Collaboration contradictoire

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En science, la collaboration contradictoire est une modalité de collaboration où des points de vue opposés travaillent ensemble pour faire progresser conjointement les connaissances sur le sujet controversé. Cela peut prendre la forme d'une expérience scientifique menée par deux groupes d'expérimentateurs aux hypothèses concurrentes, dans le but de concevoir et de mettre en œuvre un protocole expérimental qui garantisse aux deux groupes l'absence de biais ou de faiblesses manifestes. La collaboration contradictoire peut impliquer un modérateur neutre et aboutir à une expérience co-conçue et à la publication conjointe des résultats afin de résoudre les divergences. De par son accent mis sur la transparence tout au long du processus de recherche, la collaboration contradictoire est considérée comme s'inscrivant dans le cadre de la science ouverte.

Historique

L'un des premiers exemples modernes de collaboration contradictoire est une collaboration menée en entre Erez et Latham, avec Edwin Locke comme tiers neutre. Cette collaboration est née d'un désaccord entre Erez et Latham, dans le domaine de la recherche sur la fixation d'objectifs, concernant l'effet de la participation sur l'engagement et la performance. Latham et Erez ont conçu quatre expériences expliquant les divergences entre leurs résultats respectifs, sans toutefois employer le terme de collaboration contradictoire. Indépendamment d'Erez, Locke et Latham, dont il ignorait les travaux, Daniel Kahneman a développé un protocole similaire une dizaine d'années plus tard et pourrait avoir été le premier à utiliser ce terme. Plus récemment, Clark et Tetlock ont proposé la collaboration contradictoire comme un moyen d'améliorer l'autocorrection scientifique grâce à l'exploration d'hypothèses concurrentes, permettant ainsi de déceler les affirmations erronées. Leurs travaux ont conduit l'École des arts et des sciences de l'Université de Pennsylvanie à créer le projet de collaboration contradictoire qui vise à encourager l'utilisation de la collaboration contradictoire comme approche de recherche pour aborder diverses questions de recherche.

La collaboration contradictoire a été recommandée par Daniel Kahneman et d'autres comme moyen de réduire l'impact perturbateur des biais cognitivo-motivationnels sur le raisonnement humain et de résoudre les questions controversées dans les sciences marginales. Elle a également été proposée comme solution potentielle pour améliorer les commentaires académiques.

Philip Tetlock et Gregory Mitchell en ont parlé dans plusieurs articles. Ils affirment :

« La collaboration contradictoire est la plus faisable lorsqu'elle est le moins nécessaire : lorsque les camps opposés ont élaboré des théories testables, adhèrent à des canons communs pour éprouver ces théories, et que les désaccords sont vigoureux mais respectueux. À l'inverse, la collaboration contradictoire est la moins faisable précisément lorsqu'elle est la plus nécessaire : lorsque la communauté scientifique ne dispose pas de critères clairs de falsification des points de vue, qu'elle est en désaccord sur des questions méthodologiques clés, qu'elle s'appuie sur des méthodes de substitution de second ou de troisième rang pour tester la causalité, et qu'elle est fragmentée en camps opposés qui se livrent à des postures ad hominem et entretiennent des liens étroits avec des acteurs politiques pour qui toute concession est perçue comme une faiblesse. »

Notes et références

  1. 1 2 3 Penn Arts and Sciences, « Adversarial Collaboration Project » [archive du ], sur Adversarial Collaboration Project (consulté le )
  2. 1 2 (en) Latham, Erez et Locke, « Resolving scientific disputes by the joint design of crucial experiments by the antagonists: Application to the Erez–Latham dispute regarding participation in goal setting. », Journal of Applied Psychology, vol. 73, no 4,‎ , p. 753–772 (ISSN 1939-1854, DOI 10.1037/0021-9010.73.4.753, lire en ligne Inscription nécessaire, consulté le )
  3. 1 2 3 Locke, Latham et Erez, « The Determinants of Goal Commitment », The Academy of Management Review, vol. 13, no 1,‎ , p. 23 (DOI 10.2307/258352, JSTOR 258352, lire en ligne Inscription nécessaire, consulté le )
  4. 1 2 (en) Tim Rakow, Adversarial Collaboration, Cham, Springer International Publishing, (ISBN 978-3-031-04968-2, DOI 10.1007/978-3-031-04968-2_16, lire en ligne Accès payant), p. 359–377
  5. ↑ (en) « In the pursuit of scientific truth, working with adversaries can pay off », sur Penn Today, (consulté le )
  6. ↑ « Research | Adversarial Collaboration Project », sur web.sas.upenn.edu (consulté le )
  7. ↑ Tetlock, Philip & Gregory Mitchell. 2009. « Implicit Bias and Accountability Systems: What Must Organizations Do to Prevent Discrimination? » Research in Organizational Behavior 29:3-38. Version antérieure :

Liens externes