Écriture cursive chinoise

L’écriture cursive chinoise est une des formes de la calligraphie chinoise inscrite au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l'Unesco en 2009. C'est la forme que prennent les caractères chinois lorsqu'ils sont écrits sans respecter les règles de tracé des caractères, notamment pour des notes rapides utilisées dans un usage domestique courant.

De même que l'écriture cursive déforme et lie les lettres de l'alphabet, et rend l'écriture assez différente des caractères d'imprimerie qui en sont à l'origine, l'écriture cursive chinoise est plus rapide que l'écriture normale, et difficile à déchiffrer pour qui n'y est pas habitué.

La cursive chinoise dérive des caractères de style clérical (隸書 Lìshū), réguliers (楷書 Kǎishū) ou simplifiés (簡字 Jiǎnzì), dont les traits ont été exécutés de manière cursive : d’une part les caractères sont tracés en évitant dans la mesure du possible d’interrompre le trait d’écriture ; et d’autre part le caractère est simplifié par l’omission de certains traits ou le remplacement de composants complexes par des formes plus simples.

Origine et dénomination

Les deux caractères 草書 (écriture cursive), calligraphiés en écriture normale (gauche) et cursive (droite).

Le style cursif (en chinois 草書 / 草书, cǎoshū) est souvent qualifié de « style [en] herbe ». Dans ce contexte, le caractère 書, shū signifie tout d'abord le « livre », mais aussi l'écriture ou la calligraphie, et le caractère 草, cǎo, dont le sens principal est « herbe » mais a de nombreuses connotations, signifie ici précipité, négligé, ou faire un brouillon, une esquisse, quelque chose qui pousse sans la rigueur formelle d'une écorce. La signification du terme est donc plutôt « calligraphie informelle », plutôt que la traduction littérale de « style herbe ».

La calligraphie chinoise cursive comprend traditionnellement trois formes : la cursive « des scribes » (章草, zhāngcǎo) ; la cursive dite « moderne » (今草, jīncǎo) et la cursive dite « sauvage » (狂草, kuángcǎo). On peut rajouter à cet inventaire le style semi-cursif ou courant (行書, xíngshū), qui est la forme d'écriture cursive employée dans l'écriture quotidienne.

L'écriture cursive s'est formée en Chine à partir de la dynastie Han, en plusieurs étapes.

Au Japon, ce sont des formes cursives de caractères chinois qui sont à l'origine des Man'yōgana, puis des caractères hiragana.

Déformations cursives des caractères

Préface de Shupu (À propos de la calligraphie) de Sun Guoting (孙过庭)

Ligatures

Les ligatures entre traits conduisent aux effets suivants :

C'est l'ordre du tracé qui détermine le glyphe résultant, plus que le caractère proprement dit. L'identification d'un caractère tracé avec ligature est généralement hasardeuse voire impossible s'il ne reflète pas l'ordre normal de tracé des traits pour les différents caractères. C'est ce qui explique l'importance, dans l'apprentissage des caractères, d'apprendre en même temps l'ordre normal de tracé des traits.

Simplifications

La simplification du caractère par omission de traits ou par des tracés conventionnels simplifiés a l’effet suivant :

Modifications du tracé

Calligraphie cursive et semi-cursive par Dong Qichang.

Outre les modifications précédentes, certains effets résultent de variations esthétiques, où l’écriture s’écarte du tracé normal.

Tracé cursif (連筆 liánbǐ) et caractère simplifié (簡字 Jiǎnzì)

Le style cursif est l’héritage d’une longue histoire. Il se fonde sur des formes simplifiées de caractères (簡字 Jiǎnzì) dérivés de caractères "d'imprimerie" du style clérical ou régulier, et le tracé de ces caractères simplifiés fait de plus l’objet de ligatures (連筆 liánbǐ).

Un caractère cursif simplifié peut souvent s’écrire de différentes manières, l’une étant désignée par « style herbe » (草書 cǎoshū) normalisé (揩化 kāi huà) : ce tracé correspond aux simplifications normales (揩化 kāi huà) auxquelles sont appliquées le style cursif, c’est le tracé qui est normalement donné dans les dictionnaires de styles.

Par exemple, le caractère 應 s’écrit en cursif . Si les ligatures sont éliminées et que ce qui reste est écrit en style régulier, le squelette ainsi obtenu correspond au tracé simplifié 应 : si on trace ce caractère simplifié dans un style cursif, on obtiendra directement le caractère « herbe » . De ce fait, on dit que 应 est le tracé simplifié de 應, parce que c'est le squelette normalisé, représentable en imprimerie, du tracé cursif standard du caractère.

De même :

Caractère régulier Forme cursive normale Forme simplifiée Remarque
對 对L’élément de caractère 又 est souvent utilisé comme abréviation d’un groupe complexe.
這 这文 remplace ici le groupe 言
頭 头Simplification radicale : le groupe de gauche est réduit à deux points, le groupe de droite à trois traits.
識 识Simplification habituelle de 言 par 讠 ; et 戠 est énergiquement simplifié en 只.
歡 欢L’élément de caractère 又 est souvent utilisé comme abréviation d’un groupe complexe.
塊 圤Ici 鬼 est remplacé par 卜 (il ne reste plus que l'impression fugitive d'une composition verticale et d'un ajout sur le côté).
鐘 鈡Ici 金 à droite est remplacé par 中.
難 难L’élément de caractère 又 est souvent utilisé comme abréviation d’un groupe complexe.

Cependant, inversement, tous les caractères simplifiés de l'écriture d'imprimerie ne dérivent pas des caractères « herbe ». De plus, il convient de noter que toutes ces simplifications sont arbitraires, indépendantes de la sémantique des composants de caractères.

Calligraphies cursives

Une œuvre survivante de Huaisu
  1. la cursive « ancienne », zhangcao. Les caractères, abrégés, ne sont pas reliés entre eux.
  2. la cursive « moderne », jincao. À partir du IIe siècle, sous les Han, les caractères sont souvent reliés entre eux, des traits deviennent des points... La calligraphie devient un pur plaisir esthétique.
  3. la cursive « folle», ou « débridée », kuangcao. À partir du VIIIe siècle, sous la dynastie Tang, une liberté qui est celle de personnalités exubérantes comme Zhang Xu (vers 658-746), ou le moine « fou et génial » Huaisu (vers 735-799) et de tant d'autres figures hors du commun.
Image panoramique
Huaisu, Autobiographie, datée 777. Rouleau portatif, 28.3 x 755 cm. Musée national du Palais
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Calligraphes notables

Huit variations du caractère 龍 (dragon) en cursive, tirées du livre Compilation des caractères cursifs, de Shi Liang dynastie Qing. Les nombres ont été ajoutés par nous. Les artistes: 1, Sun Guoting; 2,3 Huai Su; 4 Yan Zhenqing; 5 Zhao Mengfu; 6,7 Zhu Zhishan; 8 un anonyme.

Notes et références

  1. ↑ UNESCO, « La calligraphie chinoise »
  2. 1 2 3 4 D'après (en) Chinese Cursive Script : An Introduction to Handwriting in Chinese, Fred Fang-yu Wang, Yale university press, 1958.
  3. ↑ Le Pavillon des Orchidées. L'Art de l'écriture en Chine : « Les styles de calligraphie », André Kneib, pour l'ensemble de ce paragraphe.

Voir aussi

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Bibliographie