Baronne Staffe

Baronne Staffe
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Blanche Augustine Angèle SoyerVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
Baronne StaffeVoir et modifier les données sur Wikidata
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Blanche-Augustine-Angèle Soyer, née le à Givet (Ardennes) et morte le à Savigny-sur-Orge (Essonne), est une femme écrivain française, connue sous le nom de plume de baronne Staffe.

Elle s'est illustrée pour ses ouvrages essentiellement destinés à un public féminin et pour son best-seller, Usages du monde : règles du savoir-vivre dans la société moderne, qui inspirera un siècle plus tard le texte homonyme de Jean-Luc Lagarce (1957-1995).

Biographie

On ignore à peu près tout de la vie de Blanche Soyer durant ses 46 premières années, avant la publication de son ouvrage de 1899. Une indiscrétion de journaliste mentionne qu'elle a commencé « par écrire assez obscurément dans des journaux de modes, où ses chroniques plaisaient par un certain tour élégant et aimable. Un éditeur lui proposa de réécrire sur un plan nouveau, en l'accommodant aux mœurs modernes l'ouvrage classique de la comtesse de Bassanville »,.

Elle collabore à différents périodiques populaires : entre 1892 et 1901, elle signe les « Notes mondaines » et « Gazette des cours » des Annales, sa signature se retrouve également dans La Nouvelle Revue, à la rubrique « Carnet mondain » entre 1895 et 1899. Elle donne quelques articles à la Revue illustrée entre 1892 et 1900, son nom apparaît dans Paris-Mode et Paris-Province fondée par Élisa Bloch (1848-1905).

Outre les Usages du monde, un manuel du savoir-vivre qui connaît un tel succès et devient un classique où dix années après sa première publication en 1889 est publié sa 131e édition. La baronne Staffe a beaucoup écrit sur les bonnes manières dans la société bourgeoise de la fin du XIXe siècle. Elle explique par exemple qu'« il faut faire intervenir son moi le moins possible, c'est presque toujours un sujet gênant ou ennuyeux pour autrui ».

« Baronne Staffe » est le nom de plume de Blanche Soyer. Si le titre nobiliaire est nécessaire pour crédibiliser ses préceptes et son propos, représentant le signe le plus manifeste d'appartenance à un milieu social considéré comme une référence en matière de savoir-vivre et de bienséance, « Staffe » est le nom de sa grand-mère maternelle, Anne Joseph Staffe, mariée avec Jean Joseph Fenaux à Givet (Ardennes) en 1816.

Elle appartient à une famille de militaires. Elle est la fille de Jean-Baptiste Soyer, capitaine au 46e régiment d'infanterie de ligne (1844-1847), décédé en 1879, et Henriette Joséphine Félicité Fenaux, décédée en 1874, qui résidaient à Paris dans la rue Vaneau (7e arrondissement). Son deuil est conduit par des membres de sa famille, dont ses frères les généraux Albert et Auguste Soyer, respectivement nés à Caen en 1844 et à La Roche-sur-Yon en 1847. Ses liens avec l'armée expliquent les étonnantes métaphores militaires dont use la baronne pour traduire certaines circonstances. Au chapitre « Divers », à la rubrique « La timidité et l'aisance » de ses Usages, elle compare le malaise de son lectorat qui fait son entrée dans le monde à : « […] la situation d'un jeune soldat qui va au feu. Une balle siffle à son oreille, […] un obus éclate… loin de lui, il courbe la tête. À la seconde bataille, il frissonne un peu moins fort. À la troisième, il tressaille à peine. Puis le voilà qui s'aguerrit, au point de plaisanter les boulets, en leur ôtant son képi […]. Il est crâne, il est gai, l'habitude en fait un vrai troupier ».

Ses affinités avec l'armée jettent aussi un éclairage nouveau sur l'avant-propos de ce même manuel qui est un éloge à « la généreuse courtoisie française, l'élégante urbanité, qu'on cherchera toujours à imiter hors frontières ». La publication de ce manuel coïncide, en 1889, avec l'apogée du boulangisme. Le général Boulanger incarne alors l'espoir d'une réforme des institutions et surtout d'une revanche sur l'Allemagne, exacerbant ainsi la conscience patriotique de nombreux milieux, dont l'armée. En présentant la politesse comme une caractéristique de l'identité française, la baronne Staffe relaye et alimente le nationalisme ambiant. Cette conjoncture politique n'est certainement pas étrangère au succès des Usages du monde. Règles du savoir-vivre dans la société moderne et de son auteure.

Elle a vécu avec ses deux tantes célibataires, Élodie et Irma Fenaux, à Morsang-sur-Orge, puis à Savigny-sur-Orge, où elle finit sa vie. Mais elle n'est cependant pas la vieille fille issue de la bourgeoisie de province, cloîtrée dans sa villa « Aimée », qu'on s'est souvent plu à décrire. Son activité éditoriale indique qu'elle entretient des relations régulières avec le monde journalistique parisien.

Ses publications se composent essentiellement de manuels et de guides à destination d'un public féminin ainsi qu'en témoigne le titre de nombre de ses ouvrages, La Maîtresse de maison (1892), La Femme dans la famille (1900) ou encore Les Hochets féminins : les pierres précieuses, les bijoux, la dentelle, la broderie, l'éventail, quelques autres superfluités (1902). Dans cette société en pleine mutation, la baronne Staffe souhaite en effet incarner « l'éducatrice de la femme moderne ». Elle réédite et préface les écrits de la marquise de Lambert (1647-1733) consacrés à l'éducation des jeunes gens : en 1896 paraît L'Éducation des jeunes filles, avis de la Marquise de Lambert à sa fille puis De l'Éducation des jeunes gens, avis de la Marquise de Lambert à son fils. On compte peu d'écrits de fiction, mis à part Entre mère et fille (1890) et Spolié (1898) qui sont des recueils de nouvelles. Si elle admet la jupe courte — qui dégage la cheville — la baronne Staffe ne promeut à aucun moment l'émancipation féminine, partant du principe que « plus la femme est femme, plus l'homme l'aime » et que, « en vivant à la manière des hommes, les femmes sont bien près de rejeter toutes les sujétions imposées à leur sexe fort sagement, car elles préservaient de toutes atteintes nos meilleurs dons et les qualités qui nous faisaient aimer ».

Elle déconseille même à sa lectrice de chanter « une chose drôle ou gaie, [car] les hommes la traitent de bon garçon, lui parlent avec moins de retenue, la considèrent comme un camarade ». Emblématique de ce rapport entre les sexes, qui est également celui établi par la société, le thème proposé pour un bal masqué dans ses Usages du monde : « les femmes en colombes, hirondelles, fauvettes ; les hommes en oiseaux de proie ».

Ouvrages

Directrice de publication et préfacière
Publications posthumes

Notes et références

  1. ↑ Pierre Viansson-Ponté, « Les bons conseils de la baronne » Accès limité, sur Le Monde, (consulté le ).
  2. 1 2 3 4 Matthias Debureaux (d), Guide mondain des villages de France, Paris, Allary Éditions (réimpr. 2024) (1re éd. 2022), 687 p., 21 cm (ISBN 978-2-37073-322-1, OCLC 1327982614, BNF 47051921, SUDOC 26287072X, présentation en ligne, lire en ligne Accès limité), p. 234.
  3. ↑ Sergines, « Les Échos de Paris », dans Les Annales politiques et littéraires, . L'ouvrage auquel il est fait allusion ici est Le Code du cérémonial. Guide des gens du monde dans toutes les circonstances de la vie par la comtesse de Bassanville, paru en 1867.
  4. ↑ Olivier Saillard (dir.) et Élodie Sroussi-Veysman (dir.), « Traités, manuels et usages du savoir-vivre : Baronne Blanche Staffe », dans Le bouquin de la mode, Paris, Éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins (ISSN 0244-5913) », , 1278 p., 20 cm (ISBN 978-2-221-19728-8, OCLC 1451803919, BNF 45832475, SUDOC 240242351, présentation en ligne, lire en ligne), p. 868.
  5. ↑ « Livre : Usages du monde », sur Le Monde, (consulté le ).
  6. ↑ Valérie Albac, Anouche Kunth (dir.), Stéphanie Sauget (dir.) et Clémentine Vidal-Naquet (d) (dir.), « Et nos morts ? », Sensibilités, Paris, Appaloosa LHS Éditions, no 8,‎ , p. 27 (ISBN 978-2-3819-1006-2, ISSN 2496-9087, lire en ligne Accès limité, consulté le ).
  7. 1 2 3 A. Devaux-Rodriguez, Jean-Luc Lagarce et le savoir-vivre…, p. 36-38.
  8. ↑ Guillemette Faure, « Le tout à l'ego en ligne » Accès limité, sur Le Monde, (consulté le ).
  9. ↑ Auguste Soyer, commandant de la 28e division d'infanterie, d'après le « Carnet mondain », dans le Gil Blas du . AN, Base Léonore, dossiers de légion d'honneur avec extraits de naissance d'Albert Soyer (LH//2544/52) et Auguste Soyer (LH//2544/54).
  10. ↑ Baronne Staffe, Usages du monde. Règles du savoir-vivre dans la société moderne, Paris, Tallandier, « Texto », 2007, p. 294.
  11. ↑ op. cit., p. 28.
  12. ↑ Lise Schreier et Dominique Jullien (d) (dir.) (Dictionnaire universel des créatrices), « Baronne Staffe (dite Blanche Soyer) » Accès payant, sur dictionnaire-creatrices.com (consulté le ).
  13. ↑ Emmanuel Hecht (d), « Le bel-air de la baronne Staffe », sur Les Échos, (consulté le ).
  14. ↑ Baronne Staffe, Le Cabinet de toilette, Paris, G. Havard et fils, 1899, p. IV.
  15. ↑ Baronne Staffe, « La Femme peut-elle fumer ? », dans Journal de la Société contre l'abus du tabac, , no 1, p. 84.
  16. ↑ Usages du monde, p. 191.
  17. ↑ op. cit., p. 193.
  18. ↑ Brigitte Salino (d), « Au Théâtre du Petit Saint-Martin, Catherine Hiegel en hilarante baronne des bonnes manières », Le Monde,‎ (lire en ligne Accès limité, consulté le ).

Voir aussi

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Bibliographie

Articles connexes

Liens externes