De thematibus

Le De thematibus (en grec médiéval : Περὶ θεμάτων, « Des thèmes ») est un traité géographique et administratif byzantin traditionnellement attribué à l'empereur Constantin VII Porphyrogénète (913-959). Rédigé au Xe siècle dans le cadre du vaste programme encyclopédique patronné par l'empereur, il présente les différents thèmes (provinces) de l'Empire byzantin, leur origine, leur évolution historique et l'étymologie de leur nom. Constituant l'une des principales sources sur l'organisation territoriale byzantine, l'ouvrage est toutefois davantage un traité de géographie historique qu'une description fidèle de l'administration byzantine.

Histoire

Le De thematibus appartient au vaste ensemble d'ouvrages élaborés sous le règne de Constantin VII, qui comprend notamment le De administrando imperio, le De ceremoniis ou encore les Excerpta Constantiniana. Comme ces œuvres, il s'inscrit dans le renouveau intellectuel de la cour macédonienne, caractérisé par la collecte, la compilation et la réorganisation des savoirs antiques et byzantins.

L'ouvrage est mentionné dans plusieurs manuscrits médiévaux qui l'attribuent explicitement à Constantin VII. Dès l'époque moderne, cette attribution est généralement admise, bien que les chercheurs considèrent aujourd'hui que le texte est le produit d'un travail collectif réalisé sous la direction de l'empereur plutôt qu'une œuvre rédigée de sa seule main.

Longtemps considéré comme un simple manuel administratif, le traité fait depuis la fin du XXe siècle l'objet d'une réévaluation. Les travaux de John Haldon, Paul Magdalino ou Béatrice Beaud montrent qu'il participe pleinement au projet encyclopédique de Constantin VII, destiné à préserver et ordonner la mémoire historique et administrative de l'Empire.

Chronologie

La date de rédaction demeure discutée. L'édition d'Agostino Pertusi considérait que le premier livre avait probablement été compilé dans les années 930 avant d'être légèrement remanié sans véritable actualisation, tandis que le second livre aurait connu une histoire rédactionnelle plus complexe. John Haldon reprend globalement cette analyse. L'absence du thème de Léontokomè, créé après 932, fournit un terminus post quem pour une partie du texte, tandis que certaines mises à jour ponctuelles — comme la mention de la translation des reliques de Grégoire de Nazianze en 946 — montrent que le traité a continué d'être retouché sans être entièrement révisé.

En 1973, Thomas C. Lounghis propose une datation plus précise, autour de 952. Selon lui, plusieurs passages consacrés à la Sicile, à l'Italie et à Rome reflètent la politique occidentale conduite par Constantin VII après la chute des Lécapènes en 944. Il rapproche notamment la description de la Sicile d'une expédition byzantine menée vers 951-952 et considère que le traité constitue le reflet intellectuel de cette nouvelle orientation diplomatique. Cette interprétation demeure discutée. Haldon estime que le De thematibus repose principalement sur des sources anciennes et ne reflète que de manière limitée les réalités politiques contemporaines. Le De thematibus est essentiellement une œuvre de compilation, qui s'appuie sur de nombreuses sources anciennes, comme Procope de Césarée, Jean le Lydien, Georges de Chypre, voire Strabon ou Ptolémée.

Structure

Le traité est divisé en deux livres. Le premier est consacré aux thèmes orientaux de l'Empire.Le second traite des thèmes occidentaux, notamment ceux des Balkans et de l'Italie. Chaque chapitre suit généralement la même organisation :

Contrairement au De administrando imperio, les développements narratifs demeurent relativement limités.

Interprétation et postérité

Pendant longtemps, le De thematibus fut considéré comme une source relativement médiocre en raison de ses nombreuses erreurs géographiques. Les recherches récentes conduisent à une appréciation différente. Pour John Haldon, ces imperfections proviennent du recours volontaire à des sources anciennes plutôt que d'une méconnaissance de la réalité contemporaine. Le traité relève donc davantage de la géographie historique que de l'administration pratique.

Plusieurs chercheurs ont également souligné sa dimension idéologique. Le traité présente une véritable représentation intellectuelle de l'Empire, dans laquelle les provinces byzantines sont replacées dans la continuité de l'Empire romain. Cette lecture permet notamment d'expliquer pourquoi certains territoires perdus, comme la Sicile, continuent d'être décrits comme appartenant au monde impérial. Selon Paul Magdalino et Béatrice Beaud, le De thematibus participe ainsi à la construction d'une mémoire territoriale de l'Empire, complémentaire des autres compilations réalisées sous Constantin VII.

Notes et références

Bibliographie