| Naissance | La Courneuve |
|---|---|
| Nom de naissance |
Sylvain |
| Nationalité | |
| Activités |
tag |
| Autres activités |
Cadre dans l'industrie automobile |
| A influencé |
JonOne |
Azyle est le pseudonyme d'un tagueur francilien né en 1974 à La Courneuve. Actif dans le métro parisien de 1989 à 2007, il est considéré comme l'une des figures les plus mystérieuses et créatives du graffiti français, connu pour avoir inventé et systématisé la technique dite de la « punition » (répétition obsessionnelle de sa signature), puis pour l'avoir fait évoluer vers un style abstrait qu'il appelle la « saturation ». Rendu célèbre pour avoir tagué un avion Concorde en 2001, il est arrêté en 2007 après dix-sept ans d'activité clandestine, et devient malgré lui une figure centrale d'un contentieux judiciaire inédit contre la RATP, qui ira jusqu'à la Cour de cassation en 2017.
Né en 1974 et originaire de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, le jeune Sylvain commence par taguer sous le nom « Asi.06 » dans sa ville natale. C'est son ami et complice de la première heure, Abdik, qui lui suggère de lui préférer « Asile », un nom qu'il juge plus percutant ; la signature évoluera par la suite vers l'orthographe définitive « Azyle ».
Sa première incursion dans le métro parisien a lieu en mai 1990, sur la ligne 13. Âgé d'une quinzaine d'années, il est invité par deux tagueurs plus âgés, Evil et Jek, à réaliser son premier dépôt sous les Invalides. Après avoir échappé de peu aux agents de sécurité, il développe une fascination durable pour l'univers souterrain du métro.
Il appartient à ce que Karim Boukercha décrit comme la « seconde génération » des tagueurs du métro parisien. La première vague, apparue vers 1984, cherchait avant tout la visibilité dans la rue ; c'est à partir de 1989 submergée par le nombre d'adeptes, que la RATP devient la cible privilégiée d'une nouvelle génération d'activistes, dont Azyle fait partie.
À partir de la rentrée 1990, Azyle organise son quotidien entre le lycée autogéré de Paris et ses expéditions dans les dépôts et tunnels du réseau. Après avoir réalisé le « grand chelem », consistant à taguer toutes les lignes du réseau, il se concentre sur la ligne 7, avec l'objectif de faire figurer son nom sur les quatre-vingts rames en circulation. C'est à cette période qu'il développe et systématise ce que le milieu appelle une « punition » : l'accumulation méthodique de sa signature sur toute la surface disponible d'une rame, de façon à ne laisser aucun espace vide et à s'assurer l'exclusivité visuelle du support. Si la pratique existait déjà de façon ponctuelle chez d'autres tagueurs, Azyle est le premier à en faire sa signature stylistique. Son travail est repéré en 1991 dans Paris Tonkar, le tout premier livre consacré au graffiti français, rapidement épuisé.
À la rentrée 1992, la RATP met en œuvre un plan de « reconquête du territoire » avec la plastification des rames, le nettoyage systématique sous vingt-quatre heures et création d'une brigade anti-graffiti. Une partie des tagueurs de sa génération abandonne. Azyle poursuit néanmoins son activité.
Après une période d'activité réduite, Azyle reprend intensément le graffiti lors des grèves de 1995. Il découvre alors de nouvelles ressources matérielles et plusieurs fanzines spécialisés, parmi lesquels On n'On, Paris Connexion, Keep Rollin et Xplicit Graff-X. Il constate également que ses anciens dépôts ont été recouverts par une nouvelle génération.
Il entreprend alors de renouveler sa pratique. Exploitant les rares surfaces épargnées par le pelliculage RATP (moteurs, dessous de rames, « places discrètes »), il se met aussi à la gravure sur vitres et carrosseries, un procédé qu'il pousse jusqu'à trois quarts d'heure de travail par surface. C'est en observant les projections d'encre qui accompagnent la fin de ses « punitions » qu'il perçoit l'intérêt esthétique du brouillage. Il commence à superposer ses propres signatures, à mélanger encres, peintures et solvants, allant jusqu'à retagger ses propres tags (pratique qu'il nomme « s'auto-toyer »). Cette évolution donne naissance à son style de maturité, la « saturation », proche de l'abstraction. Cette pratique inspirant fortement le travail d'autres artistes comme JonOne.
Parallèlement, Azyle obtient un bac professionnel en carrosserie, effectue son service militaire puis intègre l'École nationale supérieure des arts et métiers, avant d'abandonner ses études. En 1999, il devient technicien méthodes en tôlerie au bureau d'études de Renault. Il y rédige des guides techniques, évolue professionnellement et conçoit des formations à la soudure dispensées à l'étranger. Malgré cette carrière stable et la naissance de son premier enfant, il poursuit une activité clandestine soutenue allant même jusqu'à mettre de l'argent de côté par anticipation (« budget amende »).
En 2001, Azyle acquiert une notoriété allant au-delà du seul milieu du graffiti en apposant sa signature sur un avion Concorde, un « exploit » resté dans les mémoires du milieu et régulièrement cité dans la presse comme l'un des faits d'armes les plus spectaculaires de sa carrière,.
En novembre 2006, Azyle rencontre Vices, autre spécialiste du métro, avec lequel il déroge pour la première fois à son principe d'agir exclusivement seul. En 2007, son activité s'intensifie fortement, il peint deux à trois fois par semaine et passe parfois la nuit dans sa voiture avant de se rendre au travail. Il développe également les « projections additionnelles », de fins jets de peinture destinés à accentuer l'effet dynamique de ses saturations.
Dans la nuit du dimanche 24 au lundi 25 juin 2007, après plusieurs mois d'enquête incluant des analyses graphologiques et des filatures, les policiers du service régional des transports interpellent Azyle et Vices près du dépôt RATP de la porte de La Chapelle. La police les considère alors comme « les deux plus gros tagueurs de ces dernières années », leur attribuant environ 250 tags identifiés sur des rames, dans des tunnels ou sur des murs de la RATP. Cette arrestation met un terme à dix-sept années de peinture clandestine dans le métro pour Azyle,.
Au moment de l'arrestation, la RATP évalue le préjudice combiné des deux hommes à environ 600 000 euros. Au fil de l'instruction, la justice distingue les deux dossiers, reconnaissant le caractère singulier de la démarche d'Azyle. Il s'attache à démontrer que la méthode de chiffrage de la RATP est excessive et opaque.
En 2012, le tribunal correctionnel de Paris condamne Azyle à huit mois de prison avec sursis et 195 000 euros de dommages et intérêts au profit de la RATP, pour les dégradations commises entre 2004 et 2007 (les faits antérieurs étant prescrits). Azyle fait appel et fait constater par un huissier, en présence de journalistes, qu'il ne lui faut que six à dix minutes pour nettoyer un mètre carré de surface peinte avec les produits utilisés par la RATP, quand celle-ci évalue ce temps à une heure. Il pointe également des facturations de vitres remplacées qui, selon lui, ne l'ont jamais été,,.
L'audience d'appel, prévue le 7 octobre 2015 devant la cour d'appel de Paris, est reportée au 2 mars 2016, la RATP ayant déposé ses conclusions tardivement dans un contexte de forte médiatisation. Le 4 mai 2016, la cour d'appel confirme la peine de prison avec sursis mais réduit les dommages et intérêts à 138 000 euros, assortis d'une obligation de soins,. Réagissant au verdict auprès de Clique, Azyle se dit satisfait d'avoir obtenu une baisse d'environ un tiers, tout en regrettant que la cour n'ait fourni aucune explication sur son propre mode de calcul.
Azyle se pourvoit en cassation sur deux fondements : la protection de ses tags au titre du droit d'auteur (le code de la propriété intellectuelle protégeant une œuvre indépendamment de son genre, de sa forme d'expression ou de son mérite) et la liberté d'expression, renforcée par la loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création. Le 11 juillet 2017, la chambre criminelle de la Cour de cassation rejette le pourvoi et confirme l’arrêt rendu par la cour d’appel considérant que, quel que soit le caractère d’œuvre des tags d’Azyle, celui-ci n’efface pas la qualification des « destruction, dégradation ou détérioration d’un bien appartenant à autrui » sanctionnée par l’article 322-1 du code pénal, faisant prévaloir le droit pénal sur le droit d’auteur.
Pour accéder aux dépôts, ateliers et tunnels, Azyle utilise au fil des années différents stratagèmes, notamment des clés adaptées, des déguisements et des uniformes RATP. Il affirme avoir constitué une collection d'uniformes couvrant plusieurs décennies. Il déclare parallèlement entretenir un attachement particulier pour les lieux et supports fournis par la RATP, alors même que l'entreprise devient son principal adversaire judiciaire.
Sollicité par des galeries et des collectionneurs, il refuse de marchandiser son travail,. Il regrette également que le tag « ne soit pas reconnu à sa juste valeur ». Pour Télérama, Azyle « est un puriste radical du graffiti », qui « vit le tag comme l’art vandale originel qu’il était au départ ».