Paul François Arnold Cardon, dit Dornac, né à Paris le et mort dans la même ville le , est un photographefrançais.
Dornac est connu pour sa série de portraits de célébrités françaises de la fin du XIXeet du début duXXesiècle, Nos contemporains chez eux.
Biographie
Dornac est le fils de Claude Jacques Eugène Cardon, négociant, et de Félicie Louise Aronssohn.
Il est actif dès les années 1880 à Paris; ses ateliers se situent au 63, rue des Saints-Pères à la fin des années 1880, au 10, rue Adam-Mickiewicz dans les années 1890, puis au 34, rue Gassendi, adresse qu'il donne encore en 1939 alors qu'il n'exerce plus son activité.
Dornac se spécialise dans le portrait de personnalités photographiées dans leurs espaces privés, à leur domicile ou sur leurs lieux de travail (l'exception sera Paul Verlaine photographié au café François Ier en devant un verre d'absinthe,). Il est l'auteur d'une série de plus de 400 clichés réalisés de 1887 à 1917 intitulée Nos contemporains chez eux. Parmi les célébrités des XIXeetXXesiècles (écrivains, artistes, auteurs dramatiques et comédiens, musiciens, scientifiques, hommes politiques, journalistes), il photographie Sarah Bernhardt, Paul Claudel, Georges Clemenceau, Gustave Eiffel, Alain-Fournier, Charles Gounod, Francis Jammes, Jules Janssen, Gabriel Lippmann, Pierre Loti, Stéphane Mallarmé, Auguste Rodin, Théo Van Rysselberghe, Séverine, Paul Verlaine, Émile Zola…; ces photographies sont commercialisées sous forme de tirages ou d'albums (Dornac fait imprimer au dos de chaque photographie l'avertissement suivant: «[cette galerie] [...] la première du genre, est la seule judicieusement établie et d’un caractère vraiment artistique et documentaire. Aussi croyons-nous devoir mettre en garde les Amateurs contre des productions similaires faites sans goût ni souci d’art et de vérité que notre succès a suscitées»). Cette série a pu avoir une influence sur la mise en scène des pratiques du portrait de l'universitaire ou du scientifique. En , l’hebdomadaire ottoman Servet-i Fünun propose une collection de photographies de ses contemporains ottomans et reprend le titre «Nos contemporains chez eux» dans la légende écrite en français avec une traduction en turc.
De nombreux portraits réalisés par Dornac ont été reproduits soit directement soit interprétés en gravure sur bois dans des périodiques illustrés de l’époque, en particulier dans Le Monde illustré entre 1890 et 1900.
Une partie de son œuvre, soit environ 200 épreuves, a été dispersée lors d'une vente aux enchères publiques par l'étude Piasa à l'hôtel Drouot à Paris le ,; deux autres ventes ont lieu le , et le .
↑Anagramme de Cardon. Il est nommé «Paul Marsan dit Dornac» par le rédacteur de la notice d'une série de portraits d'écrivains issu de Nos contemporains chez eux vers 1900-1910 (lot no13, catalogue de vente aux enchères Photographie, fonds de la SAS Signatures à Paris le , p.4).
↑Elizabeth Emery, «Verlaine en vitrine: la mise en scène
d’un «poète maudit» pour Nos Contemporains chez eux», Société des études romantiques et dix-neuviémistes, , p.1-19 (lire en ligne[PDF]).
↑Marion Lagrange, «Les représentations des universitaires bordelais et la temporalité de la figure du savant (1880-1960)», Annales du Midi: revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, no292, (lire en ligne, consulté le ).
↑Ece Zerman, «"Nos contemporains (ottomans) chez eux". Circulation d’un modèle photographique entre Paris et Istanbul à la fin du XIXesiècle», Photographica, no3 «Histoires-monde de la photographie», , p.98-115.
↑Acte de décès no271 (vue 28/31). Archives en ligne de la Ville de Paris, état-civil du 14earrondissement, registre des décès de 1941. Décès à l'hôpital Cochin. L'acte précise qu'il était célibataire.
↑Photographies, collection Paul Marsan dit Dornac, lots no. 1 à 158, "Nos contemporains chez eux", 3e vente, Edmond Bénard, lots no. 159 à 199, "ateliers d'artistes"; 2ème partie, photographies anciennes, modernes et contemporaines, lots no. 200 à 276 (catalogue de vente,Paris, Hôtel Drouot, PIASA), Paris, F. Bourgeois, , 77p..
Marta Caraion et Martine Lavaud, «Le fugitif et l’éternel: le discours des objets, de Dornac aux portraits photographiques et filmés», L'Entre-deux, vol.13, no2 «Portraits fugitifs et naissance du mouvement: l’artiste et l’écrivain à l’aube de l’instantané et du cinématographe (1880-1927)», , p.1-29 (lire en ligne).
Pascal Durand, «De Nadar à Dornac. Hexis corporelle et figuration photographique de l’écrivain», COnTEXTES, no14 «Le portrait photographique d'écrivain», (lire en ligne).
(en) Elizabeth Emery, «Dornac's "At Home" Photographs», Journal of the Western Society for French History, no36, (lire en ligne).
Elizabeth Emery, Le Photojournalisme et la naissance des maisons-musées d’écrivains en France (1881-1914), Grenoble, Les Éditions de l’Université Savoie Mont Blanc, 2016, pp.103-174 (Présentation en ligne).
Marie Mallard, Étude de la série de Dornac "Nos contemporains chez eux", 1887–1917. Personnalités et espaces en représentation, mémoire de maîtrise en Histoire de l'art, Université Paris 4, 2 vol. (94-56 f., 162 f. de pl.), 1999.