux environs de l'année 1500.
Lors de cette période du Moyen-Age, la région restera indépendante et ne sera pas touchée par les conquêtes musulmanes du fait de la forte résistance. Les habitants sont alors convertis par l'intermédiaire de marabouts. À la suite de la grande révolte berbère, les Ait Waghlis resteront indépendants des Aghlabides. Il faudra attendre la formation du Califat fatimide pour que la tribu fasse de nouveau parti d'un état.
Pendant le XIe siècle et le XIIe siècle, le vallée de la Soummam est sous contrôle de la dynastie kabyle des hammadides et une route, la Triq sultan, reliant l'ancienne (Kalâa des Béni Hammad) et la nouvelle (Béjaia) capitale du royaume, est construite. Cette route passe par le territoire de la tribu en longeant l'Oued Soummam et correspond aujourd'hui à la route N 26.
Lors du XVIe siècle et du XVIIe siècle, lorsque Bejaïa était alors occupée par les espagnols puis l'Empire ottoman, la région des Ait Waghlis faisait partie par intermittence des royaumes de Koukou et de Ait Abbas,.
Au XVIe siècle, celui qui avait épousé Aicha Tazeroukt et fondé le village de Tifrit N'Aït El Hadj dans la tribu des Izeɣfawen était issu de la tribu.
À cette époque, un conflit éclata entre la tribu et les Aït Djennad après que des marchants de la tribu furent dépouillés par ceux-ci. Afin d'apaiser les tensions, Youcef Ou Kaci écrit un poème à propos de la tribu des Aït Waghlis dont les vers sont les suivants :
« Asmi terbeḥ ddunit
ar wanida k-ihwa ddu
Di Letnayen n At Jennad
dinna ay-d ibda laadu
Aweɣlis si zik d aḥṛuṛ
mačči d yiwen ad as yeḥku
Belleh ar-k azenɣ a ttiṛ
abrid ik Akeffadu
Aameṛ Waali deg-Gwewrir
d Ateṛkwi di Baṛeddu
Ulamma nexdem tuḥsift
abrid-a ilezm aɣ laafu. »
« Aux jours heureux d'antan
On pouvait aller où bon semblait
Puis au marché des Aït Djennad
Ont commencé les troubles
Les Aït Waghlis sont de toujours nobles hommes
À qui le dire qui déjà le sache
Par Dieu oiseau soit mon messager
Va vers l'Akfadou
Puis à Aourir chez Amar Ouali
Turc du Palais du Bardo
Quoique nous ayons commis une faute
Il faut cette fois qu'on nous pardonne. »
Ces vers furent récités par Youcef Ou Kaci sur la place du village et, lorsque celui qui avait hébergé ce dernier la veille révéla son identité, la tension monta mais l'hôte le protégea sous son burnous.
Lors de la campagne de colonisation française, des combats opposaient la tribu aux hommes du Maréchal Bugeaud en 1841 et certains combattants ont résisté jusqu'à se soumettre, en , au colonel Jean Thibaudin.
En 1846, lors de la colonisation de la Kabylie, un témoignage anonyme affirme que la tribu possédait 2500 fantassins ce qui était très élevé comparé à ses voisins, les Ouzellaguen et les Illoula en possédaient respectivement 150 et 800.
Le 22 Juin 1851, les Ait Waghlis se soumettent à la France après la défaite de Bou Baghla.
En 1871, la tribu participe activement à la révolte de Mokrani contre l'occupation française.
Le , la commune mixte de Sidi Aich fut fondée puis instituée le par le gouverneur général.
En 1907, la tribu des Ait Waghlis était l'une des plus scolarisées d'Algérie avec 9 écoles et 22 classes pour 17 000 habitants.
En 1909 ou 1910, l'association des Jeunes Oughlissiens fut fondée. Elle proposait notamment l'installation de lampadaires dans les rues de la tribu.
Dans les années 1980, les lieux de la tribu, comme tout le reste de la Kabylie, participent au Printemps berbère. En 2001, le Printemps noir surveint après l'assassinat d'un lycéen par un gendarme à Beni Douala. Les villes et villages de la tribu y participent également et de nombreux manifestants originaire de la tribu y sont tués.
Le , un musée des Aït Waghlis est inauguré.
En 2018, de nombreux lycéens de Kabylie participent à un boycott de la langue arabe. De nombreuses écritures arabes présentes sur les panneaux de signalisation sont alors effacées.

Établie sur le versant sud du mont Akfadou, dans la chaîne du Djurdjura, la tribu des Aït Waghlis occupe le territoire inscrit dans le triangle délimité à l’ouest par la rivière Ighzer Amokrane jusqu’au col d’Akfadou (à la limite avec la tribu des Ouzellaguen), au nord par une ligne partant du col d'Akfadou le long de l’oued Remila (à la limite avec la tribu des Aït Mansour), et au sud par la rivière de la Soummam.
Le territoire de la tribu s'étend sur une vingtaine de kilomètres en longueur, de Semaoun à l'ouest à Tinabdher à l'est, et sur une dizaine de kilomètres en largeur, d'Aourir au nord à Takrietz au sud ; Ighzer n Souk délimitant la partie Ath-Sammer à l'Ouest et Ath Mzal à l'Est. Sidi-Aïch constitue un centre reliant la tribu à ses voisins du flanc méridional de la vallée : At-Yemmel Seddouk, Amalou et Imessissen.
La superficie de l'ensemble des communes constituant le territoire de la tribu est égale à 92.05 km2.
Le territoire de la tribu contient le lac d'Agoulmim n'Iker, une partie de l'Asif n Assemam, une partie de la forêt de Yakouren et du massif de l'Akfadou.
L'altitude minimale est de 81 m, le long de l'Asif n Assemam et l'altitude maximale y est de 1 616 m dans la massif de l'Akfadou.
| Année | Habitants | Année | Habitants |
|---|---|---|---|
| 1851 | 5 500 | 1966 | - |
| 1870 | 9 433 | 1977 | 30 565 |
| 1873 | 7 500 | 1987 | 42 273 |
| 1879 | 9 104 | 1998 | 53 791 |
| 1907 | 17 000 | 2008 | 55 413 |
| 1909 | 18 000 | 2017 | 58 908 |
| 1930 | 19 000 | 2022 | - |
| 1950 | 26 271 |
Au cours du XXe, le territoire des Aït Waghlis a connu des flux migratoires importants vers la région de la Mitidja. Aux alentours de 1930, on estime que 15 000 waghlissis on migrés vers la Mitidja, lors de la période de récolte. Cela correspond à 1 adulte sur 3.
Dans les années 50, les migrants originaires de la tribu correspondait à 63% de la population active masculine, sois 2 adultes en âge de travailler sur 3 (15.7% de la population totale).
La guerre d'indépendance a accéléré l'exode rurale, du à la destruction de nombreux villages. Jusqu'aux années 60, 10 à 12 000 personnes quittèrent le territoire des Aït Waghlis pour aller vivre à Alger ou Béjaïa. De nombreux autres migrèrent vers Sidi-Aïch.
Le territoire de la tribu est réparti sur six communes relevant de deux daïras de la wilaya de Béjaïa :
| Assameur (Usamar) | Aït Mzal (At Mzal) | ||||
| Chemini | Souk Oufella | Sidi Aich | Leflaye | Tibane | Tinabdher |
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Les localités de la tribu ont en majorité des noms locaux, bien que certaines d'entre elles ont subi une influence étrangère puisque l'on retrouve quelques toponymes arabes, seuls ou mélangés à des toponymes locaux.
Nous pouvons également noter la présence forte de toponymes faisant référence à des entités naturelles tels que Tizi qui signifie col, Tala qui signifie source ou fontaine ou encore Ighil/Tighilt qui signifie terrain gras.
Nous retrouvons aussi des noms faisant référence à des hommes, avec l'utilisation de la particule kabyle Aϊt signifiant « gens de, descendants de, ceux de, fils de, la tribu de,… etc. » suivi d'un prénom (Cemini, Sula, Chetla,...).
Enfin, d'autres toponymes se référent à des lieux. C'est notamment le cas des toponymes qui possèdent le mot kabyle εzib signifiant « ferme, maison isolée à la compagne »,.
Les Ait Waghlis parlent exclusivement le kabyle. Le dialecte parlé sur leur territoire est le dialecte kabyle oriental central, également parlé par les Ait Aidel et At Khiar.
La variante locale des Aït Waghlis est appelé Taweɣlist.
Cette tribu a la particularité, avec quelques autres tribus, d'utiliser la consonne labiale sourde [p].
Les Aït Waghlis sont connus dans la région pour leur pouvoir (qudra) de soigner (ou de traiter) les fractures du corps que leur attribue la coutume. Cette pratique perdure aujourd'hui chez une famille du village d'Ath Soula (axxam n'tbib). Les Aït Waghlis étaient passés maîtres dans le travail du palmier nain (ddum, igezdem en kabyle).
La tribu est l'une des cinq tribus d'Afrique du Nord qui fabriquaient ces chapeaux de pailles de taille démesurés portés pendant l'été appelés mz'alla. Les femmes de la tribu étaient tatouées au cou avec le tatouage numéroté 4 sur l'image ci-dessous (1) pour montrer leur appartenance à la tribu. De nombreux paternes, propres à la tribu, sont utilisés sur les poteries de la tribu. Notamment les paternes 1 à 14 de l'image ci-dessous (2), utilisés dans le village Ait Daoud. Nous voyons également, sur la troisième image, des poteries originaires de la tribu et qui présentent les paternes mentionnés précédemment.
Les Aït Waghlis, comme de nombreuses autres tribus kabyles, fabriquaient des coffres (4).
La ville de Sidi Aich possédait autrefois le marché le plus important de la vallée de la Soummam. La commune importait et exportait de nombreuses denrées et produits. Les produits exportés étaient constitués par les biens suivants :
Les produits importés étaient également nombreux :
Cette tribu est passée maitre dans l'art de construire les ruches à miel, la culture des oliviers et des céréales, du lin et des fruits de diverses espèces. Ils fabriquent aussi des toiles de lin, des étoffes de laine et beaucoup de savon.
Parmi les poèmes écrits par Youcef Ou Kaci, l'un, nommé l'Amour heureux (Tayri) mentionne la tribu :
« A tiziri
Țnadiɣ-ț tețnad'iyi
A tiziri
Bɣiɣ-t ula d nekkini
A Sut Yaεla
Ziɣ lemḥibba terna kra
A Sut Weɣlis
Ma ɣliɣ
nedheɣ s yisem-is
Izime
r aras
Γli-yas deg rebbi ḥku-yas
Tusbiɣt ṇ-ṭiṭ
Ayen illan deg-gul teẓṛiṭ-ṭ
Nnan taεyiḍ
Ger tebbucin telleɣwiḍ
A taḥmimuct
Ma ixaq fk-as taqemmuct
A mm imezran
Ṭṭes kan mazal itran »
« Clair de lune
Je la cherchais, elle me cherchait aussi
Clair de lune
Moi aussi, je le veux
Fille des At Yaala
Vrai l'amour y est pour quelque chose
Fille des At Waghlis
Quand je tombe, c'est son nom que j'appelle
Agneau brun
Tombe dans son giron et conte-lui
Fille aux yeux peints
Ce qu'il y a dans mon cœur, tu le sais
Tu étais fatigué m'a t-on dit,
Entre les seins tu as flanché
Fille fardée
S'il est triste, donne-lui tes lèvres.
Fille aux longs cheveux
Dors seulement, il y a encore des étoiles (au ciel) »