| Alias |
Карл Богданович Шуберт |
|---|---|
| Naissance | 25 février 1811 à Magdebourg (Royaume de Prusse) |
| Décès | (à 52 ans) à Riesbach (Zurich, Suisse) |
| Activité principale |
Violoncelliste, chef d'orchestre, pédagogue, compositeur |
| Formation |
Friedrich Dotzauer |
| Ascendants |
Gottlob Schuberth (père) |
| Famille |
Julius Schuberth (frère), Ludwig (Louis) Schuberth (frère), Friedrich (Fritz) Schuberth (frère) |
Compléments
Elèves : Karl Davidov, Alexandre Serov, Vasily Kologrivov, Ludwig K. Albrecht, le grand-duc Constantin Nikolaïevitch de Russie
Carl Eduard Schuberth (parfois orthographié Karl Schuberth ou Charles Schuberth ; en russe : Карл Богданович Шуберт, Karl Bogdanovich Choubert), né le 25 février 1811 à Magdebourg (Royaume de Prusse) et mort inopinément le 22 juin 1863, à Riesbach (Zurich, Suisse), est un violoncelliste, chambriste, chef d'orchestre, pédagogue et compositeur d’origine allemande. Formé à l’école de violoncelle de Dresde, il mène une carrière de soliste itinérant en Europe occidentale avant de s’établir définitivement en Russie. Figure centrale de la vie musicale de Saint-Pétersbourg au milieu du XIXe siècle sous les règnes de Nicolas Ier et d’Alexandre II, il marque profondément l'essor de la musique russe. Homme d’ouverture et de transition, il joue un rôle déterminant dans la diffusion et la démocratisation de la musique en Russie ainsi que dans la professionnalisation de l’enseignement musical.
Issu d'une famille de musiciens, Carl Schuberth est le fils de Gottlob Schuberth, professeur de hautbois et de clarinette, pianiste et compositeur, qui lui enseigne le solfège et le piano. Il est le frère de Julius Schuberth, éditeur de musique à Hambourg, Leipzig et New York, de Ludwig (Louis) Schuberth, chef d’orchestre et compositeur (chef d'orchestre au Théâtre allemand de Saint-Pétersbourg en 1845), et de Friedrich (dit Fritz) Schuberth, éditeur de musique à Hambourg. Dès l'âge de neuf ans, il étudie le violoncelle avec Ludwig Hesse à Magdebourg. À partir de 1826, sa formation est confiée à Friedrich Dotzauer à Dresde, violoncelliste et pédagogue réputé. Sous sa direction, il acquiert une technique d’archet très précise, une pureté de style classique et une profonde intériorité d’interprétation qui deviendront sa signature artistique. En 1828, il effectue une première tournée en Allemagne avant de retourner à Dresde parfaire sa formation. De 1829 à 1833, il occupe le poste de premier violoncelle solo à l'orchestre du Théâtre de Magdebourg. De 1833 à 1835, grâce au soutien financier de son frère Julius, il mène avec succès une tournée européenne en Allemagne, en Belgique, en France, en Angleterre et aux Pays-Bas. La critique musicale de l’époque salue la clarté de ses nuances et son refus de la virtuosité purement superficielle au profit de la musicalité. C’est au cours de ces années de soliste d'orchestre et de voyage qu’il commence à composer ses premières œuvres de concert pour son instrument, à l’image de son Souvenir de la Hollande, op. 3, écrit pour briller lors de ses apparitions publiques. En 1835, cette œuvre lui vaut le titre de Soliste de la Cour à La Haye.
Sur les conseils de son mentor Bernhard Romberg, violoncelliste allemand bien introduit en Russie, Schuberth décide à la fin de l'année 1835 de tenter sa chance à Saint-Pétersbourg, alors véritable carrefour culturel et pôle d’attraction majeur pour les musiciens étrangers. Début 1836, il est engagé comme soliste à la Cour et à l'Orchestre des Théâtres impériaux. Son autorité musicale s’étend rapidement et il cumule bientôt des fonctions de premier plan : en 1837, il est nommé directeur des activités musicales à l'Université impériale de Saint-Pétersbourg et par la suite professeur de violoncelle à l’École de Jurisprudence.
En 1842, soucieux d'ouvrir la musique au plus grand nombre dans un contexte où les concerts publics sont rares et réservés à une élite — les Théâtres impériaux en détenant le monopole —, il fonde avec l'inspecteur Alexander Fitzthum von Eckstedt l'Orchestre des Étudiants et des Professeurs de l'Université impériale, premier orchestre régulier en Russie. Baptisés « Exercices musicaux », ces concerts échappent à l'autorité des Théâtres impériaux et peuvent se tenir tout au long de l'année, sans se limiter aux quarante jours du Grand Carême. Accessibles à tous pour un coût modique, ils rencontrent un succès immédiat. Pendant vingt saisons, Schuberth y fait découvrir les œuvres de Beethoven, Mendelssohn, Liszt, Spohr, Schumann, Berlioz et Wagner, ainsi que celles de compositeurs russes comme Mikhaïl Glinka, Anton Rubinstein et Mili Balakirev. Le tout Saint-Pétersbourg s'y presse, notamment Balakirev, Borodine, César Cui, Moussorgski, le prince Vladimir Odoïevski, Rimski-Korsakov, Serov, Tchaïkovski et le comte Matvei Wielhorski. Anton Rubinstein y fait ses débuts de chef d'orchestre, tandis que le violoniste Henryk Wieniawski et les chanteurs Pauline Viardot-Garcia et Luigi Lablache s'y produisent comme solistes invités.
En 1842 également, Schuberth est nommé directeur de la Société philharmonique de Saint-Pétersbourg (fondée en 1802). À ce titre, il interprète l'essentiel du répertoire classique et accueille dans la capitale Franz Liszt, Robert Schumann et Clara Schumann, Hector Berlioz et Richard Wagner, dont il défend ensuite l'œuvre en Russie. Il côtoie par ailleurs le violoniste belge Henri Vieuxtemps (nommé violoniste de la Cour en 1846) et le violoncelliste belge Adrien-François Servais lors de ses tournées en Russie. Succédant à Catterino Cavos, le maître de chapelle des théâtres de Saint-Pétersbourg, à partir de 1853, il organise et dirige régulièrement des concerts pour la Direction des Théâtres impériaux, y compris des grands événements réunissant plus de 300 musiciens et choristes. En 1856, il est nommé inspecteur des cours de musique de l'École de Théâtre, fonction qu'il exercera jusqu'à sa mort. Familier des salons les plus influents, notamment celui du comte Matvei Wielhorski, il collabore et échange avec le « père de l’opéra russe », Mikhaïl Glinka. En 1857, après le décès à Berlin du compositeur, c'est à Schuberth que revient l'honneur de diriger le concert organisé à sa mémoire.
Au cœur du « Siècle d’Or » musical russe, pendant plus d’un quart de siècle, Schuberth devient un pont culturel entre la tradition savante allemande et l’émergence de la musique nationale russe. César Cui (1835-1918, critique et compositeur russe) écrit : « Sa contribution au développement musical de Saint-Pétersbourg est indéniable ; il occupe une place à part entière dans l’histoire de ce développement ». En 1859, il participe activement, aux côtés d'Anton Rubinstein et de la grande-duchesse Elena Pavlovna (née Charlotte de Wurtenburg), à la création de la Société musicale russe, principal vecteur de progrès de la vie musicale dans l'Empire. Seul étranger siégeant au directoire, il est chargé de l'organisation et de la direction des cycles annuels de concerts de musique de chambre, Rubinstein assurant les concerts symphoniques. Il enseigne parallèlement le violoncelle dans les classes nouvellement créées sous l'égide de la Société. La même année, la Société crée en son sein un quatuor à cordes dont Schuberth est l'âme et auquel se joint ultérieurement le violoniste polonais Henryk Wieniawski comme premier violon. Ce quatuor contribue puissamment à l'essor de la musique de chambre en Russie. En 1862, lors de la fondation par Anton Rubinstein du Conservatoire de Saint-Pétersbourg — premier établissement d'enseignement musical professionnel du pays — , Carl Schuberth est nommé professeur de violoncelle de la nouvelle institution. Il dirige également les premiers concerts de l'École libre de musique, fondée la même année par Mili Balakirev.
Au début de l'année 1863, Schuberth participe activement à l'accueil de Richard Wagner à Saint-Pétersbourg et dirige avec lui l'un de ses derniers concerts. Épuisé par ses diverses charges, il sollicite au printemps un congé de maladi et quitte la Russie pour rejoindre l'Europe centrale. Après un passage par l'Allemagne auprès de son frère Julius à Leipzig pour s'y faire soigner, il se rend à Zurich pour rejoindre sa famille et son fils Karl, alors étudiant à l'École polytechnique. C'est là qu'il meurt de manière inopinée le 22 juin 1863, à l'âge de 52 ans. Il est inhumé au cimetière privé Hohe Promenade à Zurich. Témoin privilégié et acteur incontournable des années 1840 à 1860, Carl Schuberth laissa à ses collègues et étudiants le souvenir d'un musicien d’exception, sensible et généreux. Tenu en haute estime à la Cour et profondément apprécié par la société pétersbourgeoise, il comptait parmi ses admirateurs et amis des figures majeures telles que Mikhaïl Glinkaet Anton Rubinstein, ainsi que plusieurs membres de l’avant-garde russe, dont Mili Balakirev, Alexandre Dargomyjski, Alexandre Serov, Vladimir Stassov et César Cui. Sa position d’observateur au cœur des vives querelles opposant les conservateurs, les partisans de Rubinstein, aux modernistes du « Groupe des Cinq » emmené par Vladimir Stassov, témoigne de la place centrale qu'il occupait dans la vie musicale russe de son temps. En 1864, un concert fut donné à sa mémoire au Grand Théâtre au profit de sa veuve.
Schuberth a inspiré une génération de solistes et de compositeurs russes talentueux. Son action en faveur de la démocratisation musicale a anticipé et préparé les grandes réformes institutionnelles que mena Anton Rubinstein. Issu de l’école de violoncelle de Dresde, il a jeté les bases de l’école russe de violoncelle. Son célèbre élève, Karl Davydov, a perpétué son enseignement au Conservatoire de Saint-Pétersbourg et est devenu le chef de file d'une lignée de violoncellistes légendaires : Alfred von Glehn, Gregor Piatigorsky, Aleksandr Verzhbilovich, ainsi que Leopold Rostropovitch et Mstislav Rostropovitch. L'Orchestre des Étudiants et des Professeurs de l'Université de Saint-Pétersbourg que Schuberth fonda en 1842 est resté en activité jusqu'en 2023, représentant 181 années de tradition musicale ininterrompue.
La contribution des musiciens d’origine étrangère à l’épanouissement de la culture musicale russe au XIXe siècle fait l’objet de recherches de fond. On observe un renouveau d’intérêt de la part des musicologues comme des musiciens pour les différents apports de Carl Schuberth. Longtemps occultées par un contexte historique défavorable, ses partitions font aujourd’hui l'objet d'une redécouverte. Plusieurs interprètes soulignent la valeur de ces oeuvres oubliées, perçues comme une opportunité idéale d'élargir et de renouveler un répertoire de concert parfois jugé trop conventionnel. Ses compositions sont ainsi progressivement rejouées et enregistrées, notamment en Allemagne, en Russie, en Belgique et en France, et rencontrent un excellent accueil auprès des mélomanes.
Carl Schuberth est l'auteur d'une cinquantaine d'oeuvres répertoriées principalement dans le domaine de la musique de chambre et du répertoire pour violoncelle. L'édition de ses pièces était essentiellement assurée par la maison de son frère Julius, J. Schuberth & Co, établie à Hambourg puis à Leipzig. Le catalogue complet est accessible sur le site de l'International Music Score Library Project (IMSLP). S’inscrivant dans la tradition du romantisme allemand, ses œuvres allient la virtuosité technique à la clarté formelle héritée du classicisme. Comme la majorité des compositeurs de l’époque, Schuberth n’a pas échappé à la puissante influence de Felix Mendelssohn-Bartholdy. Ses compositions maîtresses se divisent ainsi :
De très nombreuses fantaisies, nocturnes, variations, romances, caprices, pièces de salon et arrangements à redécouvrir, parmi lesquels :