| Naissance | |
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| Décès | |
| Sépulture |
Cimetière du Père-Lachaise (depuis le ) |
| Nom de naissance |
Constance-Marie de Théis |
| Surnoms |
Boileau des femmes, Muse de la Raison, Guignole reconnue |
| Pseudonymes |
Constance D. T. Pipelet, Constance de Salm-Dyck |
| Nationalité | |
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| Conjoints |
Jean Baptiste Pipelet de Leury (d) (à partir de ) Joseph de Salm-Reifferscheidt-Dyck (à partir de ) |
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Constance de Théis, née le à Nantes et morte le à Paris, est une poétesse et femme de lettres française. Elle change de nom pour Pipelet de Leury par son premier mariage et par son second mariage, princesse, puis comtesse (1803) puis à nouveau princesse de Salm-Dyck (1816).
Constance Marie de Théis naît le à Nantes, issue d'une famille originaire de Picardie du côté paternel et de Paris du côté maternel. Elle est baptisée dans la paroisse Saint-Similien.
Son père est Marie Alexandre de Théis (1738-1796), juge-maître des Eaux et Forêts de la ville et du comté de Nantes, procureur royal à Chauny de 1772 à 1774, puis gestionnaire de la faïencerie de Sinceny. Sa mère est Anne Marie Quillau, née à Paris, quartier de Saint-Germain-l'Auxerrois, le dans une famille de marchands drapier et mercier. Ses parents se sont mariés à Saint Germain l'Auxerrois le .
Elle a un frère aîné de deux ans, Alexandre de Théis dont le parrain est Étienne Joseph Quillau (né à Paris le ), grand-père maternel.
Constance de Théis grandit en Picardie. Elle reçoit une excellente éducation grâce à son père qui y joue un rôle primordial, circonstance qu'elle rappelle souvent.
Elle se fait connaître dès l'âge de dix-huit ans par des poèmes publiés dans l’Almanach des Muses, notamment une romance intitulée Bouton de rose, qui a un succès durable : une dizaine d'années plus tard Pradher met une musique sur les paroles que Jean Garat interpréte dans les salons du Directoire en l'honneur de Joséphine Bonaparte.
Surnommée par Marie-Joseph Chénier « la Muse de la Raison », Constance de Théis est aussi qualifiée de « Boileau des femmes ».
Constance de Théis épouse le , à Sinceny-Autreville, un chirurgien herniaire : Jean-Baptiste Pipelet de Leury, né en la paroisse Saint-Sulpice de Paris le . De leur union naît le Agathe Clémence Pipelet, habituellement appelée Clémence par sa mère. Jean-Baptiste Pipelet est le fils de François Pipelet (né le à Coucy, mort à à Coucy), également chirurgien herniaire, médecin de Louis XVI et du dauphin au Temple, et, pendant trente ans, maire de Coucy-le-Chateau-Auffrique ; et de Marie-Geneviève Suret.
François Pipelet est un ami de Jean-Joseph Sue, également chirurgien et père d'Eugène Sue de Leury.
En 1793, sous la Terreur, Constance Pipelet quitte la capitale pour le castel familial de l'Aventure à Autreville. Elle y demeure pendant environ un an, retraite qu'elle met à profit pour s'occuper de sa fille et écrire Sapho, sa première tragédie lyrique en vers, mise en musique par Martini. La première aura lieu le au théâtre des Amis de la Patrie. La pièce est jouée plus de cent fois, soutenue par la critique.
Dès 1795, Constance Pipelet commence à être connue des milieux artistiques et culturels de Paris. La qualité de l'éloge funèbre qu'elle prononce en l'honneur de son père incite Sedaine, puis le géographe Edme Mentelle, plus tard encore Gaviniès et d'autres, à lui demander de prononcer le leur. Son cousin Paul-Louis Courier lui écrit : « Cela donne envie d'être mort quand on est de vos amis ; je me recommande à vous pour mon éloge. »
Femme engagée, passionnée, reconnue pour son talent littéraire, Constance Pipelet connaît un succès qui porte ombrage à quelques hommes de lettres en place. En 1797, dans son Épître aux femmes, elle répond à un célèbre poète de l’époque, Ponce-Denis Écouchard-Lebrun, qui incite les femmes à rester dans l’ombre comme dans un de ses poèmes où il écrit : « Voulez-vous ressembler aux Muses, Inspirez, mais n’écrivez pas ». Sa riposte provoque l'enthousiasme du monde intellectuel : c'est le premier jalon d'une carrière littéraire plus notable. Elle y réclame, sur un mode logique et raisonné, une égalité harmonieuse entre hommes et femmes dans l'instruction et les tâches quotidiennes avec une pointe de féminisme moins revendicative que celle d’Olympe de Gouges. On trouve dans l'Épître : « Les temps sont arrivés, Femmes éveillez-vous... », « Différence n'est pas infériorité. »
Le a lieu la première de L'Hymne sur la Paix, paroles de la citoyenne Constance Pipelet, musique de Étienne Nicolas Méhul. Bonaparte se souvient de cette poétesse qui appelle les Français à le célébrer, lui qui rend la paix et le bonheur à la France : « Gloire au vainqueur de l’Italie ».
En 1799, elle divorce de Jean-Baptiste Pipelet. Cinq années après son premier succès dans le monde du théâtre, Constance Pipelet sort une nouvelle pièce. Mais son œuvre, Camille, ne plaît pas et n’est pas publiée.
Vers 1800, Stendhal l’évoque dans la Vie de Henri Brulard, après avoir été conduit par son cousin Pierre Daru à une séance d’une société de poésie que préside Constance Pipelet : « Il était sept heures et demie du soir et la salle était fort illuminée. La poésie me fit horreur. Quelle différence avec l’Arioste et Voltaire ! Cela était bourgeois et plat (Quelle bonne école j’avais déjà !), mais j’admirais avec envie la gorge de Mme Constance Pipelet qui lut une pièce de vers. Je le lui ai dit depuis ; elle était alors femme d’un pauvre diable de chirurgien herniaire et je lui ai parlé chez Mme la comtesse Beugnot quand elle était princesse de Salm-Dyck, je crois. Je conterai son mariage, précédé par deux mois de séjour chez le prince de Salm avec son amant, pour voir si le château ne lui déplairait point trop ; et le prince nullement trompé, mais sachant tout et s’y soumettant, et il avait raison. »
Le , « à cause des rapports de caractère et d'âme qui existent entre nous », Constance de Théis épouse en secondes noces Joseph de Salm-Reifferscheidt-Dyck, divorcé depuis le de Maria Theresa von Hartzfeld. L'origine de cette famille de princes allemands remonte au IXe siècle. Joseph de Salm est alors député du département de la Roër, chancelier de la Légion d'honneur, comte d'Empire (sera chevalier le ) — ce qui lui fait perdre son titre originel de prince qu'il recouvre en 1816 — chef de la Maison de Salm-Dyck, province de la rive gauche du Rhin. Outre ses fonctions politiques, il est un savant botaniste — il décrit dans sa vie 1 500 espèces de cactus — et écrit des ouvrages sur les plantes grasses.
Joseph et Constance de Salm partagent leur temps entre le domaine de Dyck, Aix-la-Chapelle et Paris où ils reçoivent beaucoup. En 1806 le prince de Salm achète le château de Ramersdorf, puis en un hôtel situé 97 rue du Bac à Paris, bâti en 1722 pour être loué (en 1726 à la maréchale de Gramont, en 1732 à Le Pelletier de La Houssaye, intendant des Finances, en 1738 à François-Mathieu Molé, marquis de Champlâtreux, président au Parlement), échu par héritage aux Ségur, placé sous séquestre en 1793, puis vendu plusieurs fois ; son état impose une importante restauration menée de 1809 à fin 1811 ; seuls le salon de compagnie et le salon de musique reçoivent deux plafonds peints — dits « arabesques » par le graveur Nicolas Ponce — qui sont demeurés intacts et dont on ne connaît pas d'autres exemples à Paris (classés en 1982) ; un projet de décor conçu pour une chambre à alcôve n'est pas exécuté. Le bronzier Thomire fournit la quincaillerie (boutons de portes et crémones des fenêtres) et les ornements des cheminées.
Le couple y tient un salon littéraire, académique et aristocratique dont l'influence est grande lors des élections à l'Institut et à l'Académie ; ils font décorer l'appartement du premier étage (antichambre, salon, bibliothèque) en style Empire (v. 1810) par l'architecte Antoine Laurent Vaudoyer et le peintre Jean-Jacques Lagrenée.
La comtesse y tient jusqu'en 1824 un salon littéraire très brillant. Elle est liée avec son cousin Paul-Louis Courier, qui lui a dédié en 1803 son premier ouvrage, un Éloge d'Hélène, traduit d'Isocrate. Elle reçoit également Alexandre Dumas, La Fayette, Talma, Jussieu, Alexander von Humboldt, des artistes comme Girodet, Grétry, Houdon, Augustin Pajou, Pierre-Narcisse Guérin, Carle Vernet, etc. Très mélangé, son salon est ouvert aux Idéologues comme aux libéraux de la Décade philosophique, le faubourg Saint-Germain y croise la noblesse d'Empire, et beaucoup de francs-maçons de la « loge des Neuf Sœurs » s'y retrouvent.
Constance de Salm poursuit son activité de femme de lettres : Épître à un jeune auteur sur l'indépendance et les devoirs de l'homme de lettres (1806), Épître sur les inconvénients du séjour à la campagne (1806), Mes amis, poème inspiré d'abord par Girodet (1807), Épître à un vieil auteur mécontent de se voir oublié (1809), Épître à l'Empereur Napoléon (), Discours sur les voyages (1811), Épître sur la rime (1812), Épître sur la philosophie à un misanthrope qui se croit philosophe (1814). Parmi ces travaux, l'épître à Napoléon, adressée en fait à Monsieur de Méneval, son secrétaire, est rédigée pour attirer l'attention de l'empereur sur l'injustice flagrante des articles traitant de l'adultère dans le code pénal que le Conseil d'État venait d'adopter : « Quelle main a tracé cet article barbare ? ». Elle ironise sur les conséquences fâcheuses d'un mari jaloux qui verrait des amants partout et réclame des droits et peines semblables pour homme et femme : « De quel droit un époux veut-il punir en nous ce qu'il excuse en lui ? ». Lors d'une rencontre aux Tuileries, Napoléon lui dit qu'il a lu ses vers, qu'elle a raison et que « c'était bien, c'était très bien [d'avoir réagi] ». Il exprime au Conseil d'État sa préférence pour le mutisme de la législation antérieure sur « cette question de canapé », mais, le texte étant déjà publié, rien n'est modifié.

Les principaux invités du salon de Constance ont été dessinés par Antoine Chazal, en vue de l'édition d'une gravure, Une soirée chez la princesse Constance de Salm en 1806, qui montre 39 personnages identifiés par un numéro et une légende :
Le , sa fille Clémence Pipelet épouse le colonel et baron d'Empire Louis Bernard Francq (né le à Auxonne - mort le à Paris). Le couple a trois enfants.
À la suite du traité de Paris, la Roër est restituée à l'Allemagne et le comte Joseph est fait prince de Salm. Le salon de la rue du Bac dispersé, proche de l'ex-empereur Constance de Salm n'est guère la bienvenue à la cour des Tuileries et restera de plus en plus à Ramersdorf. Elle publie en 1817 un Discours sur le bonheur, et en 1818 Les Femmes politiques où elle dénonce l'ostracisme dont sont victimes les femmes dans ce domaine. La même année, elle fait la connaissance aux eaux à Aix-la-Chapelle de la princesse Thérèse de Mecklembourg-Strelitz devenue princesse de Thurn und Taxis par son mariage, belle sœur du roi de Prusse. Leur amitié et correspondance tient une place importante dans le vie et l'œuvre de Constance de Salm.
Des bords du Rhin, elle développe un réseau important de correspondances, cherchant à se situer comme une philosophe, un maître à penser, diffusant ses écrits et avis, reprenant son activité militante de défense des droits fondamentaux des femmes, réclamant au nom de la raison et de la justice l'accès à toutes les fonctions publiques selon ses capacités personnelles et non selon son sexe ; elle reçoit en retour une foule d'informations et moult propositions de collaboration. Mais, libérée de tout souci pécuniaire, aimant sa propre liberté et surtout voulant demeurer seule maître d'œuvre, elle refuse toute intégration à une structure associative. Dans ses cahiers, Joséphine de Théis, fille de son frère Alexandre, écrit que sa tante était franche, douée d'un rare esprit et d'un vrai talent, mais la décrit comme « colère », tranchante, orgueilleuse de sa supériorité.
Au printemps 1820, elle publie chez Arthus Bertrand une Épître à un honnête homme qui veut devenir intrigant, exprimant son indignation envers les exactions des intrigants et parvenus titrés de la Restauration. Tout le monde concerné et tous les hommes politiques le lisent tandis que la presse opte pour le silence.
Le , sa fille Clémence, veuve avec 3 enfants, est assassinée dans le château de Ramersdorf par un soldat auquel elle a refusé mariage et argent. Des feuilles locales rapportant des faits atteignant à l'honneur de la défunte accroissent le désespoir de Constance de Salm. La princesse et amie Thérèse de Thurn und Taxis intervient directement auprès du roi de Prusse pour que la Gazette officielle de Berlin rétablisse (29/07/1820) la vérité sur cet assassinat. Constance de Salm cesse alors toute activité et s'engouffre dans une dépression réactionnelle de plusieurs années ; la princesse Thérèse s'avère un soutien moral primordial et indispensable.
Vers 1823, Constance de Salm refait des séjours à Paris, y retrouve des amis et reprend goût à la vie de salon. En 1824, elle dédie à Thérèse, son amie, Vingt-quatre heures d’une femme sensible. Commencé en 1803-1804, reprit en 1814-1815, terminé à Ramersdorf, ce qu'elle nomme « son petit roman » est une suite de 46 lettres écrites, sauf une, par une amante blessée et angoissée, exprimant et décrivant une palette de sensations. Le succès est important en France comme dans d'autres pays européens.
En 1824, elle donne au Moniteur des Stances sur le romantique et la vieille école où elle se situe comme un auteur classique et non dans le mouvement romantique. En 1828, parait chez Didot une Épître sur l'esprit et l'aveuglement du siècle louangée par les journaux. La même année, elle décide de reporter sine die Des Allemands comparés aux Français dans leurs mœurs, usages, vie intérieure et sociale que des journalistes allemands ont considéré comme dévalorisant pour les femmes allemandes. En 1829, Constance de Salm publie à Aix-la-Chapelle la première édition de 173 Pensées. Dans l'édition de 1835 chez Arthus Bertrand, il y en a 317. Même nombre chez Firmin Didot pour la 3e édition de 1838, mais on en trouve 324 dans le tome 4 des Œuvres complètes publiées en 1842 et 483, réparties en trois parties, dans l'édition posthume de 1846. Sous forme de pensées style La Bruyère, l'ouvrage a, dès sa première édition un grand succès et est rapidement réédité. Elle y traite avec conviction et authenticité de l'éducation négligée de la Femme, de l'attitude dominante des hommes et des problèmes majeurs de la société de l'époque. En 1832, Sédillot et Didot publie une Épître aux souverains absolus venant en écho aux désordres et menaces en Europe et rappelant les injustices faites aux Femmes. En 1833, Firmin Didot édite Mes 60 ans poème de 12 000 vers que Constance de Salm considère comme son œuvre-maîtresse. Elle y dépeint sa vie, son histoire littéraire, ses luttes et sa passion pour le respect de chacun. En 1837, Constance de Salm publie chez Didot des stances Je mourrai comme j'ai vécu où elle réaffirme ses valeurs de loyauté et ses combats contre l'injustice et pour l'égalité entre Homme et Femme.
Constance de Salm meurt le en son domicile du 3bis, rue Richer à Paris, que selon Lemaire (cf, bibliographie) elle aurait troqué en 1824 contre son grand hôtel de la rue du Bac. Elle est inhumée dans un monument en forme de sarcophage en première ligne du chemin Monvoisin au cimetière du Père-Lachaise, 26e division.
Son portrait est aujourd'hui à l'Art Institute of Chicago ; il existe également un portrait d'elle « en médaillon » par David d'Angers (photographié fin 1987 sur la cheminée de la bibliothèque de l'hôtel de la rue de Bac par Roland Beaufre - cf. bibliographie).

« Sie wuchs in der Picardie auf, wo ihr Vater, ein maître des eaux et forêts, ihr eine exzellente Erziehung angedeihen Ließ - ein Umstand, an den die Schriftstelerin in ihren Werken oft erinnern sollte. »