| Affaire Brahim Bouaraam | |
| Fait reproché | Homicide |
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| Chefs d'accusation | Meurtre |
| Pays | |
| Ville | Paris |
| Date | |
| Nombre de victimes | un mort, Brahim Bouaraam |
| Jugement | |
| Statut | Affaire jugée |
| Tribunal | Cour d'assises de Paris |
| Date du jugement | |
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L'affaire Brahim Bouarram est le meurtre guidé par des motifs racistes et homophobes d'un Marocain à Paris par un militant d'extrême droite, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 1995.
Une plaque commémorative est apposée sur les lieux du drame, en 2003.
Michaël Fréminet, Christophe Calame et David Parent quittent Reims (Marne) pour Paris dans un bus affrété par le Front national (FN) pour participer au défilé du 1er mai 1995 en l'honneur de Jeanne d'Arc. Après avoir bu plusieurs bières, ils défilent, entre Chrétienté-Solidarité et le Front national jeunesse.
En marge du défilé annuel du FN, au niveau du pont du Carrousel, une dizaine de skinheads néonazis guettent à proximité des quais de Seine, connus pour être un lieu de rencontres homosexuelles. David Halbin crie du pont en direction des passants qui y déambulent, qu'il traite de « pédés » et de « menaces sidaïques », avant que trois manifestants de Reims descendent sur la berge,,,.
Brahim Bouraam, de nationalité marocaine, y attend une amie,. Il est poussé dans la Seine par Mickaël Fréminet, manifestant âgé de 19 ans au moment des faits. Le fleuve en crue et le courant assez fort, emporte la victime qui, ignorant nager, s'y noie,.
L'un des militants d’extrême droite, qui regagnent la manifestation, revendique : « on l’a foutu à l’eau ». Les Rémois rentrent chez eux le soir même, toujours dans un bus affrété par le FN.
La brigade fluviale de la préfecture de police de Paris repêche son corps peu avant midi.
Les avocats des associations antiracistes ont autant parlé du FN que des accusés. Selon eux « ce n'est pas un hasard si c'est arrivé pendant le défilé d'un parti qui prône l'exclusion de certains », dit Francis Terquem. Michel Tubiana critique « la responsabilité morale et politique du FN qui a utilisé ces jeunes gens fragiles et les a transformés en petites mains ».
Les faits sont médiatisés, dans le contexte de l’entre-deux-tours de l'élection présidentielle française de 1995. Le 3 mai, François Mitterrand président de la République, jette une gerbe à l’eau, suivi d'une manifestation rassemblant plus de 12 000 personnes en hommage à Brahim Bouarram.
Le 9 mai 1995, l'un des responsables de la Délégation à la protection et à la sécurité (DPS), du service d'ordre du FN se rend à la brigade criminelle afin de remettre à la police judiciaire les images filmées sur les skins présent. Le service d'ordre du FN est composé de 400 membres, encadrant entre 8 000 (selon la police) et 75 000 manifestants (selon le FN).
Le 10 mai 1995, Christophe Calame, David Halbin et David Parent sont interpellés. La veille de son arrestation, Calame est contacté par le FN de Reims, pour le prévenir de l'arrivée de la police et lui demander de faire le ménage chez lui. Furieux, Christophe Calame a tout gardé.
Le 11 mai 1995, Fréminet est arrêté à Craon-de-Ludes, par la brigade criminelle, après que Michel Charzery, le responsable sécurité du FN de la Marne, a renseigné la police sur son adresse. Il allègue alors avoir frappé la victime à l'épaule,. Il est interpelé le crâne rasé, portant un bomber’s et chaussant des Dr. Martens. Les accusés se définissent comme « ni skinhead, ni Front national, ni politisés, ni racistes ». Les quatre jeunes se rencontrent dans un bar de Rilly-la-Montagne,Le juge d'instruction place Fréminet en examen pour assassinat et Calame et Parent pour complicité d'assassinat.
Mickaël Fréminet est décrit par les psychiatres comme un garçon « très frustre, extrêmement timide, intellectuellement limité ». « Il n'a appartenu ni au Front national, ni à un groupe skinhead, ni à aucun mouvement d'extrême-droite ».
Selon les enquêteurs, les mis en cause ont en commun leur penchant pour les bagarres envers les Maghrébins et un penchant pour les boissons alcoolisées. Halbin reconnait avoir bu "5 ou 6 litres de bière".
Le 17 avril 1996, les coaccusés sont remis en liberté.
Le procès débute le . Christophe Calame, David Halbin et David Parent comparaissent libres. Ils sont suspectés de non-assistance à personne en péril. La poussée franche et volontaire de Fréminet dans le dos de Bouarram, qui en est mort, noyé. L'agression est guidée par des motifs racistes et homophobes.
Vingt-quatre témoins sont cités pour tenter de reconstituer très précisément les circonstances du drame.
Fréminet estime que la mort de Brahim Bouraam est un accident, qui, à la suite d'une gifle, est tombé à la Seine. Il qualifie son geste d'involontaire et sans motifs politiques, il affirme descendre du pont du Carrousel sur les berges, selon ses déclarations, pour « uriner ». Une version contestée par l'avocat général.
David Parent répète qu'il regrette « de ne pas avoir porté secours à la victime ». Christophe Calame avoue « avoir fait une énorme bêtise, en pensant à [lui] plutôt qu'à la victime ». David Halbin souligne qu'il « avait appris beaucoup de choses » depuis la mort de la victime et qu'il « avait commencé à changer ». Avant que la cour ne se retire, Fréminet « prête serment devant Dieu même qu'il n'avait jamais eu l'intention de tuer M. Brahim Bouraam ».
David Halbin relate avoir vu en contrebas du pont, « deux hommes se tenir par la main, des pédés », que cette situation « le dérange, parce que c'est pas naturel, ces choses-là ». Il revendique les avoir insultés en leur criant : « menaces sidaïques ». Il assure que « quand il insulte les immigrés [il les qualifie de] bougnoule ou sale race ».
Selon un témoin, désormais officier dans l'armée de terre, « l'auteur des faits a mimé une première fois le fait de pousser » la victime dans la Seine, avant de le « pousser franchement des deux mains » Il précise avoir vu « l'auteur se retourner et regarder ses copains en haut sur le quai qui rigolaient bien ».
Selon le responsable du Département protection sécurité (DPS) du FN, Bernard Courcelle, la noyade de Brahim Bouraam, est « le résultat d'une beuverie qui a mal tourné [et non d']un geste raciste ». Selon Alain Mangin, un responsable du FN, celui-ci rejette toute idée de « négligence » d'avoir laissé David Halbin monter dans le car après qu'il ai déjà commis une agression l'an passé. Une double analyse qui permet de réfuter toute responsabilité morale du FN dans cet « accident dramatique ».
Michel Charzery, responsable départemental du Front national jeunesse (FNJ) pour la Marne exprime devant la cour d'assises de Paris, estimer que ce « drame » n'avait rien de politique, pas plus que l'accusé principal, Mickaël Fréminet,« qui n'est pas un politique ». « Cela n'a aucun rapport avec les idées qu'on a. ». Ce témoin redoute que ce procès ait un caractère « politique », c'est-à-dire « où l'on essaie de condamner un mouvement pour ses idées ».
L'avocat général réclame quatre ans de prison dont deux ans ferme contre David Halbin qui porte une « responsabilité morale considérable », quatre dont un ferme contre Calame et Parent peine couverte par la détention préventive. Il requiert entre dix et douze ans envers Mickaël Fréminet, en retenant l'intention meurtrière, concernant une personnalité « fragile et faible, qui a voulu tuer [...] par instinct et humeur ».
Après six heures de délibéré, l'accusé principal, Mickaël Fréminet, est condamné le par la Cour d'assises de Paris à huit ans de prison ferme pour meurtre. Elle condamne également Christophe Calame, David Halbin et David Parent à cinq ans de prison dont quatre avec sursis, pour non-assistance à personne en danger.
Mickaël Fréminet, 19 ans au moment des faits, est le cadet d'une famille de cinq enfants originaire de Ludes (Marne). Son père, Emile, est un ancien ouvrier vigneron,. Son parcours scolaire est qualifié de médiocre. Il quitte le collège en quatrième pour un CAP menuiserie en apprentissage, qu'il n'obtient pas. Il rejoint le régiment de parachutistes de Metz. Il est ouvrier vigneron,.
Dans le passé, il participe au service d'ordre du FN « pour rendre service ». Il est décrit par tous les témoins comme un garçon « craintif, maladivement timide, travailleur mais intellectuellement limité »
Christophe Calame est né en 1970, avec un frère jumeau d'un père génétique qui abandonne sa mère enceinte à 20 ans, dans une caravane. Il est placé dès son plus jeune âge dans une famille d'accueil, où il est estimé comme les autres enfants. Sa mère récupère son frère jumeau, qu'elle apprécie plus que lui. Étant épileptique, il étudie à l'école en section spécialisée. Au lycée, il suit une formation de cuisinier, obtient un travail d'utilité collective, à 16 ans, gagne 1 250 F par mois et retourne à la caravane familiale. Il donne 600 F par mois à sa mère qui vit du revenu minimum d'insertion. Il se retrouve à la rue, jeté par son beau-père. Il vit dehors. Les responsables de la mission locale le voient comme « un bon gamin qui ne mange pas tous les jours à sa faim ». Il connaît le chômage, le foyer de jeunes travailleurs, des stages, un travail d'ouvrier nettoyeur quelques mois, et à nouveau la rue. Des vols. Un temps, il est hébergé par la concubine de Claude Calame, un des maris de sa mère qui lui a donné son nom. "Je voyais qu'il avait faim, alors je l'ai pris chez moi", a-t-elle dit aux policiers. Selon elle, Christophe Calame a « toujours été raciste, qu'il ne supportait pas ceux qui ne sont pas français ». Elle l'accepte chez elle à la condition « de ne jamais voir ses amis, ni d'entendre parler de racisme ou de Le Pen ».
Depuis ses 18 ans, il fréquente David Halbin et d'autres jeunes d'extrême droite de Reims. Il se définit comme un « nationaliste qui défend l'idéologie de son pays ». Il aime Jeanne d'Arc, « une femme qui a beaucoup fait pour le pays », et Vercingétorix « qui vivait il y a longtemps ». Avec David Halbin et ses amis de Reims, il entre à L'Œuvre française.
Il est un ouvrier-nettoyeur de 26 ans, ancien militant du groupuscule pétainiste et extrémiste sympathisant de l'Œuvre française, un mouvement politique français d'extrême droite ultranationaliste. Il affirme n'être « ni membre, ni sympathisant » du FN, il partage avoir « profité du car pour se rendre à Paris » pour « un adorateur de Jeanne d'Arc ». Il a également participé au service d'ordre des meetings du FN à Reims, Château-Thierry et Soissons. Il est défini comme grand et mince avec les bras tatoués. Sa mère le défini comme plutôt faible de caractère. Christophe Calame, comme David Halbin, connaît des membres du service de sécurité frontiste pour lequel il assure des services d'ordre pour le FN autour de Reims. Ils sont payés en invitations à manger au restaurant en fin de soirée avec les responsables. Il vend sur les marchés, des capsules de champagne, des petits chiens en fer tordu et des revues négationnistes, antisémites.
David Halbin, 26 ans, est un cuisinier, trapu, rougeaud, militant encarté du FN jusqu'en 1994 et sympathisant de l'Œuvre française. Il est connu pour avoir provoqué un incident sur le quai des Tuileries, un an plus tôt sur les mêmes berges de la Seine, le 1ᵉʳ mai 1994, pour avoir déjà « taquiné les pédés »,. Il revendique avoir participé 15 ou 20 fois au service d'ordre du FN.
Il explique les idées de l'organisation de Pierre Sidos. « Une France blanche. Les étrangers, les homos et les communistes, dehors. » Pas comme Le Pen, "qui pense la même chose mais est obligé de le cacher politiquement. À l'œuvre, on a une pensée claire". Pourquoi l'œuvre française? "Parce que, avec la bande, on s'entendait super bien.
Il est connu de la police dès 1988, son frère est dans la bande des skinheads de Reims. Il est mis en cause dans des affaires de coups et blessures contre des jeunes Maghrébins, il est aussi mêlé aux incidents suivant l'affaire de la boulangère de Reims.
David Parent est un apprenti peintre en lettres de 19 ans.
Brahim Bouarram a 29 ans, est marié et père de deux enfants,. Son fils, Saïd, est âgé au moment des faits de neuf ans et sa petite sœur vivent avec leur mère dans un village au Maroc. Il travaille dans une épicerie vers Saint-Eustache du quartier des Halles. Il est arrivé en France à l’âge de 10 ans avec son oncle,.
L'une de ses amies le définit comme une personne calme, attentive, pacifiste, et fondamentalement contre toute forme de violence physique ou verbale.
Le meurtre est condamné par tous les partis, à l'exception du parti de Jean-Marie Le Pen, qui qualifie l'évènement d'« accident », déclare peu de temps après : « je regrette qu'un malheureux se soit noyé, mais dans une agglomération de 10 millions d'habitants, ce genre de fait divers peut toujours se produire, ou même être créé à volonté ». Le président du Front national y voit également une manipulation des médias et une provocation à l'égard de son parti.
Le 1995, le président de la République François Mitterrand se recueille sur les berges de la Seine, à la verticale du pont du Carrousel, il lance un bouquet de muguet à la Seine, à l'endroit précis où Brahim Bouraam a été jeté dans le fleuve, précédant une manifestation regroupant 12 000 personnes entre les deux tours de l'élection présidentielle,.


En 2003, le maire de Paris Bertrand Delanoë, au nom des citoyens parisiens, honore sa mémoire et celle de toutes les victimes du racisme par la pose d'une plaque commémorative sur le quai rive droite, en amont du pont.
L'Association des travailleurs maghrébins de France organise une commémoration en 2015.
Le , également entre les deux tours de l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron se rendent sur le pont, en hommage à Brahim Bouraam. Cette cérémonie a lieu en présence du fils de Brahim Bouraam, et de Bertrand Delanoë,.
Le , la maire de Paris, Anne Hidalgo, et le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, au nom du président Macron, déposent une gerbe en hommage à Brahim Bouaraam. Elle réitère cette commémoration le , ainsi que le .
Le groupe Zebda écrit une chanson sur ce sujet : Le pont du Carrousel, se trouvant sur le single Tomber la chemise (1999).
Le groupe Les Wriggles mentionne l'affaire Brahim Bouraam dans sa chanson Plouf, partie de l'album Justice avec des saucisses.
Anne Sylvestre dénonce ce meurtre dans sa chanson Prudence.
À la suite de la sortie de prison de Mickaël Fréminet, il participe dans les Ardennes à un camp pour nostalgiques du fascisme où il rencontre Franck Billette et sa sœur,. En 2002, des liens sont établis entre Mickaël Freminet, en couple avec l'une des filles de la famille Billette, et trois skinheads néo-nazie condamnés en 2004 pour l'assassinat homophobe de François Chenu dans le parc Léo-Lagrange à Reims,.