L'expression «colloque singulier» désigne en médecine la principale modalité de la relation médecin-patient, qui sous-tend une large part de la pratique médicale et protège en particulier le secret médical.
Le colloque singulier est, dans son acception première, la relation bilatérale et protégée, en confiance, du médecin et de son patient. Selon une expression fréquemment prêtée à Louis Portes, il constitue «la rencontre d'une confiance et d'une conscience». Cette notion est essentielle dans la pratique hippocratique qui voit le médecin et le patient comme des alliés dans l'observation, le pronostic et éventuellement le traitement de la maladie perçue comme une crise dans la vie du patient.
Colloque singulier et évolution de la pratique médicale
En pratique, la fondation de la pratique médicale sur ce principe est souvent compliquée, du fait de plusieurs évolutions récentes de la pratique médicale:
d'une part la biologisation croissante de la médecine, surtout depuis le XIXesiècle, qui «objective» le corps du sujet et organise le diagnostic comme le soin autour d'actes scientifiques et souvent différés;
d'autre part, l'évolution de la pratique médicale vers une collégialité accrue, notamment en système hospitalier, qui conduit à tout le moins à l'instauration d'un colloque pluriel entre un patient et une équipe de soin;
l'émergence des droits des patients, et notamment en France, la loi Kouchner de qui permet en particulier au patient de désigner une personne de confiance pouvant l'appuyer, voire se substituer à son incapacité, pour la prise de certaines décisions le concernant;
enfin, le développement des technologies de l'information et de la communication appliquées à la santé, et notamment de l'appareillage à domicile, décentre la santé du système de soin au sens traditionnel et mobilise un nombre croissant de professionnels extérieurs au système de soins,. Apparait aussi un patient mieux informé sur sa maladie grâce aux moteurs de recherche et à l'internet, éventuellement influencé par les réseaux sociaux, voire devenu patient-expert
Acception du terme en Belgique
En Belgique l'expression «colloque singulier» revêt un autre sens. En effet, «traditionnellement», les entretiens entre le Roi et ses invités revêtent un caractère personnel. Ces rencontres étant interdites au public et à la presse, les échanges qui y ont lieu ne peuvent être divulgués.
Philippe Abecassis et Nathalie Coutinet, «Le colloque singulier sur ordonnance des firmes pharmaceutiques», Journal d'économie médicale, vol.27, no3, , p.146–164 (DOI10.3917/jgem.093.0146, lire en ligne).
Henri Bergeron, «Les transformations du colloque singulier médecin-patient: quelques perspectives sociologiques», dans Didier Tabuteau (dir.), Les droits des malades et des usagers du système de santé, une législature plus tard (actes du colloque, organisé par la chaire Santé de Sciences Po en partenariat avec le Collectif interassociatif sur la santé), Paris, Éd. de Santé et Presses de Sciences Po, coll.«Verbatim santé», , 124p. (ISBN978-2-86411-215-0, HALhal-03587154).
Marie Bonnet, «La difficulté du dire dans le colloque singulier en onco-pédiatrie», Journal des anthropologues, nos122-123, , p.375–402 (DOI10.4000/jda.5649, lire en ligne).
Sylvie Fainzang, «Les inégalités au sein du colloque singulier: l'accès à l'information», Les Tribunes de la santé, no43, , p.47–52 (DOI10.3917/seve.043.0047, lire en ligne).
Edwige Ortega (sous la dir. d'Eudes Menager), Vécu et pratiques des médecins généralistes concernant l'information médicale délivrée au patient lors du colloque singulier (thèse d'exercice, médecine, no2018PA121008), Paris, Université Paris-Est-Créteil-Val-de-Marne, , 63p. (SUDOC23299143X).
Christophe Pascal, «Du colloque singulier au colloque pluriel: le processus au service du mieux-faire ensemble», dans Charles Amourous (dir.), Que faire de l'hôpital?, Paris, L'Harmattan, coll.«La librairie des humanités», , 369p. (ISBN2-7475-5953-4 (édité erroné) et 2-7475-5553-4, HALhal-00873727), p.73–104.