Diffusion de surface

Figure 1. Modèle de diffusion d'un adatome sur un réseau de surface carré. La fréquence de vibration de l'adatome est plus grande que la fréquence des sauts aux sites voisins. Ainsi, le modèle montre deux types de sauts : les sauts aux sites voisins les plus proches, et aux prochains voisins les plus proches (en diagonale)

En science des matériaux, la diffusion de surface ou diffusion superficielle est un phénomène impliquant le déplacement d'adatomes, de molécules, et d'agrégats atomiques sur la surface de matériaux solides. Les mécanismes par lesquels cette diffusion s'effectue ont une certaine importance, car ils conditionnent le développement de matériaux ayant des propriétés intéressantes.

Le processus peut être considéré comme des particules sautant d'un site d'adsorption d'une surface à une autre, comme schématisé sur la figure 1. Comme pour la plupart des mécanismes de diffusion de la matière, ce mouvement est caractéristique d'un processus thermique dont la fréquence augmente avec la température. Il a été mis en évidence que de nombreux systèmes présentent un comportement de diffusion, qui dérive d'un modèle conventionnel de sauts aux voisins proches. La diffusion à effet tunnel est un exemple particulièrement intéressant de mécanisme non conventionnel, dans lequel il a été montré que de l'hydrogène peut diffuser sur une surface métallique via l'effet tunnel.

Plusieurs techniques d'analyse peuvent être utilisées pour étudier les mécanismes de diffusion superficielle, les plus importantes sont la microscopie ionique, la microscopie à effet tunnel. Ce phénomène peut se rencontrer sur de nombreux matériaux, la plupart des expériences sont faites sur des surfaces cristallines. En raison des contraintes expérimentales, la majorité des études de diffusion de surface sont limitées par la température de fusion du substrat, et les simulations à hautes températures montrent des résultats de processus d'échange multiple, mais qui n'ont pas pu être vérifiés à ce jour.

Les mécanismes et les coefficients de diffusion superficielle sont affectés par plusieurs facteurs, comme la force de la liaison chimique surface-adparticule, l'orientation du cristal sur le réseau de surface, les forces attractives et répulsives existantes, et les gradients de potentiel chimique. Les transitions de phases, la croissance par épitaxie, la catalyse hétérogène sont des notions importantes de la science des surfaces. Les phénomènes de diffusion des surfaces sont primordiaux pour l'industrie chimique et des semi-conducteurs. De nombreuses applications sont fondées sur la compréhension de ces phénomènes, on peut notamment citer les pots catalytiques, les circuits intégrés, ou encore l'halogénure d'argent dans les pellicules photographiques.

Aspects cinétiques

Figure 2. Diagramme d'énergie de diffusion en une dimension. x est le déplacement ; E(x) est l'énergie ; Q est la chaleur d'adsorption ; a est l'espace entre deux sites d'adsorption adjacent ; Ediff est la barrière de diffusion.

Les aspects cinétiques de la diffusion superficielle peuvent être considérés par des adatomes résidant dans les sites d'adsorption, sur un réseau à deux dimensions, et se déplaçant vers les sites adjacents (les plus proches voisins) par des processus de saut,.La fréquence de saut est caractérisée par une fréquence d'essai et un facteur thermodynamique, lequel détermine la probabilité qu'un essai se concrétise en processus de saut. La fréquence d'essai est prise égale à la celle de vibration moléculaire de l'adatome, tandis que le facteur thermodynamique est le facteur de Boltzmann dépendant de la température et de l'énergie potentielle de la barrière de diffusion Ediff.

Le fréquence de saut est alors donnée par :

où

Ediff doit être plus petit que l'énergie de désorption afin que la diffusion se produise au lieu du processus de désorption. L'équation 1 montre clairement l'influence de la température sur la fréquence de saut. La manière selon laquelle la diffusion a lieu dépend de la relation entre Ediff et kBT. Lorsque Ediff est plus petit que kBT, le facteur thermodynamique est proche de l'unité, et Ediff n'est alors plus une barrière significative à franchir. Ce case est nommé diffusion mobile, est peu commun et a été observé dans seulement quelques systèmes.

Dans la suite de l'article, on considère Ediff ≫ kBT, et donc . Dans le cas d'une diffusion de Fick, il est possible d'extraire à la fois et Ediff d'un diagramme de Arrhenius, c'est-à-dire un diagramme représentant le logarithme du coefficient de diffusion D en fonction de 1/T.

Pour les cas, où il y a plus d'un mécanisme de diffusion qui intervient, il peut y avoir plusieurs Ediff et la distribution entre les différents processus peut changer avec la température.

Les statistiques de marche au hasard décrivent le déplacement quadratique moyen lors de la diffusion à l'aide du nombre de sauts N et de la distance a. Le nombre de sauts réussis est simplement multiplié par le temps autorisé par diffusion, t. Dans la plupart des modèles de base, seulement les sauts adjacents sont considérés et a correspond à la distance entre deux sites d'adsorption. Le déplacement quadratique moyen est défini par :

Le coefficient de diffusion est donné par :

où z = 2 pour une diffusion à une dimension, comme par exemple pour une diffusion in-channel ; z = 4 pour un réseau carré ; z = 6 pour un réseau hexagonal.

Régime

Figure 3. Modèle de six adatomes diffusant sur un réseau carré de surface. Chaque adatome empêche les autres de se déplacer aux sites adjacents. Comme pour la loi de Fick, le flux est dans la direction opposé du gradient de concentration

Les adatomes peuvent diffuser de quatre manières différentes. La diffusion de traceur et la diffusion chimique se différencient dans le niveau de couverture de l'adsorbat par rapport à la surface, tandis que la diffusion intrinsèque et la diffusion de transfert de masse différent par la nature de l'environnement de la diffusion.

La diffusion de traceur et la diffusion intrinsèque référent toutes deux aux systèmes où les adparticules ont un environnement relativement homogène, alors que la diffusion chimique et la diffusion de transfert de masse sont plus fortement affectées par leurs environnements.

Anisotropie

Les mécanismes et les coefficients de diffusion sont dépendants de l'anisotropie d'orientation suivant les différentes surfaces d'orientations, pour le matériau donné. Pour un solide cristallin, chaque plan de surface peut donner un phénomène de diffusion différent. Les surfaces d'empilement compact, telles que celle du cubique à faces centrées cfc (111) ont tendance à montrer des vitesses de diffusion plus grandes qu'une surface du même matériau telle que celle du cfc (100),.

L'anisotropie de direction fait référence aux différences dans les vitesses ou les mécanismes de diffusion, mais en considérant cette fois une direction particulière d'un plan cristallographique donné. Ces différences peuvent être la conséquence d'anisotropie du réseau de surface, ou bien de la présence de marche sur la surface. L'un des plus surprenants exemples est l'anisotropie de direction lors des diffusions d'adatomes sur des surfaces telle que cfc (110), où la diffusion le long du canal est bien plus rapide que celle à travers le canal.

Mécanisme

Figure 4. Modèle d'un mécanisme d'échange atomique entre un adatome (rose) et un atome de surface (gris) sur un réseau de surface carré (bleu). L'atome de surface devient un adatome et inversement
Figure 5. Modèle d'un mécanisme de diffusion de lacune. Quand la couverture de surface est presque complète, ce mécanisme domine

Diffusion d'adatomes

La diffusion d'adatomes peut s'effectuer par différents mécanismes. La manière selon laquelle il diffuse est importante, car elle conditionne la cinétique du mouvement, la dépendance en température, la mobilité des espèces à la surface et quantité d'autres paramètres. Les mécanismes suivants comptent parmi les plus significatifs :

Figure 6. Mécanisme de saut de diffusion de surface. Diagramme de différents sauts qui peuvent avoir lieu sur des réseaux carrés comme le plan (100) de la maille cfc.
1) L'atome rose montre la réalisation de sauts de différentes longueurs vers les sites 2-5 ;
6) L'atome vert montre la réalisation d'un saut diagonal vers le site 7 ;
8) L'atome gris montre un saut de rebond : il revient au site de début
Les sauts vers les prochains sites les plus proches ont lieu de préférence à des fréquences plus grandes et des températures plus hautes.
Figure 7. Graphe montrant la distribution de probabilité relative de déplacement d'un adatome, Δx, lors d'une diffusion a une dimension.
Bleu: simple saut ;
Rose: double saut, avec un rapport : simple saut/double saut = 1.
Figure 8. Diffusion à canal transversal impliquant un adatome (gris) sur une surface canalisée (comme cfc (110), atome bleu et vert).
1) Configuration initiale.
2) Configuration intermédiaire incertaine.
Le déplacement final peut être 3, 4, 5 ou même retourné à la configuration initiale
Figure 9. Mécanisme d'échange atomique à grande portée pour une diffusion sur un réseau carré. L'adatome rose qui est à la surface (1) provoque des perturbations dans les atomes environnant du réseau (2), ce qui a pour conséquence de faire sortir un atome du substrat (vert) (3)

Les récents travaux aussi bien théoriques qu'expérimentaux effectués depuis les années 1970 ont révélé une grande variété de phénomènes de diffusion de surface en rapport avec les aspects mécanique et cinétique. Voici un résumé des plus remarquables :

Figure 10. Mécanismes individuels de diffusion de surface d'agrégats.
1) Déplacement séquentiel.
2) Diffusion de bordure.
3) Évaporation-condensation.
Dans ce modèle, ces trois mécanismes aboutissent au même déplacement final de cluster.

Diffusion d'agrégats

La diffusion d'agrégats consiste au mouvement d'agrégats atomiques ayant une taille comprise entre le dimère atomique à une « île » contenant des centaines d'atomes. Le mouvement d'agrégats peut se produire via le déplacement d'atomes individuels, de morceaux d'agrégats, ou de l'agrégat en entier. Tous ces processus supposent un déplacement du centre de masse. Cette diffusion dépend fortement de la taille de l'agrégat. En effet, les plus grands clusters présentent généralement une plus faible diffusion. Cependant cette tendance n'est pas toujours observée, comme par exemple, la diffusion de Rh sur une surface de Rh(100) qui présente une variation oscillatoire de l'énergie d'activation en fonction de la taille du cluster. Dans ce cas, certaines formes géométriques du cluster (qui dépendent du nombre d'atomes) sont stables et ralentissent le processus de diffusion.

(a) Dislocation (b) Glissement
(c) Reptation (d) Cisaillement
Figure 11. Mécanisme concerté de diffusion d'agrégats

Diffusion de surface et catalyse hétérogène

La diffusion superficielle est un concept important de la catalyse hétérogène, car les taux de réaction sont souvent déterminés par la capacité du réactant à « trouver » les autres réactants sur la surface. En augmentant la température, les molécules adsorbées, les fragments moléculaires, les atomes, et les agrégats tendent à avoir une plus grande mobilité (équation 1), mais la durée de vie de l'adsorption décroît car le facteur kBT devient suffisant pour que l'espèce adsorbée dépasse la barrière de désorption, Q (figure 2).

Aspect expérimentaux

La diffusion de surface peut être étudiée à l'aide de différentes techniques, les deux principales sont la microscopie ionique et la microscopie à effet tunnel. En visualisant le déplacement des atomes ou des clusters en fonction du temps, il est alors possible d'obtenir les informations qualitative et quantitative sur la manière dont le processus de diffusion s'effectue. Afin d'obtenir des diffusions superficielles à l'échelle atomique, il est nécessaire de travailler sur des surfaces propres et dans des conditions de vide ultra poussé, ou bien avec des petites quantités de gaz inerte, comme c'est le cas en utilisant de l'hélium ou néon en microscopie ionique.

Notes et références

  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 L'échelle spatiale et temporelle a été définie arbitrairement.
  2. 1 2 Oura 2003, p. 325.
  3. ↑ (en) Ulrike Kürpick, « Self-diffusion on stepped Ir(111) surfaces », Phy. Rev. B, vol. 69, no 20,‎ (résumé).
  4. ↑ G. Antczak, G. Ehrlich 2007, p. 39.
  5. 1 2 En anglais field ion microscopy, abrégé FIM.
  6. ↑ Oura 2003, p. 349.
  7. ↑ G. Antczak, G. Ehrlich 2007, p. 50, 59.
  8. 1 2 Shustorovich 1991, p. 109.
  9. ↑ Shustorovich 1991, p. 109-111.
  10. ↑ Oura 2003, p. 327.
  11. ↑ Oura 2003, p. 325-326.
  12. ↑ Oura 2003, p. 330-333.
  13. ↑ Oura 2003, p. 333.
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  20. ↑ (en) R. Gomer, « Diffusion of Adsorbates on Metal Surfaces », Rep. Prog. Phys., vol. 53,‎ , p. 917 (DOI 10.1088/0034-4885/53/7/002).
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  22. ↑ Shustorovich 1991, p. 115.
  23. ↑ Oura 2003, p. 340-341.
  24. 1 2 La figure est trompeuse, car les sauts de rebond ont plutôt lieu à une dimension.
  25. ↑ Ibach 2006, p. 496.
  26. ↑ G. Antczak, G. Ehrlich 2007, p. 51.
  27. ↑ G. Antczak, G. Ehrlich 2007, p. 58.
  28. ↑ G. Antczak, G. Ehrlich 2007, p. 40-45.
  29. ↑ G. Antczak, G. Ehrlich 2007, p. 48-50.
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  32. ↑ Oura 2003, p. 343-344.
  33. ↑ Oura 2003, p. 343-345.
  34. ↑ Oura 2003, p. 349.

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie