Le Boecis, ou Boeci, est un manuscrit en ancien occitan , plus précisément en auvergnat puisque les formes sont palataliséees, dont l’étude de la langue permet de situer l’écriture au neuvième siècle, même si des copies en ont été faites dans le premier tiers du XIe siècle, en Limousin ou en Périgord. Vraisemblablement antérieur d’une vingtaine d’années à la Canso de sancta Fides de Agen (Chanson de sainte Foy d'Agen), il constitue, selon une formule consacrée, « le plus ancien monument littéraire de la langue d’oc ». Probable témoin, par la sûreté de sa syntaxe et de son lexique, de l’émergence d’une littérature déjà riche, ce poème précède — originalité de l’occitan — l’apparition des premiers textes administratifs dans la même langue.
Au XIXe siècle, le philologue François Raynouard, redécouvrant le manuscrit, y voyait « le plus ancien des monuments de la langue romane » après les Serments de Strasbourg (842). Dans l’ensemble des langues romanes, il demeure le premier des nombreux poèmes inspirés du traité De consolatione philosophiae (De la consolation de la philosophie) du philosophe et homme politique latin Boèce (~480-524),.
Les 258 vers qui nous sont parvenus sont la paraphrase occitane d'une cinquantaine de vers du poème latin.
Le texte présente des décasyllabes assonancés avec césure après la quatrième syllabe accentuée (4+6) groupés en 17 laisses.
I
Nos iove omne quandius qu'e nos estam
de gran follia per foll' edat parlamm;
quar no nos membra per cui viuri esperam,
que nos soste tan quan per terra annam,
e qui nos pais, que no murem de fam,
per cui salv esmes per pur tan que·ll clamam.
II
Nos iove omne menam tal mal iovent
que us non o preza, si·s tarda son parent,
senor ni par, si·ll mena malament,
ni l’us ves l’aitre si·s fai fals sacrament.
Quant o a fait, miia no s’en repent,
enivers Deu no·n fai emendament.
Pro non es gaire, si penedenza·n prent:
dis que l’a presa, miia nonqua la te,
que epslor forfaiz sempre fai epsament;
e laisa·n Deu, lo grant omnipotent,
ki·l mort e·l viu tot a in iutiament;
eps li satan son en so mandament.
Ses Deu licencia ia non faran torment.
[...]
Lais 23 à 28 :
XXIII
XXIV
XXV
XXVII
XXVIII