Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement

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Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement
Logotype de la CNCTR.
Histoire
Fondation
3 octobre 2015 (CNCIS)
10 juillet 1991 (CNCTR)
Prédécesseur
Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Cadre
Sigle
CNCTR, CNCIS
Forme juridique
Autorité administrative ou publique indépendanteVoir et modifier les données sur Wikidata
Domaine d'activité
Administration publique généraleVoir et modifier les données sur Wikidata
Siège
Pays
Organisation
Président
Vincent Mazauric (d) (depuis )Voir et modifier les données sur Wikidata
Site web

La Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR), appelée Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS) jusqu'en 2015, est une autorité administrative indépendante française qui veille à ce que les techniques de recueil de renseignement soient mises en œuvre conformément au code de la sécurité intérieure (CSI).

Localisation

Elle est située au 32 rue de Babylone, dans le 7e arrondissement de Paris en proximité immédiate avec l'hôtel de Cassini. Elle était située auparavant à l'hôtel de Broglie, 35 rue Saint-Dominique, également dans le 7e arrondissement.

Historique

En 1991, une Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS) est instituée par la loi du relative au secret des correspondances émises par la voie des télécommunications à la suite de la condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) dans les affaires Kruslin et Huving contre France. Elle a pour rôle d’émettre un avis au Premier ministre, après une décision d’autoriser « les interceptions de correspondances émises par la voie des communications électroniques ayant pour objet de rechercher de renseignement intéressant la sécurité nationale, la sauvegarde des éléments essentiels du potentiel scientifique et économique de la France, ou la prévention du terrorisme, de la criminalité et de la délinquance organisées et de la reconstitution ou du maintien de groupements dissous en application de la loi du sur les groupes de combat et les milices privées ».

En 2006, la loi relative à la lutte contre le terrorisme prévoit que l'accès aux données de connexion par les autorités policières ne soit plus soumis à l'autorisation d'un magistrat — et donc effectué sous contrôle judiciaire (sachant que selon l’article 66 de la Constitution, le juge judiciaire est « gardien des libertés individuelles ») — mais simplement à celle d'un haut fonctionnaire de la police nommé par la CNCIS.

En 2015, la loi relative au renseignement crée à sa place la CNCTR. Son avis est désormais rendu à la demande d’un ministre et avant la décision du Premier ministre.

Le , une question de constitutionnalité a été soulevée concernant la loi relative au renseignement : le fait que des députés sont membres de la « Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement » ne contrevient-il pas au principe de séparation des pouvoirs, principe garanti par l'article 16 de la Déclaration de 1789) ? Le , le Conseil constitutionnel a répondu que dès lors que les membres du Parlement y sont minoritaires, et qu'« ils sont astreints, en vertu du troisième alinéa de l'article L. 832-5 du code de la sécurité intérieure, au respect des secrets protégés aux articles 226-13 et 413-10 du code pénal », la présence de membres du Parlement au sein de cette commission « n'est pas de nature à porter atteinte au principe de la séparation des pouvoirs ».

Rôle

La mise en œuvre en France des techniques, des accès administratifs aux données de connexion, des interceptions de sécurité, de la sonorisation de certains lieux et véhicules et de la captation d’images et de données informatiques et des mesures de surveillance des communications électroniques internationales est soumise à autorisation préalable du Premier ministre, délivrée après avis de la CNCTR.

L’autorisation est délivrée sur demande écrite et motivée du ministre des Armées, du ministre de l’Intérieur, du ministre de la Justice ou du ministre de l’Économie et des Finances.

Pour l’accomplissement de ses missions, la commission :

La commission répond aux demandes d'avis du Premier ministre, du président de l'Assemblée nationale, du président du Sénat et de la délégation parlementaire au renseignement (DPR) et établit chaque année un rapport public.

Composition

La CNCTR est composée de neuf membres :

Le président de la commission est nommé par décret du président de la République, après avis public de la commission permanente compétente de chaque assemblée, parmi les membres magistrats administratifs ou judiciaire.

Le mandat des membres n’est pas renouvelable.

Les membres de la commission sont autorisés ès qualités à connaître des informations ou des éléments d’appréciation protégés et les travaux de la commission sont couverts par le secret de la défense nationale.

Activités

Si la loi du prévoit que la CNCIS n'exerce qu'un contrôle a posteriori des autorisations d'interception, la pratique du contrôle préalable à la décision d'autorisation a été instaurée avec l'accord du Premier ministre dès les premiers mois de fonctionnement de la Commission. Son avis consultatif est généralement suivi par le Premier ministre, qui prend la décision, et le Groupement interministériel de contrôle (GIC), qui l'exécute. Cependant, en , le GIC est cité et ce contre toute attente, au cours de l'affaire de Tarnac, en raison du plantage d'un terminal de paiement électronique (TPE) d'une épicerie sur une ligne téléphonique,.

Le , la commission autorise les ministères de l'Intérieur et de la Défense à obtenir la liste des appels téléphoniques passés depuis un poste sans demander d'autorisation à l'opérateur de communications éléctroniques (OCE).

La CNCIS évoque seulement une « période d'essai » jusqu'en , où les ministères de l'Intérieur et de la Défense pouvaient s'adresser directement au GIC, pour obtenir la liste des appels, la Commission n'exerçant qu'un contrôle a posteriori, au moins une fois par semaine. La CNCIS assure n'avoir autorisé en aucun cas les enquêteurs à demander les listings directement aux OCE.

En 2014, la CNCIS dispose d'un quota de 2 190 interceptions, autrement dit, elle ne peut autoriser que 2 190 personnes à la fois. L'écoute administrative ne concerne pas seulement les téléphones personnels des « objectifs », mais aussi des téléphones susceptibles d’être utilisés par ces « objectifs », pouvant être « testés » et « retestés » périodiquement.

À la suite des attentats de janvier 2015 en France, ce quota passe à 2 700 interceptions simultanées.

Le rapport annuel de la CNCTR indique qu'en 2018, 22 308 personnes ont fait l’objet d’au moins une mesure de surveillance sur le territoire national, ce qui correspond à une augmentation annuelle de l'ordre de 3 %.

La CNCTR indique souhaiter, en , étendre son contrôle aux fichiers dits « fichiers de souverainneté » des différents services secrets, tels que CRISTINA, Biopex, Doremi, Sirex et Startrac mais sans succès : « la volonté d’approfondissement du contrôle a posteriori manifestée par la commission s’est heurtée au refus, presque unanime, opposé par les services de renseignement ».

À l'instar de 2008 et ce en 2021, la CNCTR n'ayant pas appris des erreurs de la CNCIS, le GIC aurait mis en œuvre pas moins de 300 techniques de renseignement sans obtenir la signature du Premier ministre, faisant de la CNCTR un énième comité Théodule.

Succession des membres

Présidents

Présidents de la CNCIS :

Présidents de la CNCTR (dont intérim)Voir et modifier les données sur Wikidata
IdentitéPériode
DébutFin
Francis Delon
Serge Lasvignes
Solange Moracchini (d)
Vincent Mazauric (d)

Représentants de l'Assemblée nationale

Représentants du Sénat

Administration

Sous l’autorité du président, le secrétaire général est chargé de la direction et du fonctionnement des services, dont il assure la gestion administrative et financière. En 2015, la commission comprend en outre une secrétaire-comptable, une assistante et un chauffeur.

Notes et références

  1. ↑ « Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) », sur service-public.fr, .
  2. ↑ Bertrand WARUSFEL. La légalisation du renseignement. 2016, page 191.
  3. ↑ Jean-Claude Kross, « État des lieux de la lutte contre le terrorisme en France », Revue française de criminologie et de droit pénal, no 8,‎ (lire en ligne).
  4. ↑ « Décision n° 2015-713 DC du  », sur conseil-constitutionnel.fr (consulté le ).
  5. ↑ Sébastien Laurent, Politiques du renseignement, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, , 355 p. (ISBN 978-2-86781-548-5, lire en ligne), p. 246.
  6. ↑ Laurent Borredon, « Tarnac : la justice enquête sur des écoutes illégales menées avant l'affaire du sabotage », Le Monde, (consulté le ).
  7. ↑ Laurent Borredon, « Affaire de Tarnac : les étranges écoutes posées par France Télécom », Le Monde, (consulté le ).
  8. ↑ Zineb Dryef, « Surveillance téléphonique : Matignon contourne la loi », sur Rue89, .
  9. ↑ Baptiste Bouthier, « Écoutes de Kouachi et Coulibaly : Ferry mal renseigné », Libération, .
  10. ↑ « Audition de M. Jean-Marie Delarue, président de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS) par la commission d'enquête sénatoriale sur les Autorités administratives indépendantes », .
  11. ↑ « Renseignement : plus de 22 300 personnes ont été surveillées en France en 2018 », Le Monde, (consulté le ).
  12. ↑ Jacques Follorou, « La CNCTR veut étendre son contrôle aux fichiers des différents services secrets », Le Monde, (consulté le ).
  13. ↑ Matthieu Suc, « Les « écoutes » de Matignon : la justice enquête sur des soupçons d'irrégularités massives » Accès payant, sur Mediapart, (consulté le ).
  14. ↑ « https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051106708 »
  15. ↑ « https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051391765 »
  16. ↑ Jacques Follorou et Franck Johannès, « La tentation d’un « Patriot Act » à la française », Le Monde, .
  1. ↑ Articles 13 à 19 de la loi no 91-646 du relative au secret des correspondances émises par la voie des télécommunications, sur Légifrance.
  2. ↑ Article 2 de la loi no 2015-912 du relative au renseignement.
  3. ↑ Article L821-1 du code de la sécurité intérieure.
  4. ↑ Article L821-2 du code de la sécurité intérieure.
  5. ↑ Article L833-2 du code de la sécurité intérieure.
  6. ↑ Article L833-11 du code de la sécurité intérieure.
  7. ↑ Article L833-9 du code de la sécurité intérieure.
  8. ↑ Article L 831-1 du code de la sécurité intérieure.
  9. ↑ Loi organique no 2010-837 du relative à l’application du cinquième alinéa de l'article 13 de la Constitution.
  10. ↑ Article L 832-5 du code de la sécurité intérieure.
  11. ↑ Décret du , JORF no 229 du , p. 12800, NOR PRMX9110259D.
  12. ↑ Décret du , JORF no 215 du , p. 13445, NOR PRMX9702257D.
  13. ↑ Décret du , JORF no 226 du , p. 16685, texte no 10, NOR PRMX0306858D.
  14. ↑ Décret du , JORF no 230 du , p. 16160, texte no 11, NOR PRMX0902857D.
  15. ↑ Décret du , JORF no 147 du , p. 10637, texte no 66, NOR PRMX1414634D.
  16. ↑ Décret no 2015-1186 du 29 septembre 2015 relatif à l’organisation administrative et financière de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement.

Bibliographie

Rapports d'activité, édités par La Documentation française :

Alexis Deprau, Le droit face à la terreur, éditions du Cerf, Paris, 2021

Liens externes