La suite des chiffres de son écriture est un mot infini qui est important en combinatoire des mots: il a la propriété que toute séquence finie de chiffres consécutifs apparaît une infinité de fois dans la suite, mais que la distance qui sépare deux occurrences d'une même séquence de chiffres n'est pas bornée.
Définition
En base , la constante de Champernowne peut se définir par la formule:
Normalité
On dit qu'un nombre réel est normal en base si toutes les séquences de chiffres possibles d'une longueur donnée apparaissent avec la même probabilité dans son écriture en base . Par exemple, est normal en base dix si, dans son développement décimal, chacune des chaînes [0],[1],[2], etc.,[9] apparaît avec une probabilité égale à 1/10, chacune des chaînes [0,0],[0,1], etc.,[9,8],[9,9] avec une probabilité égale à 1/100, et ainsi de suite.
Champernowne a démontré, que le nombre
est normal en base 10. Il est possible de créer des constantes de Champernowne qui sont normales dans les autres bases, de manière similaire, par exemple,
et ainsi de suite.
Ces constantes sont clairement irrationnelles, puisque le développement dans n'importe quelle base d'un rationnel est périodique à partir d'un certain rang. On peut aussi déduire cette irrationalité de la normalité en base de .
Transcendance
Kurt Mahler a démontré en 1937 le théorème suivant, dont on déduit que les constantes de Champernowne sont même transcendantes:
Soit P(k) un polynôme à valeurs entières non constant, tel que les entiers P(1), P(2), … soient strictement positifs. Si l'on écrit ces entiers en chiffres décimaux (ou en n'importe quelle base entière b) comme développement d'un nombre décimal (ou en base b), le nombre représenté est transcendant mais n'est pas un nombre de Liouville.
Dans le cas particulier où P(k) = k le nombre de l'énoncé est , qui donc est transcendant.
Nous obtenons d'autres nombres extrêmement grands comme parties de la fraction continue si nous continuons. Le prochain terme de la fraction continue est énorme, il possède 2 504 chiffres. Ceci peut poser des problèmes dans le calcul des termes de la fraction continue, et peut perturber les algorithmes faibles de calcul de fraction continue. Néanmoins, le fait qu'il existe de grands nombres comme parties du développement de la fraction continue veut dire que si nous prenons les termes au-dessus et au-dessous ces grands nombres, nous obtenons une bonne approximation excédentaire en comparaison du grand nombre que nous n'avons pas inclus. En appelant K le grand nombre ci-dessus en position 19 dans la fraction continue, alors, par exemple,
↑Christian Radoux, Les nombres transcendants, Société belge des professeurs de mathématiques, , p.11
↑Bertrand Hauchecorne, Les contre-exemples en mathématiques, Paris, Ellipses, , 2eéd. (1reéd. 1988), 365p. (ISBN978-2-7298-3418-0), chap.5 («Nombres réels»), p.84.
↑(en) Eric W. Weisstein, «Champernowne Constant», sur mathworld.wolfram.com (consulté le )
↑(en) D. G. Champernowne, «The construction of decimals normal in the scale of ten», J. London Math. Soc., vol.8, , p.254-260.
↑Pour une démonstration, voir par exemple (en) S. S. Pillai, «On normal numbers», Proc. Indian Acad. Sci. A, vol.10, , p.13-15 (lire en ligne) ou (en) Ivan Niven, Irrational Numbers, MAA, coll.«The Carus Mathematical Monographs» (no11), (lire en ligne), p.112-115.
↑Pour justifier ceci, supposons que le développement soit périodique à partir d'un certain rang avec une période de longueur p. Comme on peut trouver une plage de nombres 1 de longueur quelconque, par exemple de longueur 2p, la période ne contiendrait que des 1, ce qui est absurde.
↑(de) Kurt Mahler, «Arithmetische Eigenschaften einer Klasse von Dezimalbrüchen», Proc. Akad. Wet. Amsterdam, vol.40, , p.421-428 (zbMATH63.0156.01, lire en ligne).