Bataille de la Bérézina

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Bataille de la Bérézina
Description de cette image, également commentée ci-après
Napoléon traversant la Bérézina
Huile sur toile de Janvier Suchodolski, 1866, musée national de Poznań.
Informations générales
Date Du 26 au
Lieu Près de la rivière Bérézina
Issue Victoire stratégique française (la majorité de la Grande Armée parvient à franchir la rivière),,,
Victoire tactique russe qui inflige de lourdes pertes à l'armée française.
Belligérants
Drapeau de l'Empire français Empire français
Drapeau du Duché de Varsovie Duché de Varsovie
Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Commandants
Napoléon Ier
Nicolas Oudinot
Claude-Victor Perrin
Michel Ney
Édouard Mortier
Mikhaïl Koutouzov
Pavel Tchitchagov
Pierre Wittgenstein
Forces en présence
80 000 à 100 000 hommes, dont 28 000 en état de combattre
  • Victor/Oudinot : 20 000
  • Ney : 3 000
  • Garde impériale: 5 000
144 000 hommes
  • Tchitchagov : 34 000
  • Wittgenstein : 30 000
  • Koutouzov : 80 000
Pertes
25 000 combattants
20 à 30 000 non combattants
20 000 morts ou blessés

Sixième Coalition

Batailles

Campagne de Russie (1812)


Campagne d'Allemagne (1813)


Campagne de France (1814)


Front italien :

Front des Pays-Bas :
Coordonnées 54° 19′ 29″ nord, 28° 21′ 16″ est
Géolocalisation sur la carte : Europe
(Voir situation sur carte : Europe)
Bataille de la Bérézina
Géolocalisation sur la carte : Biélorussie
(Voir situation sur carte : Biélorussie)
Bataille de la Bérézina
Géolocalisation sur la carte : voblast de Minsk
(Voir situation sur carte : voblast de Minsk)
Bataille de la Bérézina

La bataille de la Bérézina, également appelée passage de la Bérézina ou bataille de Borissov, eut lieu du 26 au près de la rivière Bérézina, aux alentours de la ville de Borissov (voblast de Minsk) dans l'actuelle Biélorussie, entre l'armée française de Napoléon Ier et les armées russes de Mikhaïl Koutouzov, de Wittgenstein et de Tchitchagov, durant la retraite de Russie qui marque la fin de la campagne de 1812.

Pour l'historien Jacques-Olivier Boudon, la bataille de la Bérézina est restée, à tort ou à raison, dans la mémoire collective française comme « le symbole le plus marquant de la campagne de 1812 ». Dans son ouvrage Napoléon et la campagne de Russie : 1812, il la définit comme une bataille victorieuse menée dans une campagne perdue : « En France comme en Russie, la campagne de Russie reste présente dans les esprits, même inconsciemment. Un mot la résume : « c'est une Bérézina », fréquemment utilisé pour caractériser une déroute sur le plan sportif ou électoral, alors que la bataille de la Bérézina est considérée comme une victoire militaire. C'est le signe qu'au-delà des combats de la campagne de 1812, le souvenir qui en est conservé est surtout celui de la retraite et de l'épreuve humaine qu'elle a représenté. Pour les Russes, la perspective est autre, puisque la campagne de 1812 marque avant tout pour eux une victoire et un sursaut national ».

Contexte

Cinq mois après le franchissement du Niémen le , la Grande Armée bat en retraite et se trouve devant une rivière marécageuse, la Bérézina. Les armées russes comptent sur cet obstacle naturel pour bloquer l'armée de Napoléon et ainsi l'anéantir.

La retraite de Napoléon se fait dans de mauvaises conditions. L’hiver n'est pas précoce, la rivière n'est pas entièrement gelée. Exposée sur son flanc aux coups de l'armée de Wittgenstein, poursuivie par celle de Mikhaïl Koutouzov, et bloquée par la Bérézina dont l'armée de Pavel Tchitchagov maîtrise le pont de Borissov depuis la veille, la Grande Armée se trouve, le au matin, dans une situation désespérée.

Déroulement

Le , les Russes attendent les Français à Borissov. Napoléon décide d'y organiser une manœuvre de diversion pour permettre le franchissement de la Bérézina 15 km en amont, face au village de Stoudienka (be), où le général Corbineau a identifié un passage possible. À cet endroit, la largeur de la rivière n'est que de 20 m et sa profondeur est de l'ordre de 2 m.

Le succès de l'opération passe par la très rapide construction de deux ponts à Stoudienka. Travaillant dans l'eau glacée les 26, 27, , les pontonniers néerlandais du général Jean-Baptiste Éblé utilisent le bois de l'enclos paroissial de l'église en bois de Stoudienka pour réaliser et entretenir ces deux ouvrages que la Grande Armée franchit le 26, dès 13 heures, malgré l'opposition des trois armées russes.

Plan schématique du passage de la Bérézina
Plan schématique du passage de la Bérézina

Dans la nuit, Tchitchagov se rend compte de la manœuvre mais ne peut intervenir immédiatement. Lui, Wittgenstein et l'avant-garde de Koutouzov prennent l'offensive le 28 vers 8 heures du matin.

Le maréchal Victor, avec 10 000 hommes, défend toute la journée les hauteurs de Stoudienka face à l'armée de Wittgenstein, dont les effectifs se renforcent à mesure que le temps passe. Fournier emmène 800 cavaliers à la charge à de multiples reprises pour repousser la cavalerie et l'infanterie russes. Alors que la traversée s'achève, la nuit interrompt les combats et Victor en profite pour passer à son tour sur la rive droite. Ce même jour (), Tchitchagov attaque sur le côté droit. Là, la bataille se déroule dans une forêt de pins et se poursuit toute la journée du 28 : les maréchaux Oudinot et Ney à la tête de 18 000 vétérans dont 9 000 Polonais commandés par les généraux Józef Zajączek, Jean-Henri Dombrowski et Karol Kniaziewicz, culbutent les troupes de Tchitchagov qui se replie sur Bolchoï Stakhov, et font 1 500 prisonniers russes, ce qui permet à la Grande Armée de passer le fleuve. Le maréchal Mortier, commandant de la Jeune Garde impériale, est également attaqué mais sauve en partie ses hommes. Pour que cette armée puisse se replier, le 126e régiment d'infanterie de ligne se sacrifie volontairement pour permettre aux éléments qui n'ont pas encore traversé de le faire, il n'y aura que quelques survivants.

Les pontonniers du général Éblé.

Plus tard, alors que le gros de l'armée a déjà franchi la Bérézina, de nombreux retardataires sont encore sur l'autre rive. Éblé envoie plusieurs fois dire autour des bivouacs que les ponts vont être détruits dès l'aube du 29 pour protéger la retraite. Des voitures sont incendiées pour convaincre les retardataires de l'urgence à traverser, mais la plupart des traînards, épuisés, restent sourds à ces injonctions, préférant attendre le jour, voire être faits prisonniers.

Après avoir autant que possible reporté l'échéance, les deux ponts sont incendiés sur l'ordre de Napoléon entre 8 h 30 et 9 heures. La rive gauche de la Bérézina offre alors le spectacle tragique d'hommes, de femmes et d'enfants se précipitant à travers les flammes des ponts ou tentant de traverser la rivière à la nage.

Parmi les 400 hommes qui ont construit les ponts, seuls le capitaine George Diederich Benthien, commandant des pontonniers, le sergent-major Schroeder et six de leurs hommes survivront à la bataille.

Les cosaques russes, trouvant le passage libéré après le départ de Victor, arrivent à 9 h 30. Ils s'emparent du matériel abandonné par la Grande Armée et font de nombreux prisonniers (les Russes prendront en tout environ 10 000 prisonniers).

Conséquences

Panorama près de Stoudienka avec la Bérézina dans la vallée.
La Bérézina gelée à Stoudienka, à une vingtaine de kilomètres au nord de Borissov, en Biélorussie.

Même si la Grande Armée, grâce à cette victoire militaire, évite l'anéantissement, sa situation est critique après le passage de la Bérézina. Il n'y a guère plus que quelques milliers de soldats en état de combattre (surtout des grenadiers de la Vieille Garde), alors qu'environ 50 000 traînards se replient sur Vilnius. Lors de la bataille, les soldats français et polonais ont fait preuve d'une grande bravoure et d'un esprit de sacrifice : malgré leur supériorité numérique et leurs initiatives, les Russes n'ont pas réussi à anéantir l'armée impériale éprouvée par la retraite. Les formations combattantes, l'état-major et l'artillerie de la Grande Armée ont franchi la Bérézina, mais ce succès militaire a coûté de nombreuses pertes, évaluées à environ 45 000 morts ou prisonniers.

La blessure

Ces œuvres et les récits terribles des soldats ont fait de la traversée de la Bérézina le symbole de la tragique retraite de Napoléon et de la débâcle que fut la campagne de Russie. Au point que les livres d'histoire français s'étendent très peu sur les deux campagnes suivantes (Allemagne et France) où le sort de la guerre a pourtant été sur le point de basculer à plusieurs reprises. La Bérézina est ainsi restée une profonde blessure dans l'imaginaire français, un désastre national au cours duquel la neige a enseveli les rêves de conquête de Napoléon. Le mot de « bérézina » est d'ailleurs passé dans le langage courant comme synonyme de déroute, d’échec cuisant, en dépit de la victoire de l'armée française lors de cette bataille.

Littérature

La retraite de Moscou de Napoléon, peinture d'Adolphe Northen.

Cet épisode de l'histoire a inspiré de nombreux écrivains :

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Localisation précise

Un monument commémoratif de la bataille se trouve au sud du village de Stoudienka (be), aux coordonnées 54° 19′ 22″ N, 28° 22′ 15″ E.

Voir aussi

Bibliographie

Notes et références

Notes

  1. ↑ « Berezina, victoire française 27-28 novembre 1812. Les clichés ont la vie dure. Le mot de Berezina continue à être employé en France pour signifier un désastre, une catastrophe. Au contraire, la bataille de la Berezina fut, dans des conditions difficiles, une victoire française illustrée par l'action héroïque du général Éblé. […] Napoléon et le gros de ses forces ont échappé à la manœuvre de Tchitchagov et de Wittgenstein qui laissent beaucoup d'hommes sur le terrain. L'amiral Tchitchagov a été limogé par le tsar à l'issue de cette bataille, signe que la manœuvre russe a échoué ». Ce succès français n'aurait pas été possible sans l'héroïsme du général Éblé et de ses pontonniers. » dans Jean Tulard, Dictionnaire amoureux de Napoléon, Plon, 2012, cf. définition du terme « Berezina »

Références

  1. 1 2 Conférence de presse de Jean Tulard, La Procure, 8 mars 2012.
  2. ↑ « Le mot de Bérézina est devenu dans le langage courant synonyme de désastre. À tort. C'est ce que démontre ce livre. » dans Fernand Baucour et al., La Bérézina : une victoire militaire, Economica, 2006, quatrième de couverture.
  3. ↑ « Un mot la résume : « C'est une Bérézina », fréquemment utilisé pour caractériser une déroute sur le plan sportif ou électoral, alors que la bataille de la Bérézina est considérée comme une victoire militaire » dans Jacques-Olivier Boudon, Napoléon et la campagne de Russie : 1812, Armand Colin, 2012, p. 267.
  4. ↑ Carl Von Clausewitz, Hinterlassene Werke des Generals Carl von Clausewitz über Krieg und Kriegführung, Volumes 7 à 8, F. Dumler, , p. 87
  5. 1 2 3 4 Castelot 1998, 9, p. 91.
  6. 1 2 Jacques-Olivier Boudon, Napoléon et la campagne de Russie : 1812, Paris, A. Colin, , 400 p. (ISBN 978-2-200-25765-1), p. 267
  7. ↑ Visible ici Fichier:Lawrence Alma-Tadema 12.jpeg
  8. ↑ « D'où vient l'expression «c'est la Bérézina» ? », sur cnews.fr
  9. ↑ Village de Studzyenka en Biélorussie.
  10. ↑ Adieu, Bibliothèque de la Pléiade, 1979, t. X, p. 987-1 001 (ISBN 2-07-010868-6).
  11. ↑ Le Médecin de campagne, Bibliothèque de la Pléiade, 1978, t.IX p. 529-534 (ISBN 2-07-010869-4).
  12. ↑ Autre étude de femme, Bibliothèque de la Pléiade, 1976, t.III, p. 703 (ISBN 2-07-010858-9).
  13. ↑ Louise Fusil, Souvenirs d’une actrice, 1841, tome 2, chapitre XIX, page 328 ; dans Wikisource : s:fr:Souvenirs d’une actrice/Tome 2/19 pour le chapitre et s:fr:Page:Fusil - Souvenirs d’une actrice, Tome 2, 1841.djvu/332 pour la page.
  14. ↑ Valéry Giscard d'Estaing, La victoire de la Grande Armée (roman), Paris, Plon, , 320 p. (ISBN 978-2-259-21390-5)
  15. ↑ Laurent Joffrin, « Et VGE sauva Napoléon », Le Point,
  16. ↑ Jean Tulard, Dictionnaire amoureux de Napoléon, Plon, 2012, cf. définition du terme « Berezina ».
  17. ↑ Fernand Beaucour et al., La Bérézina : une victoire militaire, Economica, 2006, quatrième de couverture.

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