Le terme empathie spatiale est utilisé pour décrire différents types d'empathie avec des individus proches : empathie pour les personnes physiquement proches, capacité pour le pilote d'un moyen de transport « de se mettre à la place d'un autre », identification avec l'environnement proche.
L'empathie spatiale a aussi été définie comme la conscience qu'un individu a de la proximité, des gestes, et du confort des personnes qui l'entourent. Cette notion combine le concept d'empathie à la notion de proxémie et d'espace personnel, la notion qu'une personne est « propriétaire légitime » de son espace immédiat, l'invasion de cet espace par autrui représentant une atteinte à l'intimité et à au sentiment de sécurité de cette personne.
L'empathie spatiale à l'espace personnel d'autrui s'exprime de manière très variable selon les cultures, l'âge, les contextes (sanitaires notamment), et selon les individus. Les pays d'Europe occidentale et/ou à l'économie avancée considèrent par exemple comme déplacé et tabou le contact physique entre personnes inconnues dans des lieux publics ouverts (rue, plage, jardin public, etc.) ou fermé (trains, bus, magasins...). D'autres cultures, africaines, asiatiques et eurasiatiques ne présentent pas la même aversion.
Le terme d'"empathie spatiale" aurait d'abord été utilisé pour les travailleurs expatriés à Hong Kong, venant généralement de pays occidentaux tels que l'Australie, l'Angleterre, la France et les États-Unis, comme un élément du choc culturel. Un élément déstabilisant pour ces populations arrivant à Hong Kong, ville d'apparence matérielle occidentale, étant la densité et proximité humaine dans les transports et espaces communs, où la navigation à travers une foule tout en évitant le contact physique est plus difficile que dans leurs pays d'origine. Le terme se serait depuis étendu aux travailleurs expatriés dans d'autres pays, notamment le Japon et la Chine,.
La bulle d'espace qui nous entoure — la zone immédiatement entourant le corps dans laquelle se déroulent les interactions sociales proches — façonne nos relations et interactions sociales (Graziano & Cooke, 2006), et l'intrusion inattendue ou non souhaitée dans notre espace personnel de tout un autre individu, peut provoquer un sentiment d'inconfort ou d'anxiété voire déclencher une réaction agressive ou de défense, si elle entraîne une éventuelle menace perçue pour notre moi physique et mental (Leslie Hayduk, 1978).
La régulation de la distance interpersonnelle est essentielle au bon déroulement des interactions sociales. Elle apparaît fréquemment atypique et/ou perturbée chez les personnes autistes (ou chez des touchées par la schizophrénie ou une forte anxiété sociale).
On considère généralement que l'empathie socio-spatiale (dans ce contexte entendue comme la capacité à percevoir, interpréter et respecter la bulle personnelle d'autrui), est fréquemment altérée dans le trouble du spectre de l'hypermobilité, de l'autisme ou dans le cas du syndrome de Williams, en lien avec des particularités neurodéveloppementales et neurocognitives affectant la perception sociale, la régulation sensorielle et l'ajustement comportemental et notamment la régulation de l'espace interpersonnel (EIP).
Les études de Candini et al. (2019) (2019) montrent que de nombreuses personnes autistes ressentent un profond inconfort, voire un stress intense face à une personne qui s'approche, ce qui évoque une préférence pour un espace interpersonnel plus large (ou parfois plus étroit). Par rapport à la population générale, ces personnes semblent présenter une plasticité réduite de la bulle d'espace personnel d'autrui et de la leur, et une moindre capacité à ajuster la distance interpersonnelle en fonction du contexte social, ce qui serait un indicateur d'empathie spatiale altérée. Le masquage autistique, chez les femmes notamment permet de cacher ce trouble, mais avec une fatigue induite. Cette préférence pour une plus grande distanciation physique, source de « dysfonction sociale », est associée à une activité réduite du sillon intrapariétal dorsal (dIPS), ainsi qu'à une activité réduite de l'aire fusiforme des visages (FFA), deux régions connues pour leur rôle dans la régulation de l'espace interpersonnel et la perception sociale.
Une expérience en réalité virtuelle immersive a consisté à exposer des adultes autistes et neurotypiques à une interaction avec un avatar humanoïde (avec possibilité d'observer leur propre corps virtuel, genré et vu en perspective à la première personne (Fusaro et al., 2021) ce qui permet des interactions plus réalistes (Gorisse et al., 2017), afin d'évaluer deux situations :
Lors de cette expérience, tous les adultes autistes ont systématiquement maintenu une distance interpersonnelle plus grande que les témoins, et l'écart entre les situations active et passive était plus marqué chez eux . De plus, parmi les personnes autistes de cet échantillon, une distance physique plus importante était corrélée à l'intensité des traits autistiques. Les auteurs invitent à tenir compte de cette spécificité dans la conception d'aménagements adaptés dans les espaces partagés, pour ne pas y forcer les personnes avec TSA à être physiquement trop proches des autres.
Une autre étude, basée sur des expériences en laboratoire dans un échantillon d'adultes de haut niveau atteints de TSA a démontré « une relation altérée entre la distance interpersonnelle et l'espace personnel, et documenté une absence complète d'espace personnel chez 3 personnes atteintes de TSA. En outre, l'auto-déclaration anecdotique de plusieurs participants a confirmé que les violations des conventions de distanciation sociale continuent de se produire dans les interactions du monde réel à l'âge adulte ».
Des recherches en neuroimagerie confirment cela : Massaccesi et al. (2021) ont utilisé l'IRM fonctionnelle pour observer l'activité cérébrale de personnes autistes et d'un groupe témoin de neurotypiques quand un individu s'approche d'eux, avant et après des interactions sociales coopératives ou non coopératives. Ils ont à cette occasion mis en évidence des particularités dans les réseaux cérébraux impliqués dans la perméabilité et la flexibilité de l'espace interpersonnel, notamment au niveau de l'amygdale et des régions fronto‑pariétales, suggérant un lien entre les difficultés (éventuellement renforcée par l'alexithymie) à intégrer les signaux sociaux permettant de calibrer la proximité physique et la difficulté à percevoir la bulle d'espace personnel d'autrui. Ces travaux s'inscrivent dans un corpus plus large de recherches sur l'empathie et la théorie de l'esprit dans l'autisme, où les méta‑analyses montrent que les compétences empathiques varient selon les modalités évaluées, les personnes autistes présentant souvent une empathie cognitive réduite mais une empathie affective plus préservée voire augmentée, ce qui peut contribuer à une dissociation entre compréhension des normes de distances physique et social et vécu émotionnel de la proximité ou du contact physique avec autrui (qui peut aussi être modulé par les spécificités sensorielles de la personne autiste : hyper ou hypo-sensibilité du toucher ou de l'audition par exemple).
Le pilote d'un navire A a une perception de la situation spatiale de son navire. De même le pilote du navire B. De plus, quand les navires A et B sont proches, le pilote du navire A se fait une représentation plus ou moins exacte de la perception spatiale que se fait le pilote du navire B. La qualité de cette « empathie spatiale » peut influer sur le risque d'accident : les pilotes devraient alors apprendre à « piloter leur navire du point de vue des autres ». Cette analyse est une variante du débat sur les cadres de référence spatiale (« systèmes de relations consistant à localiser les objets, les points de référence et les relations spatiales qui peuvent exister entre ceux-ci »), et notamment les référentiels de type « égocentré » et de type « allocentré ».
Quand une personne se déplace dans un environnement donné (couloir de métro, ville, campagne, montagne, paysage...) ou quand elle séjourne dans un lieu (maison, hôtel, plage, café...) elle reçoit un flux ininterrompu de sensations.
Elle peut se sentir étrangère à ce lieu et « ne pas se sentir chez elle ». Mais elle peut aussi ressentir une empathie avec l'environnement physique immédiat : il se crée un processus d'empathie spatiale, ou d'identification de l'individu avec l'endroit où il se trouve.
Pour Isabel Claus, l'empathie spatiale est une « image-motrice », un « ressenti corporel vécu en réponse à un paysage appréhendé physiquement », un des « pré-mouvements organiques et primitifs devant un espace ». Cette approche entraîne diverses implications pour l'architecture et la planification urbaine,.