

La diabolisation, ou la déshumanisation, est un procédé visant à associer un groupe ou un adversaire en agresseur menaçant et maléfique avec des objectifs destructeurs.
La diabolisation est la technique de propagande la plus ancienne visant à inspirer la haine, nécessaire pour le blesser plus facilement, pour préserver et mobiliser les alliés, et démoraliser l'ennemi.
Il peut s’agir également d’un conflit entre un groupe considéré comme « dominant », garant d’un conformisme, et un groupe « déviant » à ce conformisme. La diabolisation peut être indistinctement le fait de l’une ou des deux parties. À la longue ces parties tendent à accentuer cette polarisation et à se définir par leur opposition : « nous sommes tout le contraire de ce qu’ils sont, c’est-à-dire que nous représentons le bien car eux représentent le mal ». La diabolisation peut être intentionnelle ou résulter de processus sociaux comme les effets de groupe. Quand la diabolisation est organisée volontairement, dans un but de désinformation, on parle de campagne de diabolisation.
La diabolisation de l'ennemi a été régulièrement menée tout au long de l'histoire. Thucydide a enregistré des exemples de diabolisation ennemie dans la Grèce antique.
En 1486, les inquisiteurs Jacques Sprenger et Henri Institoris font paraître à Strasbourg le Malleus maleficarum (le Marteau des sorcières). C’est un véritable changement de perspective de l’Église : alors que jusque-là les sorcières étaient pourchassées pour hérésie et que l’Église voyait leurs pratiques comme de simples superstitions sans fondements, elles seront maintenant considérées comme des possédées et une incarnation du démon. Cela a lieu deux ans après la bulle Summis desiderantes affectibus du pape Innocent VIII appelant à intensifier la lutte contre la « sorcellerie ». On peut y voir une volonté de légitimation de la chasse aux sorcières. Quoi qu’il en soit, le mot « diabolisation » évoque « l’invocation d’un rapport avec le diable ».
La diabolisation peut être beaucoup plus facile à mener si l'ennemi est personnalisé en un seul homme, comme l'a été Guillaume II par les médias populaires russes pendant la Première Guerre mondiale.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, des documentaires de propagande diabolisant l'ennemi ont été préparés par le département d'État américain et d'autres institutions étatiques des États-Unis et distribués, après avoir été approuvés.
Jules Boykoff a défini quatre critères de diabolisation de l'ennemi :
La stratégie de diabolisation de l'ennemi conduit inévitablement à un cercle vicieux d'atrocités, qui a été élaboré par de nombreux auteurs, dont Carl von Clausewitz. La diabolisation de l'ennemi rend la solution diplomatique impossible et conduit inévitablement à la guerre ou à la détérioration des relations. Le fait de dépeindre l'ennemi comme particulièrement pervers inspire des sentiments qui facilitent les tueries.
La représentation de son ennemi comme démoniaque a souvent conduit à traiter l'ensemble de la population ou de l'appareil politique associé au groupe ou au chef ennemi comme tout aussi démoniaque. Cela se traduit aussi souvent par une tendance à réduire les motivations plus complexes d'un ennemi à une simple promotion du mal pur.
Mao Zedong a estimé que la diabolisation de soi par l'ennemi était une bonne chose. Il a déclaré : « C'est encore mieux si l'ennemi nous attaque sauvagement et nous dépeint comme complètement noir et sans une seule vertu ; cela démontre que nous avons non seulement tracé une ligne de démarcation claire entre l'ennemi et nous-mêmes, mais que nous avons accompli beaucoup de choses lors de notre travail. »
Les personnes utilisant le terme diabolisation déclarent souvent s’en estimer victimes ou défendre des personnes qui ont été tellement discréditées par ces pratiques qu’elles ne peuvent plus le faire elle-même. Pourtant, se prétendre diabolisé peut être également un moyen de faire passer des accusations légitimes pour une tentative de déstabilisation issue de cette hypothétique diabolisation. Encore une fois la forte polarisation du couple « diabolisant » / « diabolisé » tend à biaiser les discours des deux parties, ce que certains utilisent à leur avantage.
C’est ainsi que l’on voit souvent deux groupes ayant des projets de société distincts, bien que non nécessairement très différents, se diaboliser mutuellement ou se renvoyer des accusations de diabolisation.
« ...the demonization or dehumanization of the enemy... »
« State propaganda models are tactical strategies that employ enemy demonization techniques. The state promotes the idea that the threat (that is, tangible or intangible) is an evil aggressor whose sole goal is the destruction of the status quo. »
« The oldest trick of the propagandist is to demonize and dehumanize the hated other or others and make the enemy a ... »
« It is a banal fact that political leaders of nations fighting wars habitually demonize the enemy.... Hellenic speakers who strive to demonize and conceptually alienate other Hellenes.... »
« They included scenes of enemy demonization and flag-waving patriotism, much in the vein of documentaries being prepared within the State Department and other bodies. »
« When official doctrine and guidance demonize the enemy and play on soldiers' fears, atrocities become inevitable'. ... As Carl von Clausewitz noted in On War, when either side in a conflict adopts such a strategy, demonization inevitably followed by atrocities... and thus the vicious cycle of savage war endlessly repeats until one side ultimately prevails. »
« Demonisation... In other words, portraying the enemy as malicious and repulsive creates feelings that makes killings easier. »
« The tendency to portray one's enemy as so evil as to be demonic has several bad effects. One is that of treating the whole enemy population - or, less drastically, the whole of the enemy civil and political apparatus - as tainted with the same satanic brush as the leadership itself. »