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Grigorios Gabras (en) |
Constantin Gabras (grec : Κωνσταντίνος Γαβρᾶς) est un officier et un archonte byzantin qui exerce les fonctions de duc de Trébizonde durant le règne de Jean II Comnène. En 1119 il attaque sans succès les Turcs danichmendides tandis que l'empereur mène une offensive contre les Seldjoukides. Gabras, vaincu, est fait prisonnier par les émirs Ghazi et Toughroul de Mytilène. Seule une dispute opportune entre les deux chefs turcs empêche ces derniers de profiter de leur victoire.
Constantin appartient à la famille des Gabras, originaire du nord-est de l'Anatolie et particulièrement implantée dans la région de Trébizonde. À la fin du XIe siècle, Théodore Gabras reconquiert la ville sur les Turcs et gouverne la Chaldée avec une large autonomie jusqu'à sa mort, vers 1098. Les liens exacts entre Théodore et Constantin sont toutefois incertains : si Constantin a parfois été présenté comme son fils, cette filiation n'est pas assurée par les sources,.
Avant d'être envoyé dans le Pont, Constantin exerce les fonctions de stratège de Philadelphie, dans l'ouest de l'Asie Mineure. À une date inconnue, probablement dans les dernières années du règne d'Alexis Ier Comnène, il devient doux de Chaldée. Il est en tout cas attesté à la tête de la province en 1119.
En 1119, alors que Jean II Comnène mène une campagne en Asie Mineure occidentale contre les Seldjoukides, Constantin entreprend de son côté une offensive contre les Danichmendides. L'opération tourne au désastre. Ses forces sont battues et Constantin est capturé avec plusieurs de ses hommes.
Sa captivité intervient dans un contexte de rivalités entre les différents pouvoirs turcs d'Anatolie. L'émir danichmendide Gümüştekin Gazi et un autre prince turc, Toghrul, entrent en conflit au sujet du sort des prisonniers et de l'exploitation de leur victoire. Cette division empêche les vainqueurs de tirer pleinement parti de la défaite byzantine et permet finalement à Constantin de retrouver la liberté.
L'épisode témoigne de l'importante marge d'initiative dont dispose déjà le gouverneur de Chaldée. Éloignée de Constantinople et séparée du cœur de l'Empire par les reliefs du Pont, la province est difficile à contrôler directement. La famille Gabras y possède en outre une implantation ancienne, renforcée par le gouvernement quasi autonome exercé auparavant par Théodore Gabras.
À partir de 1126, Constantin cesse apparemment de reconnaître effectivement l'autorité de Jean II et gouverne Trébizonde et la Chaldée comme un territoire autonome. Nicétas Choniatès affirme ainsi qu'il tient Trébizonde « comme un tyran », le terme de tyrannos désignant dans le vocabulaire politique byzantin un détenteur du pouvoir considéré comme illégitime ou rebelle à l'autorité impériale.
La rupture n'implique toutefois pas nécessairement la constitution d'un État entièrement séparé de l'Empire. Constantin ne prend pas le titre impérial et rien n'indique qu'il ait cherché à contester directement le trône de Jean II. Son pouvoir repose plutôt sur l'autonomie traditionnelle de la Chaldée, sur son contrôle des forces locales et sur l'éloignement géographique de Constantinople.
Des monnaies de bronze frappées à Trébizonde au cours de cette période ont parfois été associées au gouvernement des Gabras. L'existence d'un atelier monétaire local témoigne de l'autonomie économique de la région, même si l'attribution précise de certaines émissions à Constantin reste discutée.
L'autonomie de Constantin prend une dimension politique plus nette lors de la révolte d'Isaac Comnène, frère cadet de Jean II. En conflit avec l'empereur, Isaac quitte Constantinople en 1130 et cherche à constituer une coalition susceptible de renverser son frère.
Après avoir séjourné auprès des Danichmendides à Mélitène, Isaac rejoint Trébizonde au cours de l'hiver 1130-1131. Selon Michel le Syrien, une alliance se constitue alors entre Isaac, Constantin Gabras, l'émir danichmendide Gümüştekin et le sultan seldjoukide Masûd Ier.
Cette coalition rassemble ainsi plusieurs adversaires de Jean II, malgré leurs intérêts divergents. Pour Constantin, elle offre la possibilité de consolider l'autonomie de la Chaldée face au pouvoir central. Isaac poursuit ensuite son voyage vers la Cilicie arménienne, où il tente d'obtenir l'appui du prince Léon Ier.
L'alliance ne débouche cependant sur aucune offensive décisive contre Jean II. Isaac finit par se réconcilier avec son frère en 1138, privant Constantin d'un allié important au sein de la dynastie impériale.
À la fin des années 1130, Jean II peut concentrer davantage ses forces sur le nord-est de l'Asie Mineure. Après ses campagnes en Cilicie et en Syrie, l'empereur se tourne de nouveau contre les Danichmendides, dont l'expansion menace les territoires byzantins du Pont.
En 1139-1140, il conduit une importante armée vers l'est. Nicétas Choniatès précise que l'expédition poursuit un double objectif : combattre les Turcs qui ont pénétré dans le thème des Arméniaques et s'emparer de Constantin Gabras, qui gouverne Trébizonde en « tyran » depuis plusieurs années.
Jean progresse à travers la Paphlagonie en longeant la côte de la mer Noire. La campagne contre les Danichmendides se révèle difficile et l'armée impériale souffre notamment du climat et du manque de ravitaillement. Néanmoins, la présence d'une importante armée impériale dans la région suffit à modifier le rapport de forces en Chaldée.
En 1140, Constantin abandonne son autonomie et reconnaît de nouveau l'autorité de Jean II. Trébizonde et la Chaldée réintègrent ainsi pleinement l'administration impériale. Les circonstances précises de cette soumission sont mal connues : les sources ne mentionnent ni bataille contre Constantin ni siège de Trébizonde. Il semble donc que la démonstration de force impériale ait suffi à provoquer son ralliement.
La disparition du pouvoir autonome de Constantin met fin à la dernière sécession connue de la Chaldée avant la fondation de l'empire de Trébizonde par Alexis et David Comnène en 1204.
Le destin de Constantin après 1140 demeure incertain. Il ne semble pas avoir été sévèrement puni après sa soumission, ce qui pourrait témoigner de la politique de conciliation menée par Jean II envers certains adversaires ralliés.
Un autre Constantin Gabras apparaît dans les sources sous le règne de Manuel Ier Comnène. En 1162, il participe à une ambassade auprès du sultan seldjoukide Kılıç Arslan II. Anthony Bryer envisage qu'il puisse être un fils du gouverneur de Trébizonde, mais cette filiation demeure hypothétique. L'identification des différents membres de la famille est rendue difficile par la fréquence de certains prénoms et par le caractère fragmentaire de la documentation.
Le gouvernement de Constantin constitue néanmoins un épisode important de l'histoire politique du Pont byzantin. Après Théodore Gabras à la fin du XIe siècle, son autonomie montre la difficulté persistante du gouvernement impérial à contrôler directement cette région périphérique. Elle préfigure, sans qu'il existe nécessairement de continuité institutionnelle directe, l'établissement d'un pouvoir indépendant à Trébizonde après la quatrième croisade en 1204.