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Dominique Darbon (d) () |
Catherine Boudet, journaliste, politologue, poète, est une femme de lettres réunionnaise née le à Saint-Denis (La Réunion). Docteur en Science Politique, elle est spécialiste des dynamiques politiques à l’île Maurice. Auteur d’articles scientifiques et journalistiques sur la démocratie mauricienne, elle a également publié douze recueils de poésie, dont trois ont été primés. Elle a fondé en , avec les syndicalistes Jane Ragoo et Reeaz Chuttoo, le Parlement Populaire de l'île Maurice, une instance visant à promouvoir la démocratie délibérative et la bonne gouvernance,. Catherine Boudet a reçu le Grand Prix de poésie Joseph Delteil 2012, le prix Fetkann! 2013 et le Prix Charles Péguy de poésie 2022 de la Société des Poètes Français.
Docteur en Science Politique de l'Institut d'études politiques de Bordeaux, elle a enseigné une dizaine d'années à l'Université de La Réunion avant de s'installer à l'île Maurice comme journaliste en 2009.
En tant que politologue, ses principaux centres d'intérêts sont les diasporas, les processus de construction identitaire, les minorités dominantes; les démocraties consociatives et le modèle mauricien de construction nationale. Elle a écrit divers articles scientifiques sur ces questions. Dans sa thèse de doctorat en Science politique, intitulée « Les Franco-Mauriciens entre Maurice et l'Afrique du Sud : identité, stratégies migratoires et processus de recommunautarisation » (2004), l'auteure analyse comment les Mauriciens blancs d'origine française, ou "Franco-Mauriciens", membres d'un groupe longtemps dominant, issu de la colonisation de l'île Maurice, tentent de préserver les cadres de leur identité dominante au travers de l'émigration en Afrique du Sud. Cette démarche s'inscrit dans un ensemble de réflexions sur le phénomène des diasporas et de la remise en cause des territoires tout en ayant pour ambition théorique d'analyser ce phénomène dans le cadre plus large de l'interprétation de l'identité et de sa construction par des stratégies d'acteurs. Cette thèse entend développer une nouvelle théorie des diasporas, montrant que Maurice constitue le creuset d'une forme diasporique inédite, qu'elle a appelé la diaspora « pollinisée », sur le modèle du pollen qui se dissémine au vent.
En tant que journaliste, Catherine Boudet écrit des chroniques et des articles d'analyse consacrés à l'évolution démocratique de l'île Maurice, sur les questions de société telles que le droit à l'information, la préservation du patrimoine, les usages politiques de la mémoire, l'ethnopolitique ou encore la construction des savoirs . Ces travaux et leur dissémination cherchent à faire mieux comprendre une situation socio-politique mauricienne qu'elle estime complexe et dont les réalités débordent de l’image carte postale qu’on veut généralement lui donner .
Elle est l'auteur de douze recueils de poésie, parmi lesquels Nos éparses nos sulfureuses, préfacé par Ananda Devi (Acoria, 2010), Les laves bleues [Calligraphie des silences] qui a reçu le Grand Prix de poésie Joseph Delteil 2012, Bourbon Hologramme (Prix Fetkann! de poésie 2013) ou encore L’Aïeule de déshabillée mémoire (Prix Charles Péguy 2022 et finaliste du prix de Poésie Histoire et Mémoire 2022).
Ses poèmes figurent également dans plusieurs anthologies de poésie réunionnaise, mauricienne et africaine, notamment Terres d'Afrique (Éditions Ndze, 2011), Riveneuve Continents no 10 Escales en mer indienne (2009), Carnavalesques no 4 Spécial Iles de l’océan Indien (Éditions K’A/Aspect Éditions, 2010), L’infini insulaire, Anthologie de la poésie réunionnaise des origines à aujourd’hui, Bacchanales n°67 (Editions de la Maison de la poésie Rhônes-Alpes, 2022).
Dans son écriture poétique, Catherine Boudet cherche à « se démarquer des thèmes désormais clichés du métissage, de la créolité et de l’interculturel » pour proposer de nouvelles descriptions poétiques du vivre-ensemble dans les îles et favoriser l’émergence d’une pensée insulaire endogène. Elle s’affranchit des contraintes formelles grâce à une langue poétique « qui revient à dépasser toute forme de catégorisation ». Et c’est de manière intimiste qu’elle remet en question les positionnements identitaires, « taill[ant] à vif dans l’identité, à grand renfort de mots polis ou bruts ».
Dans cette perspective, Catherine Boudet questionne les usages politiques de la mémoire coloniale et s’attache à la déconstruction des mythes. Elle développe une poétique de la dénonciation, avec « moult références à l’histoire de La Réunion et de Maurice, à l’esclavage et aux cultures bâillonnées ». Ses ouvrages revisitent notamment les mythes hindous de la genèse, « réinterprété(s) avec succès, sans extravagance, dans l'univers des îles de l'océan indien confrontés à la “déshistoire” du monde insulaire ».
A contre-courant des catégorisations mémorielles, Catherine Boudet célèbre la « déshistoire », façon de détricoter l’Histoire ou de la refuser. Elle forge ce concept de « déshistoire » pour illustrer « l’idée du citoyen qui n’arrive pas à se constituer, qui ne peut adhérer à ce qui lui a été imposé presque de force ». La « déshistoire » apparaît ainsi dans ses recueils tels que le Barattage de la mer de lait, comme une forme de dés ancrage qui affecte les insulaires : « le texte de Catherine Boudet naît du désancrage qui définit l’île, l’histoire, un peuple et sa langue ». La « déshistoire » chez Catherine Boudet, procède du constat d’un ressassement d’histoire victimaire qui sature le discours politique, social et littéraire à Maurice et qui en conséquence, « freine le processus ontologique dans la création littéraire ».
En 2011, dans le cadre de l'écriture d'un article journalistique sur le patrimoine mauricien, Catherine Boudet tente de retrouver les travaux de Stéphane Sinclair, un Français qu'elle avait interviewé en 2009. Il affirmait être docteur en Histoire et vouloir étudier les archives mauriciennes sur l'esclavage. Depuis, il avait été recruté par des instances publiques mauriciennes comme consultant,. Catherine Boudet pense découvrir la preuve qu'il utilise de faux documents portant l'enseigne du Bureau du Premier Ministre de l'Ile Maurice et qu'il ment sur ses diplômes. Elle reçoit aussi des témoignages de personnes assurant avoir eu des démêlés avec le Français.
En , elle apprend que Stéphane Sinclair s'apprête à quitter l'île Maurice. Elle se décide alors à contacter le bureau du Premier Ministre pour l'informer de ses soupçons, craignant que l'individu ait pu avoir accès et volé des documents confidentiels et appartenant au patrimoine mauricien grâce à ses faux papiers,,. Le chef des renseignements mauricien, Dev Jookhoo, l'informe qu'il ne peut rien faire par manque d'informations sur l'individu.
Le , Catherine Boudet fait une déposition à la police et lui remet les documents qu'elle détient contre Stéphane Sinclair,. Elle apprendra le lendemain même que ce dernier a déjà quitté le territoire mauricien et qu'il se trouve aux États-Unis, malgré une "objection to departure" émis par la police. La police de l'air et des frontières l'aurait intercepté à l'aéroport puis laissé partir car il aurait "prouvé sa bonne foi". Le , Catherine Boudet est arrêtée dans les locaux du journal où elle travaille par le Central Criminal Investigation Department (CCID),. Elle est interrogée pendant plusieurs heures puis passe une nuit en détention préventive jusqu'au lendemain où elle est traduite devant la cour de Mapou. Elle apprend qu'on l'accuse de "dénonciation calomnieuse" ("false and malicious denunciation in writing", article 297 du code pénal mauricien) à l’encontre de Stéphane Sinclair,,.
Libérée sous caution, on lui confisque son passeport français ainsi que sa carte de presse, ce qui l'empêche à la fois de quitter le territoire et de continuer à travailler à l'Ile Maurice,. Son employeur la licencie pour "faute grave" officiellement pour n'avoir rendu ses articles journalistiques dans les temps.
Le , alors que l'enquête avait été ouverte depuis plus de vingt mois et le jugement sans cesse reporté, la Cour de district de Mapou l'acquitte enfin des faits dont elle est accusée,. Au cours du jugement, plusieurs témoins, notamment le Sergent Mohit, déclarent que Stéphane Sinclair avait bel et bien fait usage de faux et accédé à certains des documents, malgré en avoir reçu l'interdiction par le responsable des archives.
Le , Catherine Boudet décide de poursuivre l’État mauricien pour arrestation et détention illégale et réclame 50 millions de roupies mauriciennes (1,25 million d'euros) de dommages et intérêts,,. Ayant demandé avec la restitution de son passeport, un visa pour entreprendre des démarches en vue d'obtenir un nouveau permis de travail, elle se voit en réponse signifier le par le Passport and Immigration Office (PIO) l'ordre de quitter le pays dans un délai de 24 heures car elle serait en situation illégale. Son passeport ayant en effet été confisqué pendant la durée de son procès, elle n'avait pas pu renouveler son visa,,. S'étant rendu au Passport Immigration Office en réponse à leur convocation, le , Catherine Boudet est arrêtée une deuxième fois par la police mauricienne. Psychologiquement fragilisée par son procès et sa nouvelle arrestation,, Catherine Boudet est admise en clinique à la suite de sa nouvelle arrestation,.
De nombreuses voix s'élèvent à l'Ile Maurice pour prendre sa défense sur les réseaux sociaux, parmi les journalistes ou les associations. L'association Dis-Moi: Droits Humains dans l'Océan Indien publie un communiqué "dénonçant le harcèlement et la torture morale des autorités mauriciennes",,. Son avocat Maître Erickson Mooneapillay et l'environnementaliste Jeff Lingaya dénoncent une procédure illégale.
Un accord est finalement passé avec le PIO : Catherine Boudet s'engage à quitter temporairement le territoire mauricien le temps de refaire un nouveau visa,. Une semaine après son départ de l'Ile Maurice, elle y revient légalement le avec un visa d'affaires d'un mois qui lui permettra de demander un visa de travail. Elle obtient finalement son permis de travail en .
En , Catherine Boudet se voit attribuer le prix Fetkann! de poésie 2013 qui récompense les ouvrages mettant l’accent sur l’affirmation des droits de l’homme, pour son recueil de poésie Bourbon Hologramme dans lequel elle retrace le calvaire de son arrestation et de sa détention .