| Azure C | ||
| Représentations de l'Azure C | ||
| Identification | ||
|---|---|---|
| Nom UICPA | 3-Amino-7-methylaminophenothiazin-5-ium chloride | |
| Synonymes |
Monomethyl thionine Methylene Azure C |
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| No CAS | ||
| PubChem | 135421845 | |
| ChEBI | 87641 | |
| Propriétés chimiques | ||
| Formule | C13H12N3S+,Cl- | |
| Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire. | ||
| modifier |
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Azure C, également appelé monométhylthionine, est un colorant organique appartenant à la famille des colorants thiaziniques. Il dérive du bleu de méthylène par déméthylation oxydative et fait partie du groupe des azures (A, B et C), qui diffèrent par leur degré de méthylation. Sa structure aromatique conjuguée et sa charge cationique lui confèrent des propriétés optiques et chimiques particulières. Ces caractéristiques lui permettent d’établir des liaisons non covalentes, notamment électrostatiques et π–π, avec des macromolécules biologiques riches en charges négatives, telles que les acides nucléiques et certaines protéines, mais également avec des surfaces inorganiques.
Cette capacité à former des liaisons non covalentes réversibles dans des environnements chimiques variés explique la diversité de ses applications.
L’Azure C est généralement formé par dégradation oxydative et déméthylation progressive du bleu de méthylène. Ce processus conduit successivement à différents dérivés appelées azures (Azure B, Azure A puis Azure C). Ces transformations correspondent à la perte graduelle de groupes méthyle sur le noyau thionine lors de réactions d’oxydation.
Dans les préparations commerciales, ces colorants ne sont cependant pas présents sous forme pure. Les produits étiquetés « Azure » sont en réalité des mélanges complexes de plusieurs dérivés thiaziniques, difficiles à distinguer par des méthodes chimiques classiques. Pour identifier et isoler chaque composé, des méthodes chromatographiques comme la chromatographie sur papier ou sur cellulose ont été utilisées. Elles permettent de séparer les différentes fractions issues de la dégradation oxydative du bleu de méthylène et d’attribuer les bandes correspondant aux différents azures. L’Azure C correspond à l’une des fractions les plus déméthylées de la série. Son identification repose sur sa position chromatographique et sur ses maxima d’absorption caractéristiques dans le spectre UV-Visible.

L’azure C présente une bande d’absorption intense dans le domaine du visible, à l’origine de sa coloration bleue. En solution aqueuse, le maximum d’absorption se situe autour de 620 nm. Le spectre présente également un épaulement vers 580 nm, attribué à une structure vibronique liée au couplage entre transitions électroniques et vibrations moléculaires du chromophore phénothiazinique.
Les propriétés d’absorption de l’Azure C dépendent du solvant. En milieu fortement acide, le maximum d’absorption est déplacé vers 695 nm. Ces variations sont associées à des modifications de la distribution électronique du chromophore lors de l’excitation, de l’augmentation du moment dipolaire, ainsi que de l’influence de l’environnement sur les transitions électroniques responsables de l’absorption.
L’Azure C présente une fluorescence en solution diluée dans les solvants polaires comme le méthanol et l’acétonitrile Dans le méthanol, l’état singulet excité de l’Azure C présente une durée de vie d’environ 1,1 ns. L’état excité de l’Azure C peut être désactivé par transfert d'électrons vers différentes quinones, l’efficacité de ce processus étant modulée par leurs propriétés rédox. La constante de vitesse de quenching de l’état singulet est de l’ordre de 10¹⁰ M⁻¹ s⁻¹ dans le méthanol, proche de la limite de diffusion. Pour l’état triplet, la constante de vitesse est plus faible mais reste significative. Des nouvelles bandes d’absorption apparaissent entre 400 et 450nm, correspondant aux espèces radicalaires formées lors du transfert d’électron. Ces observations expliquent l’extinction de la fluorescence par l’état singulet excité et la formation de radicaux via l’état triplet.
L’Azure C est donc un réducteur photochimique efficace.
| Quinone | Potentiel de réduction | Constante de vitesse de l'état singulet (M⁻¹·s⁻¹) | Constante de vitesse de l'état triplet (M⁻¹·s⁻¹) |
|---|---|---|---|
| Benzoquinone (BQ) | 0,50 | 1,0.1010 | 3,6.108 |
| Méthoxybenzoquinone (MQ) | 0,58 | 1,15.1010 | 1,3.108 |
| Diméthoxybenzoquinone (DMQ) | 0,67 | 0,8.1010 | 1,1.108 |
| Quinone dichloro | 0,84 | 0,7.1010 | 1,3.108 |
Tableau: Constantes de vitesse de quenching du triplet et du singulet de l’azure C par différents quinones dans le méthanol
Les applications d’Azure C découlent directement de ses propriétés structurales et électroniques.
Son noyau aromatique conjugué, comportant des atomes d’azote et de soufre, lui confère un système π étendu capable d’établir des interactions non covalentes de type π–π avec d’autres structures aromatiques.
Sa charge cationique favorise également des interactions électrostatiques avec des groupements anioniques, notamment ceux présents dans les acides nucléiques, certains polysaccharides ou des protéines. Lorsque la densité de sites anioniques est élevée, plusieurs molécules de colorant peuvent se fixer à proximité et s’agréger entre elles par empilement π–π. Cette agrégation modifie leurs transitions électroniques et provoque un déplacement du spectre d’absorption à l’origine du phénomène de métachromasie.
Des liaisons hydrogène et des forces de Van der Waals contribuent également à stabiliser l’association du colorant avec différents substrats biologiques,.
L’ensemble de ces interactions explique son utilisation en histologie et bioimagerie, en photothérapie, dans l’étude des maladies neurodégénératives, ainsi que son adsorption sur des surfaces métalliques pour la protection contre la corrosion et certaines applications énergétiques.
L’Azure C est utilisé en histologie pour la mise en évidence des structures cellulaires riches en acides nucléiques. Grâce à sa charge positive, il interagit avec les groupements phosphate de l’ADN, ce qui permet une coloration intense des noyaux cellulaires et des chromosomes, en particulier lors des phases de division cellulaire où ceux-ci sont fortement condensés.
Il existe plusieurs manières d’interagir avec l’ADN notamment par intercalation ou par empilement latéral (side stacking).
Lors de l’intercalation, la molécule peut s’insérer entre les paires de bases de l’ADN, ce qui modifie localement la structure de l’ADN. A la différence, dans le side stacking, la molécule s’associe le long de l’ADN par des interactions de type π-stacking. Les deux cycles aromatiques de l’Azure C interagissent avec les bases nucléotidiques de manière non covalente grâce à l’empilement des systèmes.
On utilise l’Azure C pour colorer les chromosomes dans le G-banding. Ses différents modes d’interactions permettent de localiser différentes bandes plus ou moins foncées sur les chromosomes. L’Azure C se fixe et s’accumule plus efficacement sur les bandes G qui correspondent à des régions du chromosome qui sont riches en adénines (A) et en thymine (T), très condensées et sont souvent des hétérochromatines. Ces régions riches en AT sont donc des zones où l’empilement est favorable.
Cette accumulation entraîne une modification des caractéristiques optiques du colorant en fonction de son état d'assemblage par métachromasie. Lorsque l’Azure C est fortement concentré sur l’ADN compact, son spectre d’absorption UV-visible est modifié, ce qui intensifie la coloration et amplifie le contraste des bandes observé sur les chromosomes.
À l’inverse, dans les régions euchromatines, plus ouvertes et riches en GC, l’interaction du colorant est moins favorable, ce qui produit des bandes plus claires.
L’Azure C est étudié pour ses propriétés de photosensibilisateur dans le cadre de la photothérapie anticancéreuse. Il peut absorber la lumière dans le domaine visible et générer des espèces réactives de l’oxygène (ROS) après excitation lumineuse, mécanisme à la base de la thérapie photodynamique (PDT). Ces espèces réactives peuvent endommager différents constituants cellulaires et contribuer à la destruction des cellules tumorales.
Des études récentes ont exploré l’association d’Azure C avec des nanoparticules d’oxyde de zinc (ZnO) afin d’améliorer sa stabilité et son efficacité en milieu biologique. Les analyses spectroscopiques indiquent que le composé nano-conjugué présente une interaction plus forte avec des protéines biologiques, telles que l’α-chymotrypsine, que le colorant seul, suggérant une meilleure stabilité du système et une interaction renforcée avec les biomolécules.
La protéine α-chymotrypsine est utilisée comme modèle afin d’étudier l’interaction du composé nano-conjugué avec des protéines biologiques. En milieu biologique, les nanoparticules peuvent en effet s’entourer spontanément de protéines présentes dans le milieu, formant une « couronne protéique » (protein corona) à leur surface. L’utilisation de la chymotrypsine permet ainsi de simuler ce phénomène et d’évaluer la capacité du système à interagir avec des biomolécules, ainsi que l’influence de cette couronne protéique sur sa stabilité et son comportement en milieu biologique.
L’activité biologique du système a également été évaluée in vitro sur des cellules cancéreuses pulmonaires humaines (A549). Les résultats indiquent que le nano-conjugué Azure C–ZnO présente une cytotoxicité plus élevée que le colorant seul, avec une concentration inhibitrice médiane (IC50) d’environ 6,0 µM, contre 8,2 µM pour l’Azure C seul. Ces observations indiquent que l’association d’Azure C avec des nanoparticules pourrait améliorer son efficacité dans des stratégies de thérapie photodynamique, bien que des études supplémentaires soient nécessaires pour évaluer pleinement son potentiel thérapeutique. Le mécanisme général d’action de ce système est illustré dans la figure correspondante.

Le colorant Azure C peut interagir avec les oligomères toxiques de la protéine Tau, impliqués dans des maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer. Il est capable de se lier à ces agrégats protéiques et d’en modifier la structure, ce qui réduit leur toxicité pour les cellules neuronales. Ainsi, Azure C apparaît comme une molécule intéressante pour mieux comprendre les mécanismes d’agrégation de la protéine Tau. En plus de cet effet, cette molécule présente un intérêt potentiel en imagerie médicale, notamment en Tomographie par Émission de Positons (TEP). Grâce à sa capacité à interagir avec les agrégats de protéines Tau, l’Azure C pourrait servir de sonde de détection, permettant d’identifier les oligomères toxiques dès les premiers stades de la maladie.
Dans les années 1970, l’identification précise des antibiotiques tels que la pénicilline à l’état de traces était essentielle pour le contrôle qualité pharmaceutique et pour la recherche.
Une méthode spectrophotométrique utilisant l’Azure C pour la détermination de microgrammes de pénicilline a été décrite en 1985.
L’Azure C est utilisé en tant que réactif dans l’analyse quantitative de la pénicilline. Ce colorant cationique forme des paires d’ions avec la pénicilline qui est chargée négativement. Le complexe ionique formé présente une coloration bleue et peut être extrait dans du chloroforme. La caractérisation du complexe par spectrophotométrie UV-Visible permet le dosage de la pénicilline. Le complexe révèle une longueur d’onde maximale à λmax = 630-640 nm. L’application de la loi de Beer-Lambert permet alors de relier l’absorbance mesurée à la concentration et ainsi de quantifier des microgrammes de pénicilline.
L’Azure C a également été étudié pour des applications non biologiques, notamment comme inhibiteur de corrosion de l’acier doux en milieu acide. Cette propriété est liée à sa capacité à s’adsorber à la surface du métal et à former une couche protectrice qui limite les réactions de dégradation.
Une étude comparative publiée en 2024 a examiné l’efficacité inhibitrice de plusieurs colorants de la série des Azure (Azure A, Azure B et Azure C) sur de l’acier doux immergé dans une solution d’acide chlorhydrique. Les résultats montrent que l’efficacité de l’inhibition augmente avec la concentration du colorant et varie également avec la température. Dans ces conditions, l’Azure C apparaît comme le composé le plus performant, avec une efficacité d’inhibition atteignant environ 98 % à 338 K pour une concentration de 100 ppm.
Les analyses électrochimiques indiquent que ces colorants agissent principalement comme des inhibiteurs de type cathodique. L’étude montre également que l’adsorption des molécules sur la surface de l’acier peut être décrite par différents modèles d’isothermes d’adsorption, tel que le modèles de Langmuir, ce qui suggère la formation d’un film adsorbé relativement stable à l’interface métal-solution.
Les observations réalisées par microscopie à force atomique montrent par ailleurs que la surface de l’acier devient nettement moins rugueuse en présence d’Azure C, ce qui est interprété comme la formation d’une couche protectrice à la surface du métal.
L’Azure C agit comme photosensibilisateur dans une cellule photogalvanique en absorbant la lumière et en déclenchant des réactions d’oxydoréduction qui génèrent un photocourant et une phototension. Les performances de la cellule dépendent de plusieurs paramètres expérimentaux tels que la concentration du colorant, l’intensité lumineuse, la température et la distance entre les électrodes, qui influencent l’efficacité du transfert d’électrons et donc la production d’électricité.
Les résultats expérimentaux montrent que l’Azure C peut produire une phototension d’environ 740 mV et un photocourant d’environ 120 µA, avec un rendement de conversion énergétique d’environ 0,46 % et une capacité de stockage de l’énergie d’environ 95 minutes.