Bill Pallot

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Bill Pallot
Bill Pallot par Karl Lagerfeld.
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Didier Aaron et Cie (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinction

Georges Boris Pallot, dit Bill Pallot, né le est un historien de l’art, expert en art, collectionneur français et faussaire condamné par la justice française pour avoir falsifié des chaises d'époque. Il a été chargé de cours à l'université Paris-Sorbonne.

Biographie

Bill Pallot est le fils de Maurice-Claude Pallot, antiquaire en Bourgogne. Il est le benjamin d'une famille de quatre enfants. Il étudie d’abord les lettres classiques et l'histoire de l'art à l’université de Lyon, pour poursuivre dans le domaine de l'histoire de l'art à l'université Paris IV jusqu’à l'obtention de son diplôme d'études approfondies (DEA), soutenu en 1986 avec pour sujet « Les Tilliard et les Foliot, menuisiers en sièges aux XVIIe et XVIIIe siècles ». Il a également été chargé de cours à l'université Paris-IV. Il commence à travailler à 23 ans, menant une vie mondaine assidue.

Chargé du département des meubles et objets d’art à la galerie Didier Aaron, antiquaire (Paris) pendant près de trente ans, consultant pour des grands collectionneurs privés, il est membre du Syndicat national des antiquaires (Paris) ; du Syndicat français des experts professionnels en œuvres d'art (Paris) et de la Compagnie des experts en ameublement près la cour d'appel de Paris ; assesseur de la Commission de conciliation et d'expertise douanière et expert près la cour d'appel de Paris. Il a fait don au département des objets d'art du musée du Louvre d'un fauteuil et d'une chaise. Il a été mécène de la restauration d'une suite de quatre ployants d'époque Louis XIV, appartenant au musée Jacquemart-André, et il a été membre du Cercle Cressent, mécène de la restauration des salles du département des objets d'art du musée du Louvre.

Distinction

Travaux

Georges Pallot a publié une histoire du siège de 1700 au début du style Louis XVI. En publiant L’Art du siège au XVIIIe siècle en France, puis Le Mobilier du musée du Louvre - sièges et consoles XVIIe et XVIIIe siècles en 1993 aux éditions Faton, il était considéré comme l'un des experts reconnus des sièges du Siècle des Lumières.

À ce titre, il a été membre du comité scientifique de la grande exposition « Le XVIIIe siècle, aux sources du design. Chefs-d'œuvre du mobilier, 1650-1790 », au château de Versailles, et l'un des rédacteurs du catalogue l'accompagnant.

Controverses

En , Me Bizoüard vend à Dijon deux chaises présentées comme venant de Bagatelle. Attribuées à Georges Jacob, elles portent effectivement la marque du château, un B. Elles proviennent du château de Chermont où avait vécu au XIXe siècle une petite-fille du comte d'Artois, issue du mariage du duc de Berry avec Amy Brown. Ce château, qui appartenait à leurs descendants Faucigny-Lucinge, avait brûlé en 1960, mais du mobilier avait pu être sauvé. Les chaises sont adjugées à l'antiquaire Camille Bürgi pour 460 000 F. Aussitôt, une controverse surgit sur leur authenticité. Bill Pallot déclare :

« Je ne crois pas qu'il puisse s'agir de chaises fabriquées pour le comte d'Artois, ni même par Jacob, dont je ne retrouve ni le style, ni la qualité d'exécution. La marque de Bagatelle a dû être ajoutée au XIXe siècle. Les chaises elles-mêmes sont sans doute du XVIIIe siècle, mais, pour moi, elles évoquent plutôt l'Italie du Nord, probablement un travail piémontais. »

Effectivement, la décoration en est très chargée et elles sont « décorées d'un étrange arsenal guerrier ». Cela a suffi à faire douter l'acheteur qui n'avait pas vu les chaises et refusa de payer. Et pourtant, le décor de la chambre du comte d'Artois à Bagatelle est bien connu et dans cette « tente de guerrier », on retrouve d'autres meubles et sculptures de même style et de même provenance, dont un coffre fameux vendu en 1990. L'affaire a rebondi car Me Bizoüard, sans se démonter, a repassé les chaises en vente le après avoir laissé le temps aux spécialistes de les examiner à loisir. Le paradoxe est que Camille Bürgi, cette fois convaincu, les a achetées, mais il a dû payer deux fois le prix de la première adjudication…

En , nouvelle controverse, plus grave que la précédente car elle a eu des conséquences patrimoniales sérieuses et elle porte sur un des plus beaux fauteuils du XVIIIe siècle, le seul survivant des fauteuils de Foliot pour le pavillon du Belvédère à Trianon, qui donc intéressait beaucoup les conservateurs de Versailles. Il s'agit de la vente par Sotheby's du fonds d'un antiquaire italien, Luigi Laura. Dans les semaines précédentes, le responsable du mobilier de Versailles, Christian Baulez, exprime le souhait de faire jouer la préemption pour ce fauteuil exceptionnel, qui est en outre un souvenir de Marie-Antoinette. Maryvonne Pinault, mécène et membre du conseil artistique des musées nationaux, s'en mêle et demande à Pierre Arizzoli-Clémentel, le directeur du musée, de prendre l'avis de Bill Pallot. Ce dernier rend son verdict : « Je trouve la sculpture grossière ; le bois manque de finesse ; la qualité n'est pas digne d'une commande royale. Quant au décor, il ne reproduit pas exactement celui des chaises du Belvédère. »

Pierre Arizzoli prend alors le risque de refuser la préemption. Il niera plus tard avoir subi des pressions. Le fauteuil est adjugé 2 MF à un américain. Le piège est que le ministère de la Culture ne peut plus l'interdire de sortie du territoire. La direction des Musées de France lui fait néanmoins subir des examens qui ne sont pas négatifs et le confronte à son emplacement supposé au Belvédère : il s'ajuste parfaitement. Seules réserves, l'usure générale et la ceinture antérieure probablement changée. L'acheteur le fait restaurer et retapisser avec goût. Il le revend le chez Christie's Londres. Versailles est présent mais a un crédit insuffisant. Le fauteuil est adjugé 1 762 000 livres, soit presque huit fois le prix de 2001.

Démêlés judiciaires

Le , Georges Pallot, ainsi que l'antiquaire parisien Laurent Kraemer, sont placés en garde à vue dans le cadre d'une enquête conduite par l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC) sur un trafic de faux sièges du XVIIIe siècle. Le , ils sont tous deux mis en examen pour « escroquerie en bande organisée » et éventuel blanchiment par une juge de Pontoise.

Laurent Kraemer est remis en liberté sous caution, mais Bill Pallot est placé en détention provisoire. Joël Loinard, doreur de l'atelier Bruno Desnoues, qui a été également interpellé le , est mis en examen pour complicité. Selon le journaliste Vincent Noce, Pallot aurait avoué avoir fait fabriquer deux copies d'une chaise du pavillon du Belvédère, au Petit Trianon, de Marie-Antoinette, par jeu et « pour défier les autorités du marché et de Versailles ». Elles ont été classées « trésor national » en , le décret vantant leur « extrême qualité » et leur « dorure d'origine ». Le château de Versailles ne les ayant pas achetées, elles ont été vendues pour deux millions d'euros à un collectionneur étranger — qui serait, selon Marc Leplongeon, l'émir du Qatar Hamad ben Khalifa Al Thani — par la galerie Kraemer ; celle-ci les a récupérées en 2015 et remboursées à son client après avoir eu connaissance des doutes sur leur authenticité. Bill Pallot est par ailleurs impliqué dans la vente de deux ployants de Foliot à Versailles par la galerie Aaron en 2012. L'authenticité de ces meubles est mise en doute.

Selon le journaliste Marc Leplongeon, Bill Pallot, en collaboration avec des artisans d'art, aurait également fait fabriquer trois chaises, soi-disant des Delanois venues du salon de madame du Barry, ainsi qu'une fausse bergère de Sené et une chaise Jacob venue du cabinet de la Méridienne. Tous ces objets ont été finalement acquis par le château de Versailles.

Le , Bill Pallot sort de détention.

En , Pallot et Desnoues sont inculpés pour ces faits et envoyés en correctionnelle par le parquet de Pontoise.

Du au , Georges Pallot, alias Le Père Lachaise, est jugé par le Tribunal correctionnel de Pontoise (Val d’Oise), aux côtés de la «galerie Kraemer qui se retrouve aussi sur le banc des prévenus»,.

Il y est « poursuivi pour tromperie, fraude fiscale et blanchiment... pour une valeur de 4,5 millions d’euros » et, à cette occasion, « continue à reconnaître qu’il a fait fabriquer par Bruno Desnoues 5 des 7 faux meubles ».

Le 11 juin 2025, il a été condamné à quatre ans de prison dont quatre mois ferme, 200.000 euros d'amende et une interdiction d'exercer la fonction d'expert pendant cinq ans.

Publications

Notes et références

  1. 1 2 Béatrice de Rochebouet, « Bill Pallot, la chute du "Père Lachaise" », Le Figaro, encart « Le Figaro et vous », samedi 2 / dimanche 3 juillet 2016, page 30.
  2. ↑ Dominique Perrin, « Bill Pallot, gentleman arnaqueur », GQ no 108, avril 2017, pages 120-126.
  3. ↑ « Syndicat National des Antiquaires - Accueil », sur sna-france.com (consulté le ).
  4. ↑ Assesseur de la commission de conciliation et d'expertise douanière.
  5. ↑ c. 1770-1775, par N. Q. Foliot (1996, Inv OA 11813).
  6. ↑ c. 1785, par IB Boulard (2004, Inv OA 12134).
  7. ↑ 2001, Inv 1972.
  8. ↑ Présidente Maryvonne Pinault.
  9. ↑ Chevalier en 1997.
  10. ↑ « Bill Pallot, antiquaire » par Roxana Azimi, Journal des arts, avril 2011.
  11. ↑ Publié en 1987, aux éditions ACR-Gismondi.
  12. ↑ À lire en ligne et/ou à télécharger sous format PDF, en cliquant sur ICI.
  13. ↑ Voir sur faton.fr.
  14. ↑ Voir sur sylviabeder.com, mais la page n'existe plus
  15. ↑ Versailles, du 28/10/2014 au 22/2/2015.
  16. ↑ À Creuzier-le-Neuf, dans l'Allier.
  17. ↑ Vincent Noce, La Descente aux enchères, Lattes, (ISBN 2709621533), p.202.
  18. ↑ Noce 2002, p. 201.
  19. ↑ Le Cabinet turc (une des period rooms du Louvre), s'en inspire et comprend nombre de meubles ayant appartenu au comte d'Artois.
  20. ↑ voir Daniel Alcouffe (sous la direction de), La Folie d'Artois, 1988
  21. ↑ lire en ligne sur le Journal des Arts
  22. ↑ François II Foliot, petit-fils de Nicolas-Quinibert Foliot
  23. ↑ « Un fauteuil de Marie-Antoinette pourrait faire s'envoler les enchères », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  24. ↑ Voir la notice de son mari, François Pinault
  25. ↑ Noce 2002, p. 204.
    Versailles possède une de ces chaises, dont le modèle obsède Bill Pallot, comme on le verra plus bas.
  26. ↑ Noce 2002, p. 205.
  27. ↑ Lire en ligne sur christies.com.
  28. 1 2 « L’expert Bill Pallot placé en détention provisoire », sur lejournaldesarts.fr, .
  29. ↑ Avis n° 2013-08 de la Commission consultative des trésors nationaux (lire en ligne).
  30. 1 2 Marc Leplongeon, "Le « Père Lachaise » tombe de son fauteuil", Le Point, 9 février 2017.
  31. ↑ « Bill Pallot aurait livré des aveux partiels », sur lejournaldesarts.fr, .
  32. ↑ Lire en ligne sur connaissancedesarts.com.
  33. ↑ Béatrice De Rochebouet, « Scandale des faux meubles XVIIIe siècle : sortie de prison pour Bill Pallot », Le Figaro,‎ (ISSN 0182-5852, lire en ligne, consulté le ).
  34. ↑ « Trafic de faux meubles : Bill Pallot en correctionnel », sur Le Journal des Arts (consulté le )
  35. ↑ Pascale Robert-Diard, « Une arnaque aux faux sièges Marie-Antoinette, qui a dupé le château de Versailles ou le frère de l’émir du Qatar, devant la justice », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  36. ↑ « Deuxième jour du procès des faux meubles, Bill Pallot confirme sa position », sur Le Journal Des Arts (consulté le )
  37. ↑ Frédéric Naizot, « « Une sorte de jeu » : au procès du « Père la chaise », récit du mode opératoire qui a permis de duper Versailles », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  38. ↑ Marie Potard, « Deuxième jour du procès des faux meubles, Bill Pallot confirme sa position », Le Journal des arts,‎ (lire en ligne)
  39. ↑ « Deux figures du monde des antiquités condamnées pour avoir créé et vendu des fausses chaises d'époque », BFMTV,‎ (lire en ligne)
  40. ↑ Publications éditées, à l'occasion des Biennales des Antiquaires, à Paris.

Voir aussi

Articles sur Bill Pallot

Émissions télévisées

Liens externes