
Le bonnacon (parfois nommé Bonacon ou Bonasus) est un animal présent dès les croyances antiques gréco-romaines, décrit comme étant originaire d'Asie et de Grèce. Ce serait un taureau dont les cornes, tournées vers l'intérieur, l'empêcheraient d'attaquer. Puisque ses cornes ne lui permettent pas d'attaquer, le bonnacon émet des gaz ayant comme particularité de pouvoir brûler son ennemi, à la manière d'une mouffette.

De mirabilibus auscultationibus (Sur les choses merveilleuses entendues) (en), ouvrage grec anonyme faussement attribué à Aristote, semble être le premier texte le décrivant :
« En Péonie, sur la montagne Hesaino, qui sépare la Péonie de la Maédique, vit une bête nommée le « bolinthos » — ou « monaepos », mais seulement chez les Péoniens. On dit qu'elle ressemble le plus à un bœuf, mais qu'elle s'en distingue par sa taille, sa robustesse et sa crinière. Celle-ci est très épaisse, partant du garrot comme celle d'un cheval et s'étendant jusqu'aux yeux. Ses cornes diffèrent de celles des bœufs : elles sont recourbées vers le bas et s'effilent en pointe acérée près des oreilles ; chacune d'elles a une capacité supérieure à trois pintes et, bien que d'un noir de poix , elle brille comme si elle avait été mise à nu. Sa peau, une fois dépouillée, couvre une surface suffisante pour huit lits. Lorsqu'il est blessé, l'animal prend la fuite, poursuivant sa course même s'il est hors de combat ; sa chair est savoureuse. Pour se défendre, il rue et projette ses excréments jusqu'à une distance de quarante pieds ; il a souvent recours à ce moyen de défense, dont l'effet brûlant est tel qu'il peut faire tomber les poils d'un chien. On dit que cette propriété ne se manifeste que lorsque l'animal est dérangé, et qu'il ne brûle pas lorsqu'il est au calme. Au moment de la mise bas, ces animaux se rassemblent en grand nombre ; les plus grands forment un cercle au sein du troupeau pour mettre bas et expulser leurs excréments, car l'animal en rejette une quantité considérable. »
— Pseudo-Aristote, De mirabilibus auscultationibus, 1
Les premières sources connues concernant cet animal légendaire figurent dans L'Histoire naturelle écrite par le naturaliste romain Pline l'Ancien et publiée vers 77, sans qu'il ne soit précisé si cette arme était liquide ou gazeuse, surchauffée ou acide :
« On parle d'un animal sauvage en Péonie appelé bonasus, qui a la crinière semblable à un cheval, mais est à tous les autres égards un taureau ; ses cornes sont recourbées en arrière de manière à ne lui être d'aucune utilité pour le combat, et il est dit qu'en raison de cela, il se sauve par la fuite, en attendant l'émission d'une traînée de gaz qui couvre parfois une distance de trois jugères [75 ares], et brûle les poursuivants qui entrent en contact avec comme une sorte de feu. »
— Pline l'Ancien, Histoire naturelle 8, 16
On retrouve mention du bonnacon dans le bestiaire d'Aberdeen, du XIIe siècle :
« En Asie, on trouve un animal que les hommes appellent bonnacon. Il possède une tête de taureau, et tout son corps est de la taille d'un taureau, avec le cou crineux d'un cheval. Ses cornes sont recourbées sur elles-mêmes de telle sorte que quiconque s'approche de lui ne soit pas blessé. Mais la protection que son front lui refuse, ce sont ses entrailles qui la lui assurent. Car lorsqu'il prend la fuite, il projette des fumées provenant de ses excréments sur une distance de plus de trois acres, dont la chaleur enflamme tout ce qu'elle touche. De cette manière, il repousse ses poursuivants grâce à ses excréments nocifs. »
L'animal est évoqué sous le nom de « Bonachus » dans Vie de sainte Marthe, dite du Syntique ou de la pseudo-Marcelle, un ouvrage apocryphe datant de la fin du XIIe siècle,, : « Bonachus, bête de la région de Galatie, qui possède une telle nature que, à ceux qui veulent l’aveugler à une distance d’un sillon, il jette sa fiente, comme un carreau, et tout ce qu’il atteint brûle comme le feu. »
Au XIIe siècle, le Bestiario moralizzato di Gubbio anonyme présente l'animal ainsi dans un sonnet en l'appelant « Bonatio » :
C'est une bête de nature malfaisante,
aux mœurs grossières et à l'allure repoussante :
de face, elle ne fait de mal à aucune créature,
de dos, elle inflige de graves souffrances.
Quiconque la suit s'attire le malheur,
car elle jette sur lui, en fuyant, perfidement,
une eau d'une chaleur si terrible,
qu'elle le consume et le brûle en un instant.
La bête ressemble à l'Ennemi :
quiconque la suit court à la damnation,
car elle infecte perfidement son âme.
[Celui] se fait un faux ami :
par de beaux sentiments et par la tromperie,
il dérobe le prestige et la renommée de l'homme.
D'autres naturalistes semblaient s'inspirer de ses caractéristiques pour observer une faune nouvelle : les onagres polonais, étudiés au XIIIe siècle siècle par Gervais de Tilbury, buvaient abondamment lorsqu'ils se sentaient menacés, expulsant un « déluge » aveuglant par leurs narines. Barthélemy l'Anglais décrivait au XIe siècle une bête bohémienne sans nom qui « tire sur les chasseurs ou les chiens qui s'approchent trop près… cette eau arrache horriblement les poils et brûle tout ce qu'elle touche ».
Une représentation supposée d'un bonnacon figure sur les armoiries de la famille Hollingshead, et fait peut-être allusion à une confrontation légendaire entre l'un de leurs ancêtres et cette bête.
Une autre représentation existe sur la Tabulam Orbis Terrarum de la cathédrale d’Hereford commandée par Richard de Haldingham aux alentours de 1300[réf. nécessaire].
Si de nombreuses créatures des bestiaires médiévaux sont chargées de symbolisme chrétien, l'apparence du bonnacon semble davantage relever de la farce, tant pour ses victimes que pour le public. Les images l'illustrant sont risibles. Des chasseurs, leurs boucliers inefficaces, fixent le spectateur, comme s'ils imploraient son aide, suffoquant sous l'odeur nauséabonde. Le bonnacon semble rarement souffrir, mais plutôt dégoûté par ce qu'on l'a contraint à faire, ou prenant un plaisir manifeste à sa souillure.
Cet animal, cousin du bœuf sauvage, est identifié par des érudits modernes au bison, déjà décrit par Aristote dans trois passages de son Histoire des animaux (écrit en langue grecque vers 343 av. J.-C.) sous le nom de bonase. Ainsi, lorsqu'il décrit les quadrupèdes, il signale : « D'autres sont plus velus seulement sur le haut du col, à partir de la tête jusqu'en bas des épaules, comme tous ceux qui ont un toupet, par exemple le cheval et le mulet, et le bonase, parmi les animaux sauvages qui ont des cornes ». Plus loin il décrit « des animaux qui ont tout à la fois le pied fourchu, une crinière, et deux cornes, qui sont recourbées l'une vers l'autre. C'est le cas du bonase, qui se trouve en Péonie et en Médique ». Enfin, il souligne que « le bonase a aussi tous les organes intérieurs pareils à ceux du bœuf ». Cependant, le traducteur du texte grec Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, dans des notes de sa traduction, hésite quant à identifier clairement le bonnacon au bison, en soulignant par exemple : « J'ai reproduit le mot grec [bonase] ; il est difficile de savoir précisément quel animal Aristote entend désigner ici. C'est sans doute le bison ou l'aurochs, qui est bien un animal sauvage et qui a une crinière et des cornes. On le trouvait autrefois et du temps d'Aristote sur les bords du Danube, dans les contrées qui composent aujourd'hui la Servie, la Bulgarie et la Roumanie ». Se basant sur les caractéristiques physiques, il dit « On ne peut guère douter, d'après les détails qui précèdent, que le Bonase ne soit le Bison, qui a bien les trois caractères indiqués ».
Le bonacon est représenté dans un gag intitulé « Bêtes bizarres », de Chroniques du Château Faible, bande dessinée de Jean-Christophe Mazurie (2024).