L'unité est créée dans les premières semaines de l'invasion de l'Ukraine par la Russie sous la dénomination de régiment autonome d'opérations spéciales «Azov» (en ukrainien: Окремий полк спеціального призначення «Азов», Okremyj polk special'noho pryznačennja «Azov»), ou simplement en anglais SSO «Azov» (ССО «Азов»), rattachée initialement aux forces spéciales ukrainiennes.
Ce bataillon avait suscité des controverses en raison de l'idéologie de certains de ses fondateurs, affiliés à des mouvances nationalistes ou néo-nazis. Depuis sa transformation en brigade régulière, l'unité a été intégrée au commandement militaire ukrainien et se distingue surtout par son engagement dans les combats les plus intenses du front, notamment à Bakhmout puis à Avdiïvka.
La brigade documente fréquemment ses opérations sur les réseaux sociaux, attirant ainsi une large attention médiatique. Sa médiatisation et son autonomie importante en fait une unité particulière, nourrissant un potentiel projet politique.
Historique
Régiment autonome d'opérations spéciales «Azov»
Le cœur de la 3ebrigade d'assaut «Azov» est formé dès les premières heures de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, en , par la mobilisation d'anciens combattants du régiment Azov dans la région de Kyïv pour former un régiment. Le régiment soutient une embuscade tendue par la 72ebrigade mécanisée à une colonne de chars russes dans les alentours de Brovary. L'unité russe ciblée, la 90edivision de chars de la Garde subit de très lourdes pertes, avec un régiment entier mis hors de combat et le colonel Andreï Zakharov du 6erégiment tué. Ceci entraîne la retraite de la division,,.
La transformation du régiment séparé d'opérations spéciales «Azov» en brigade d'infanterie mécanisée commence le lorsque des éléments du 98ebataillon de défense territoriale «Azov-Dnipro», de la 108ebrigade territoriale, sont incorporés dans le «CCO Azov» pour en faire une unité mécanisée plus large,. En , l'unité est officiellement renommée pour devenir la 3ebrigade d'assaut,. Comme le souligne Andriy Biletsky, fondateur et commandant de l'unité, il s'agit davantage d'un changement de nom que de nature.
Bataille de Bakhmout (2023)
En , le régiment commence à combattre dans le secteur de Bakhmout, sur le flanc sud près de Kurdyumivka où entre décembre et janvier, le 1er bataillon mène des contre-attaques à l'intérieur du village. En janvier, elle est transformée en brigade, intégrée à l'armée de Terre. Elle participe aux combats pour le contrôle Klichtchiïvka (raïon de Bakhmout), subissant des pertes. Le village est finalement conquis le . En janvier et avril, la brigade connaît de violents de combats de tranchées, parfois très rapprochés dans ce secteur dans des conditions hivernales difficiles menant occasionnellement des contre-attaque,. Le , la brigade reçoit son étendard des mains du président ukrainien Volodymyr Zelensky à l'occasion du premier anniversaire du lancement de l'invasion de l'Ukraine. En avril, elle protège le sud de la route T0504, renommée la «route de la vie», toujours empêtrée dans de brutaux combats de tranchées. Le 1er bataillon mécanisé est présent à l'intérieur de Bakhmout en avril autour de l'Ecole technique et stadium Avanhard en amont de la voie ferrée. Des unités de chars mènent également des contre-attaques entre Stupocky et Klichtchiïvka près du canal Siversky Donets-Donbass.
À partir de mai, la brigade entame une série de contre-attaques au sud de Bakhmout. Elle est soutenue par la 5ebrigade d'assaut et la 80ebrigade d'assaut aérien, en direction du village de Klichtchiïvka dans les semaines qui suivent,. Le , la 3ebrigade d'assaut repousse et met en fuite des éléments de la 72ebrigade de fusiliers motorisés russe, au cours de la bataille de Bakhmout. Cette contre-attaque locale permet aux Ukrainiens de reprendre plusieurs kilomètres carrés de terrain, selon Evgueni Prigojine, le chef du groupe Wagner. Le Kyiv Post précise qu'au cours de cette action, le 2ebataillon de la brigade détruit deux compagnies d'infanterie russes, entraînant des pertes estimées entre 100 et 500 hommes au total. La brigade poursuit ses opérations de contre-offensive en juin, prenant d'assauts les positions de la 57e brigade de fusiliers motorisés de la Garde à l'ouest de Klichtchiïvka et Andrivka en direction du canal. La 3ebrigade est ensuite remplacée dans le secteur de Klichtchiïvka par la brigade d'assaut de la police nationale en , après avoir nettoyé la zone jusqu'au canal. Le , la 3ebrigade d'assaut prend une position fortifiée de la 83e brigade d'assaut aéroporté de la Garde située à l'ouest de la commune de Klichtchiïvka. En , la 3ebrigade d'assaut est renforcée par la 22ebrigade mécanisée (dont il s'agit de la première montée au front). Le mois est très difficile pour la 3e d'assaut dont les avancées en direction d'Andrivka se font plus réduites et difficiles au prix de pertes importantes. Le , ils repoussent une attaque de la 61ebrigade d'infanterie de marine russe. Le , après plus de deux mois de violents combats, le porte-parole de la 3ebrigade d'assaut annonce la reprise d'Andriivka(uk), hameau totalement détruit situé au sud de Klichtchiïvka, tenu jusque-là par la 72ebrigade de fusiliers motorisés russes (du 3ecorps). La 72ebrigade de fusiliers motorisés subit de très lourdes pertes au cours de ce combat: le chef du renseignement, trois commandants de bataillon et presque tous les commandants de compagnie sont tués au combat, tandis que de nombreux officiers sont faits prisonniers,,. Le gros de la 3ebrigade d'assaut est retiré du front, tandis que le 2ebataillon mécanisé est déployé sur le flanc nord de la ville pour stopper la pénétration russe à Khromove.
Secteur Avdiivka-Pokrovsk (février-mars 2024)
Au début du mois de , après plusieurs mois passés en réserve, des éléments de la 3ebrigade d'assaut sont envoyés à Avdiïvka en soutien de la 110ebrigade mécanisée, et réussissent à stopper la progression russe vers la zone industrielle de la ville,,,. Du au , la brigade appuyée par le 225ebataillon d'assaut couvre le retrait progressif des forces ukrainiennes de la ville notamment des 110e, 47e mécanisée et 59e brigade motorisée, sous le feu et dans des conditions difficiles. La brigade se replie à son tour sur la ligne de défense suivante. Elle contient les assauts russes à l'ouest de la ville d'Avdiïvka, autour de Semenivka et Orlivka aux côtés de la 47e brigade mécanisée,,. Le général Oleksandr Syrsky déclare que la 3ebrigade d'assaut et un bataillon de la 25ebrigade aéroportée ont repoussé les troupes russes d'Orlivka le . Orlivka est pris le , la 3e brigade se replie alors sur Umanske. Des éléments des 1er et 2e bataillons combattent plus au sud à Krasnohorivka à proximité de Marïnka en soutien du 3e bataillon de la 80e brigade d'assaut aérien et de la 46e brigade aéromobile où ils mènent des contre-attaques.
Ligne Svatove-Kreminna (2024)
À partir du mois de , la brigade est redéployée entre les frontières administratives des oblasts de Kharkiv et de Louhansk dans la direction de Svatove. Ils prennent position entre les villages de Kolomyichysk et Novovodyane alors que les Russes réalisent une poussée dans ce secteur. Entre juin 2024, le 1erbataillon d'assaut et le 1er bataillon mécanisé de la brigade s'empare des positions russes dans le secteur,,. Le , le 1er bataillon d'assaut et le 1er bataillon mécanisé mènent des opérations de contre-attaques dans la direction du village de Novovodyane et parviennent à reprendre 2 km2 à la 20e armée de la Garde sur la rive ouest de la rivière Jerebets. Le 30 novembre 2024, la 3ebrigade d'assaut détruit un véhicule antichar nord-coréen Bulsae-4 dans l'oblast de Kharkiv à l'aide d'un drone,,.
Fin 2024-2025
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Le 23 décembre 2025, l'armée ukrainienne affirme avoir tenu une position avancée de la 3e brigade d'assaut pendant 45 jours grâce à un robot terrestre télécommandé, le Droid TW 12.7, sans aucune perte humaine. Armé d'une mitrailleuse calibre.50 et contrôlé à distance, l'appareil a repoussé les attaques russes, le tout filmé par des drones et des caméras embarquées. Conçu par l’entreprise ukrainienne DevDroid, il allie chenilles, téléguidage (portée de 25km), intelligence artificielle pour la navigation et autonomie partielle (franchissement d'obstacles, stabilisation du tir). Il est utilisé par l'unité spécialisée NC13, dédiée aux véhicules sans équipage.
Structure
En , la «brigade Azov» doit passer de 1 500 à 7 000 hommes,.
Ordre de bataille
En , l'Ordre de bataille de l'unité est le suivant:
Bataillons mécanisés et d'assaut: BMP-1 soviétique, M113 de conception américaine, YPR-765, une variante néerlandaise de l'AIFV livrés par les Pays-Bas,, International MaxxPro américains.
La 3e brigade dispose de spéficités qui la distinguent des autres brigades des forces armées ukrainiennes, parmi lesquelles sa grande autonomie. La brigade est très indépendante, avec sa propre chaîne de commandement, dirigée par des officiers renommés en Ukraine, mais aussi ses propres canaux d'approvisionnement et de collecte de fonds. Son organisation est vue comme très disciplinée, lisible et organisée, ce qui attire les recrues ukrainiennes mais aussi les volontaires étrangers de la Légion internationale.
La brigade est également prisée des industriels européens en tant qu'unité de test permettant un retour d'expérience rapide, notamment en matière de drones. Des entreprises de la base industrielle et technologique de défense européenne envoient régulièrement des observateurs et des officiers occidentaux, appartenant notamment à la Bundeswehr, se rendent sur le terrain.
Communication
La 3ebrigade dispose d'une chaîne Youtube dans laquelle elle diffuse des vidéos de combats filmés à la GoPro notamment dans les secteurs de Bakhmout. En , la chaîne compte plus de 500 vidéos et 1,13 million d'abonnés. La brigade diffuse également du contenu via plusieurs canaux Telegram, notamment des vidéos de drones FPV, des portraits de combattants et des hommages aux soldats morts au combat. Cela lui donne la «capacité à contrôler sa propre narration».
En 2025, la brigade assure sa communication de plus en plus visiblement dans l'espace public ukrainien. Plusieurs rames du Métro de Kyïv sont décorées aux couleurs de l'unité, certaines étant même dédiées à des membres de l'unité comme Andriy Biletsky. L'opération, financée par des donateurs privés, ne s'apparente ni à du recrutement ni à des commémorations des soldats morts au combat, mais à une «propagande intégrée dans l'espace public, visant à faire d'Azov une référence identitaire et générationnelle».
Liens avec l'extrême droite et le néonazisme
Bien que la 3e brigade d'assaut ait été restructurée et intégrée dans les forces armées régulières ukrainiennes, des observateurs relèvent la présence de certains membres ayant des antécédents ou des symboles associés à l'extrême droite ou au néonazisme.
Selon le média en ligne Mediapart, l'armée française a formé des soldats de la 3e brigade d'assaut au camp de La Courtine (dans la Creuse) en 2023. Plusieurs d'entre eux arboraient des symboles néonazis: «saluts hitlériens, croix celtiques, emblèmes de plusieurs divisions SS, têtes de mort, fresque d'Adolf Hitler». Mediapart demande au ministère français des Armées de s'exprimer sur le sujet. Sa réponse est: «Ce sont les forces armées ukrainiennes qui organisent le flux et la sélection des militaires ukrainiens envoyés en France et en Europe. Nous n’apportons donc pas de commentaire sur cette organisation»,,. Catherine Couturier, députéeNUPES-LFI de la Creuse proteste contre le ministère à ce sujet.
En , la brigade organise une tournée à travers l'Europe pour recruter des volontaires et promouvoir son image. À la suite des protestations de groupes de gauche, notamment en Allemagne, les événements de Berlin, Hambourg, Rotterdam, Cologne et Bruxelles sont annulés. Le parti Bündnis Sahra Wagenknecht déclare que «le fait qu'un tel événement de glorification de la guerre puisse avoir lieu à Berlin, en particulier par une organisation ouvertement d'extrême droite qui se réfère historiquement au collaborateur nazi Stepan Bandera, est un scandale incroyable».
Toutefois, si certains éléments de la brigade restent liés au néonazisme et que ces cas suscitent des critiques, notamment dans certains médias et rapports, ils ne représentent pas pour autant l'orientation officielle de l'unité. La brigade recrute très largement et compte un effectif théorique de plus de 4 500 hommes, bien supérieur à celui du bataillon Azov-Kharkiv. Ces éléments sont parfois instrumentalisés dans le cadre de campagnes de désinformation, par la propagande russe.
Le commandement reste marqué par une idéologie ultranationaliste ou d'extrême droite, à laquelle est associée son chef, Andriy Biletsky, et plusieurs de ses subordonnés, parmi lesquels Bohdan Krotevytch, Serhiy Volynsky, Dmytro Koukhartchouk et Ihor Slobodianiouk. Certains sont d'anciens volontaires de la guerre du Donbass.
Projet politique
Selon Intelligence Online, le commandant et plusieurs personnalités de la brigade entretiennent un projet politique visant à mettre en place un «projet de refondation totale de l'État ukrainien» à partir d'un bloc informel d'anciens soldats tenants d'une ligne dure, aidés par des juristes et d'anciens députés. Ce réseau est connu sous le nom de «Front du » en référence à la date du début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Après la guerre, ses membres se voudraient les meneurs d'un «ordre nouveau», avec une société ukrainienne bien plus nationaliste et souverainiste, fondée sur le mérite militaire et la loyauté et débarrassée de la corruption.
Dans ce combat politique, elle s'oppose dans l'espace médiatique ukrainien à une autre brigade, la 13e brigade d'affectation opérationnelle, dite «Brigade Khartia», qui tient également une ligne militariste, glorifiant elle aussi «la guerre comme creuset national», mais à la communication bien plus populiste et agressive.
12(en) «A new Assault Brigade was formed in the Army» [«Une nouvelle brigade d'assaut a été créée au sein de l'armée»], page récapitulative des informations en sources ouvertes de l'unité (compilation d'informations), sur militaryland.net, (consulté le ).
↑(en-US) «Recap Deployment Map changes – Week 50» [«Récapitulatif des changements apportés à la carte de déploiement – Semaine 50»], sur MilitaryLand.net, (consulté le )
12(en) «Active units of Azov» [«Unités actives d'Azov»], page récapitulative des informations en sources ouvertes des unités Azov (compilation d'informations), sur militaryland.net, (consulté le ).
1234(en) «Order of Battle Deep Dive – 3rd Assault Brigade» [«Ordre de bataille approfondi – 3e brigade d’assaut»], page récapitulative des informations en sources ouvertes sur la structure de la brigade (compilation d'informations), sur militaryland.net, (consulté le ).
12En , le 98ebataillon de défense territoriale «Azov-Dnipro» est transféré à la 3ebrigade d'assaut. Dans ce processus, la 3ecompagnie «Azov» (formé à partir des membres du groupe paramilitaire Groupe paramilitaire Centuria («Azov»)) se transforme en 3ecompagnie d'assaut du 1erbataillon d'infanterie d'assaut. Parallèlement, les autres composantes du bataillon initial constituent désormais le [[:1er bataillon mécanisé (3e brigade d'assaut d'Ukraine)|1erbataillon mécanisé]] (uk).
↑(uk) Obozrevatel TV, «Бійці ССО "Азов" знищили окупантів під час бойового рейду» [«Les combattants du SSO "Azov" ont détruit les occupants lors d'un raid militaire»], SARL "Zolota Seredyna" (ZOLOTA SEREDYNA, TOV), вул. Деревообробна, 7, м. Київ, 01013, Україна, (consulté le ).
↑Dans les Forces armées de l'Ukraine, une «division d'artillerie» (en ukrainien: артилері́йський дивізіо́н) est composée de trois batteries d'artillerie (батаре́я артилері́йська), chacune avec six pièces; les anglophones traduisent la notion de «division» par battalion, car équivalent en effectif à un bataillon.
↑(uk) Ангеліна Шорохова, «Снайпери 3 ОШБр ліквідували росіян у районі Бахмуту. ВIДЕО» [«Les tireurs d'élite du 3eOShBr ont éliminé les Russes dans la région de Bakhmut. VIDÉO»] (article de presse en ligne), sur Цензор.НЕТ (censor.net), (consulté le ).
↑Le terme ukrainien: хорунжа (khorunzha) fait généralement référence à un porte-drapeau ou enseigne dans un contexte militaire. Historiquement, un "хорунжа" était un officier subalterne responsable de porter le drapeau de l'unité et de veiller à sa sécurité.