Cian Dayrit, né en 1989, est un artiste multimédia philippin.
Cian Dayrit naît en 1989 à Manille, aux Philippines. Il obtient en 2011 un Bachelor of Fine Arts en peinture au College of Fine Arts de l'Université des Philippines Diliman.
La pratique interdisciplinaire de Dayrit explore notamment le colonialisme, l'ethnographie, l'archéologie, l'histoire et la mythologie. Son travail est présenté dans plusieurs institutions, notamment au musée métropolitain de Manille et au musée Jorge B. Vargas (en).
La première exposition personnelle de Dayrit, intitulée The Bla-Bla Archaeological Complex, est inaugurée au musée Jorge B. Vargas (en) en . L'exposition examine le rôle des stratégies de présentation et de représentation, notamment les structures archéologiques et architecturales, dans la construction de la perception de l'histoire, de l'identité, du patrimoine et de la nation. Dayrit y présente des artefacts destinés à constituer le récit d'une culture fictive, en reprenant les codes de présentation des musées et le vocabulaire de l'archéologie.
Ses deuxième et troisième expositions personnelles, Polycephalous et Spectacles of the Third World, poursuivent son interrogation des « origines et histoires » et de leur représentation dans différents dispositifs visuels, de la carte au cabinet de curiosités et au musée.
En 2018, Dayrit participe à la 4e Triennale du New Museum à New York, intitulée Songs for Sabotage. L'exposition réunit vingt-six artistes, collectifs et groupes artistiques issus de dix-neuf pays et s'intéresse aux rapports entre culture, images et structures sociales et politiques.
Dayrit participe également à la 11e Biennale de Berlin en 2020. Il y présente notamment Anatomy of Aggression I et II ainsi que Tropical Terror Tapestry, des œuvres qui s'inscrivent dans sa pratique de la contre-cartographie et interrogent l'histoire de la militarisation des Philippines.
Son œuvre est également décrite dans l'Encyclopédie de l'art philippin, publiée par le Centre culturel des Philippines.
Réalisée par Cian Dayrit en 2022, Blueprint of Dam as Sadistic Monument (litt. « Blueprint (plan) d'un barrage en tant que monument sadique ») est une œuvre textile de 300 × 180 cm, composée d'objets, de broderies et d'impressions numériques sur tissu. L'œuvre est commandée pour la Biennale de Sydney de 2022, intitulée rīvus.
L'œuvre prend la forme d'une grande composition textile qui associe des éléments cartographiques, des inscriptions, des motifs et des images. Dayrit utilise la contre-cartographie pour représenter les effets de grands projets d'aménagement sur les cours d'eau, les écosystèmes et les populations locales aux Philippines. La carte devient ainsi un moyen de remettre en question les représentations territoriales officielles et de rendre visibles des communautés et des espaces menacés par des projets de développement.
Blueprint of Dam as Sadistic Monument porte notamment sur plusieurs projets de barrages situés dans différentes régions des Philippines. L'œuvre représente notamment des projets de barrages prévus à Apayao et dans la vallée de l'Alimit (ceb), dans la région de la Cordillère, ainsi que d'autres projets aux Philippines, comme le barrage de Balog-Balog sur la rivière Tarlac (en), le système de barrages Kaliwa-Kanan-Laiban (en) dans la municipalité de Tanay (province de Rizal), et dans la province de Quezon, le barrage de Jalaur (en) sur l'île de Panay et le barrage de la Pulangi à Mindanao. Ces différents projets sont associés à des cours d'eau dont les écosystèmes et les communautés dépendent et dont l'équilibre peut être affecté par les grands ouvrages hydrauliques.
Le travail de Cian Dayrit s'inscrit dans une pratique artistique qui s'intéresse notamment aux rapports entre pouvoir, territoire et identité. Il utilise fréquemment les cartes, les monuments, les archives et les objets institutionnels pour interroger les récits produits par les institutions et les héritages du colonialisme aux Philippines.
Pour réaliser l'œuvre, Dayrit s'appuie sur des recherches et des pratiques de contre-cartographie menées avec différentes communautés aux Philippines. Cette méthode vise à produire des représentations du territoire à partir de l'expérience des populations concernées plutôt qu'à partir des seules représentations administratives ou institutionnelles.
Dans un entretien consacré à l'œuvre, Dayrit décrit le grand barrage comme un « monument » imposant associé à la destruction. Il souligne les conséquences environnementales et sociales de ces infrastructures, notamment la perturbation des cours d'eau, les déplacements de populations et les tensions entre développement économique, droits des populations autochtones et protection des écosystèmes.
Le titre de l'œuvre forme un jeu de mots avec l'acronyme anglais BDSM, généralement associé à un ensemble de pratiques sexuelles. Dayrit détourne volontairement cette expression pour établir un parallèle entre le pouvoir exercé sur les corps et celui exercé sur les territoires et les cours d'eau. Il présente les barrages comme des constructions qui cherchent à maîtriser le mouvement naturel de l'eau et qui peuvent entrer en contradiction avec les équilibres écologiques, les pratiques culturelles et les intérêts des populations locales.
Blueprint of Dam as Sadistic Monument est présentée pour la première fois en 2022 dans le cadre de la 23e Biennale de Sydney, intitulée rīvus,. Elle est ensuite exposée notamment au Grand-Hornu, dans le cadre de l'exposition Memo. Souvenirs du futur, consacrée aux relations entre mémoire, environnement et transformations du monde contemporain.
L'œuvre appartient à la collection Art Jameel, à Dubaï.