Celse (philosophe)

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Celse
Gravure de van der Borcht pour les Medicinarum philosophorumque Icones (1603).
Naissance
IIe siècle
Décès
IIe siècle
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
Récusation de la supériorité morale du christianisme
Contre l'anthropocentrisme
Œuvres principales
Discours véritable, parfois appelé
Discours contre les chrétiens
Influencé par

Celse est un philosophe romain du IIe siècle qui écrivait en grec ancien. Il est l’auteur d’un ouvrage analytique et articulé, Discours véritable (en grec ancien : Λόγος Ἀληθής), rédigé vers 178. Il s’agit d’un ouvrage dans lequel il attaque le christianisme naissant par les armes du raisonnement et du ridicule. Le texte original est perdu, mais la majeure partie nous en est parvenue par les extraits substantiels cités par son grand contradicteur Origène dans son ouvrage Contre Celse (composé vers 248), réfutation du Discours véritable.

La personne et la vie de Celse

La biographie de Celse demeure largement conjecturale, les connaissances relatives à sa personne et à son existence reposant quasi exclusivement sur les auto-révélations contenues dans son Discours véritable contre les chrétiens ainsi que sur les fragments substantiels préservés par la réfutation qu’en a entrepris Origène. En effet, bien que l’œuvre originale soit perdue, la controverse d’Origène, rédigée entre 246 et 249, permet de restituer environ neuf dixièmes de la substance argumentative et sept dixièmes de la littéralité du texte celsien. Dans cet ouvrage, le philosophe fait état de ses pérégrinations en Palestine, en Phénicie et en Égypte, voyages au cours desquels il affirme avoir observé et analysé divers phénomènes miraculeux et prophétiques.

Formation intellectuelle

Celse était un esprit cultivé, connaissant bien la littérature et la philosophie grecques. Il fut un platonicien (le moyen platonisme du IIe siècle), mais également pénétré de stoïcisme, et même d'épicurisme. C'est aussi un bon connaisseur de l'Ancien et du Nouveau Testament ainsi que de quelques écrits chrétiens.

Quel Celse?

Origène identifie, de prime abord, l'auteur du Discours véritable avec le Celse auteur d'un livre contre les magiciens, et auquel Lucien de Samosate a dédié, vers 180, son traité Alexandre ou Le Faux Prophète consacré à Alexandre d'Abonotique. Dans Contre Celse, I, 8, Origène déclare que les autres ouvrages de son adversaire [Celse] prouvent qu'il était épicurien. Cependant, dans d'autres passages, Origène ne semble plus certain d'avoir affaire à un disciple d'Épicure.

Louis Rougier incline à penser que le « Celse d'Origène » et le « Celse ami de Lucien » sont une seule et même personne, dans la mesure où il est peu probable que deux auteurs homonymes et contemporains se soient tous deux acharnés à « dépister l'imposture » avec la même « salubrité intellectuelle ». Selon L. Rougier, Celse, qui apparaît surtout dans son Discours véritable comme un platonicien, a pu être aussi épicurien : « en philosophie, Celse, comme la plupart de ses contemporains, est un éclectique ». En revanche, Michel Fédou serait tenté de considérer que l'auteur du Discours véritable et l'épicurien ami de Lucien de Samosate sont deux personnes différentes. Le premier, en effet, « reflétait avant tout les tendances du moyen platonisme au IIe siècle de notre ère ».

Le Discours véritable

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Article détaillé : Discours véritable.

Le Discours véritable, parfois appelé plus explicitement par les éditeurs Discours contre les chrétiens, est l'un des plus anciens ouvrages de critique contre le christianisme. À son époque, peu de personnes semblent s’intéresser de près à cette religion issue du judaïsme, divisée en de nombreuses sectes et ayant mauvaise réputation, si l'on en croit son introduction.

Celse n'y oppose pas les religions grecque ou romaine traditionnelles telles quelles, mais une religion syncrétique fondée sur un être suprême dont les dieux des panthéons païens ne sont que des représentations, et associée à l'enseignement des grands philosophes grecs. Ce n'est donc pas le monothéisme en soi qu'il reproche aux chrétiens (et aux juifs), mais plutôt le fait qu'ils s'approprient l'« Être suprême » à leur seul profit.

Si Celse ne prête que peu de crédit aux rumeurs sur les messes secrètes, il pense que cette religion représente un danger sur les plans religieux, politique et social :

Dans son ouvrage, Celse affirme que les chrétiens sont en fait des révolutionnaires refusant la discipline citoyenne et mettant ainsi en danger non seulement l’Empire, mais toute civilisation elle-même si elle se généralisait. Il prédit que l’Empire tombera ainsi aux mains des Barbares. De même, il reproche aux chrétiens d’être, de leur propre aveu, prêts à séduire les empereurs romains, « voire les éventuels vainqueurs de ces derniers ».

Concernant le judaïsme, Celse respectait cette réligion mais critiquait ceux qui s'y convertissaient : « Si (...) les Juifs gardaient jalousement leur propre loi, on ne saurait les blâmer, mais bien plutôt ceux qui ont abandonné leurs traditions pour adopter celles des Juifs. ».

Extraits[Où ?]

« Il est une race nouvelle d'hommes nés d'hier, sans patrie ni traditions, ligués contre toutes les institutions religieuses et civiles, poursuivis par la justice, universellement notés d'infamie, mais se faisant gloire de l'exécration commune : ce sont les chrétiens […]. »

« Dans ces derniers temps, les chrétiens ont trouvé parmi les juifs un nouveau Moïse qui les a séduits mieux encore. Il passe auprès d'eux pour le fils de Dieu et il est l'auteur de leur nouvelle doctrine […]. On sait comment il a fini. Vivant, il n'avait rien pu faire pour lui-même ; mort, dites-vous, il ressuscita et montra les trous de ses mains. Mais qui a vu tout cela ? […] »

« Soutenez l'empereur de toutes vos forces, partagez avec lui la défense du droit ; combattez pour lui si les circonstances l'exigent ; aidez-le dans le commandement de ses armées. Pour cela, cessez de vous dérober aux devoirs civils et au service militaire ; prenez votre part des fonctions publiques, s'il le faut, pour le salut des lois et la cause de la piété. »

Contre l'anthropocentrisme

Celse dénonce[Où ?] aussi l'anthropocentrisme, qui est un aspect important du christianisme (et dans une moindre mesure, du stoïcisme, puisqu'il précise que ce n'est pas seulement au créationnisme juif, tel qu'il lui apparaît, qu'il reproche l'idée que l'homme peut disposer des créatures selon les courbures de son cœur) :

« Ce monde n'a pas été fait en vue de l'homme plutôt qu'en vue du lion, de l'aigle ou du dauphin. Il a été fait de telle sorte qu'il fût parfait et achevé comme il convenait à l’œuvre de Dieu ; et c'est pourquoi toutes les parties qui le composent ne sont pas ajustées à la mesure de l'une d'entre elles, mais chacune concerte à l'effet d'ensemble et en dépend. C'est uniquement de cet ensemble que Dieu prend soin ; c'est lui que la Providence n'abandonne jamais. (…) Dieu ne s'irrite pas plus au sujet des hommes qu'au sujet des singes ou des rats. Il ne menace aucun être. »

« Si donc les oiseaux, pour ne parler que d'eux, nous dévoilent par des signes [leur langage sacré] tout ce que Dieu leur a révélé, il suit de là qu'ils vivent dans une intimité plus étroite que nous avec la Divinité, nous surpassant en cette science et sont plus chers à Dieu que nous. »

Notes et références

  1. 1 2 Louis Rougier, Celse, ou le conflit de la civilisation antique et du christianisme primitif, Éditions du Siècle, 1925, p. 47.
  2. ↑ Pierre Thomas Camelot, « Celse », sur universalis.fr (consulté le )
  3. ↑ Louis Rougier, Celse, ou le conflit de la civilisation antique et du christianisme primitif, Éditions du Siècle, 1925, p. 47-48.
  4. ↑ Louis Rougier, Celse, ou le conflit de la civilisation antique et du christianisme primitif, Éditions du Siècle, 1925, p. 52.
  5. ↑ Michel Fédou, Christianisme et religions païennes dans le Contre Celse d'Origène, Beauchesne, 1988, p. 39. C'est également l'opinion de C. Moreschini, Apuleio e il Platonismo, Florence, 1978, pour qui Celse appartient, avec Numénius et Atticus, au médio-platonisme.
  6. ↑ La chute de l'Empire romain et la conversion des barbares au christianisme ne contredisent pas cette vision.
  7. ↑ Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Paris, Flammarion, (ISBN 978-2-08-122882-5), p. 324

Bibliographie

Édition du texte

Traductions

Études contemporaines

Études anciennes

Articles connexes

Liens externes