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Binta Sarr Ly, plus connue sous le nom de Binta Sarr, née en 1954, est une militante sénégalaise pour les droits des femmes.
Elle est principalement connue pour avoir fondé l'Association pour la promotion de la femme sénégalaise (APROFES),. Elle décède le .
Binta Sarr naît à Guinguinéo dans une famille polygame comptant onze enfants. Elle passe la majeure partie de sa vie à Kaolack. Son père, un commerçant, encourage ses filles à poursuivre leurs études et les incite à «se battre pour leur indépendance dans tous les domaines, tant économique que social».
Elle effectue ses premières années études à l'école primaire de Kassaville, où elle a pour camarade de classe le journaliste et écrivain Adama Gaye.
En 1974, des jeunes de Guinguinéo fondent une association volontaire destinée à l'« action culturelle », organisant des débats académiques et des activités éducatives. Binta Sarr s'implique dans le fonctionnement de cette structure. C'est dans ce cadre qu'elle rencontre son futur époux, bien que leur mariage n'ait lieu qu'en 1983.
En 1978, Binta Sarr obtient une bourse pour étudier la chimique et la biologie à l'Université de Dakar. À cette époque, le campus constitue un foyer important du militantisme étudiant pro-démocratique. Durant ses études, elle s'implique dans la défense des droits des étudiants et rejoint un comité chargé de l'organisation de grèves.
Après l'obtention de son diplôme en 1982, Binta Sarr retourne dans sa région d'origine et rejoint la fonction publique sénégalaise en tant qu'ingénieure hydraulique. Elle exerce cette profession durant treize ans, période pendant laquelle elle supervise l'installation de puits, la construction de routes et de salles de classe, ainsi que des programmes d'irrigation.
Au début de sa carrière, Binta Sarr est affectée à un projet de maintenance des points d'eau villageois. Elle constate que les projets de gestion de l'eau gagnent en efficacité lorsqu'elle consulte les femmes locales, celles-ci étant les premières responsables de l'approvisionnement en eau des foyers. Ses efforts pour intégrer davantage de femmes dans la gouvernance de l'eau sont par la suite salués par la sociologue Fatou Sow, qui qualifie sa démarche de remarquable.
Ce projet, ainsi que la conviction de Binta Sarr selon laquelle un changement durable nécessite des «programmes de développement articulés et cohérents», l'inspire pour fonder une association destinée à l'éducation des femmes. Elle estime que les programmes de microcrédit à petite échelle ou l'amélioration de l'alphabétisation fonctionnelle ne suffisent pas, à eux seuls, à entraîner une amélioration permanente du statut social des femmes.
En 1987, Sarr fonde une organisation de base pour fournir des opportunités de développement professionnel aux femmes: Association pour la Promotion des Femmes Sénégalaises.
Opérant principalement dans les zones rurales du Sénégal, l'APROFES propose initialement des formations en leadership,. L'association élargit ensuite ses domaines d'intervention à l'enseignement de l'agriculture, à la sensibilisation à la contraception et à l'installation de services communautaires. Pour sensibiliser la population aux problèmes sociaux allant de l'alcoolisme au système de castes au Sénégal l'organisation utilise les émissions de radio, les séminaires et les productions théâtrales. L'association assiste également le gouvernement sénégalais dans la réalisation d'enquêtes de littératie auprès d'élèves âgés de 9 à 14 ans, afin de mieux identifier les besoins éducatifs.
En 1991, elle formalise le statut de l'APROFES en tant qu'organisation de soutien pour permettre la réception de financements extérieurs; son premier contributeur est l'organisation Oxfam.
En 1994, dans le cadre de ses fonctions au sein de la fonction publique, Binta Sarr dirige la division régionale de l'hydraulique de Kaolack. Cette même année, elle collabore avec Eau Vive, une organisation à but non lucratif destinée à l'accès à l'eau potable, pour la construction d'un réseau desservant une douzaine de villages au Sénégal. Son action en faveur d'Eau Vive dans la région conduit à l'établissement d'une antenne permanente de l'organisation au Sénégal.
Afin d'étendre le rayonnement international de l'association, l'APROFES rejoint en 1996 le réseau de partenariat du Comité pour l'abolition des dettes illégitimes (CADTM). En 2000, l'APROFES change de statut pour devenir officiellement une ONG.
Au moment de la mort de Sarr, APROFES était opérationnel dans 35 localités.
En 2014, Binta Sarr et l'APROFES contestent la composition du conseil municipal de Kaolack devant la justice. Ils invoquent le non-respect de la loi constitutionnelle sénégalaise sur la parité absolue, qui impose une représentation égale des hommes et des femmes au sein des organes de décision. À cette période, le bureau municipal de Kaolack ne compte qu'une seule femme sur ses huit membres.
Après un premier rejet par la cour d'appel de Kaolack, l'affaire est portée devant la plus haute juridiction du pays, la Cour de cassation. Le , le tribunal ordonna au gouvernement municipal de dissoudre et d'introduire les mesures de parité requises.
Tout au long de sa vie, Binta Sarr milite pour une meilleure représentation de l'Afrique dans les débats relatifs à l'Économie internationale. En 1993, au nom de l'APROFES, elle apporte son soutien aux recommandations de la Banque mondiale pour la sécurité alimentaire mondiale, formulées lors de la conférence sur la lutte contre la faim dans le monde.
Elle apporte également son appui aux travaux du politologue Éric Toussaint, notamment pour son ouvrage publié en 1999, Your Money or Your Life: The Tyranny of Global Finance (Votre argent ou votre vie: La tyrannie de la finance mondiale). En 2002, elle a présenté Les relations Afrique-Europe au Forum social européen de 2002.
Dans le cadre des Assises nationales du Sénégal en 2008, Binta Sarr est nommée par l'administration municipale de Kaolack pour diriger une commission sur les questions citoyennes au niveau régional. En 2012, elle intervient à nouveau en qualité de conseillère auprès du gouvernement sénégalais sur des problématiques régionales spécifiques à Kaolack.
En , le Sénégal désigne Binta Sarr pour siéger en tant qu'experte indépendante auprès de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification.
En 2000, Binta Sarr publie un essai intitulé Féminisation de la pauvreté au Sénégal au sein d'une publication du Comité pour l'abolition des dettes illégitimes. Elle y soutient que le changement économique durable repose sur l'acquisition par les femmes de compétences en auto-organisation et en leadership au sein de leurs communautés.
En 2012, elle participe au projet «Citoyenneté inclusive et genre en Afrique de l'Ouest» de l'Institut royal des Tropiques. Dans ce cadre, elle présente les résultats de recherches, menées en partie par l'APROFES, sur l'accès à la justice pour les victimes de violences sexuelles au Sénégal.
Après avoir connu des problèmes de santé durant ses dernières années, Binta Sarr s'éteint le .
L'APROFES poursuit sa mission après le décès de sa fondatrice. En 2025, l'association établit un partenariat avec l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture afin de former les femmes aux pratiques agricoles durables.
L'organisation collabore avec le Conseil sénégalais des femmes pour élaborer une stratégie visant à renforcer l'application des dispositions constitutionnelles sur la parité, en prévision des élections de 2027.
Le projet artistique Invisible Giants, destiné à la documentation des femmes africaines influentes, consacre son « Coffee Table Book » de 2019 à Binta Sarr, la décrivant comme « une géante dont la grandeur a été trop tôt retirée de notre affection ».
En 2024, le parcours et les travaux de Binta Sarr sont présentés dans un ouvrage pour enfants intitulé My Name is Yedia, écrit par Coumba Touré et illustré par Beatrice Mutasah. Coumba Touré cite par ailleurs Binta Sarr comme son modèle.