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Esteban Buch est musicologue argentin, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris, membre du Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL), qu’il a dirigé de 2010 à 2018. Spécialiste des rapports entre musique et politique, notamment dans le contexte des dictatures argentines et autres situations de violence politique, il est l’auteur de travaux monographiques sur Beethoven, Schönberg et Ginastera, ainsi que d’autres recherches sur l’histoire et la sociologie de la musique classique et contemporaine.
Né en 1963 à Buenos Aires, de nationalité argentine et française, Esteban Buch a commencé sa carrière comme journaliste à Bariloche, en Patagonie argentine, où il a vécu jusqu’en 1991, date de la parution de son premier livre, El pintor de la Suiza argentina. En 1986-1989, il étudie à Buenos Aires l’analyse musicale avec Francisco Kröpfl et la sémiologie avec Oscar Steimberg. Étudiant étranger à Paris dès 1991, il obtient le diplôme de l’EHESS sous la direction de Jacques Leenhardt, avec un travail sur l’hymne national argentin publié en Argentine en 1994 sous le titre O juremos con gloria morir. Après un DEA consacré à la Suite Lyrique d’Alban Berg, parue en 1994 sous le titre Histoire d’un secret, il soutient en 1997 une thèse à l’EHESS sous la direction de Françoise Escal, publiée par Pierre Nora aux Editions Gallimard, sous le titre La Neuvième de Beethoven. Une histoire politique,. Il est titulaire d’une Habilitation à Diriger des Recherches soutenue en 2003 à Paris I avec Pascal Ory comme garant, et publiée chez Gallimard comme Le cas Schönberg. Naissance de l’avant-garde musicale.
Esteban Buch a étudié les rapports de Beethoven au pouvoir de son temps, la métaphore politique de l'œuvre beethovenienne dans son ensemble, et les appropriations dont le musicien et son œuvre ont depuis fait l'objet. Dans un ouvrage de référence, La Neuvième de Beethoven. Une histoire politique, paru en 1999 et traduit en six langues, il a analysé comment la dernière symphonie de Beethoven, créée en 1824, a donné lieu à des appropriations politiques très diverses, depuis les Républicains français jusqu’aux nazis, et s'est imposée comme une référence universelle parmi les musiciens et les mélomanes, ainsi que comme un symbole de l'Europe, et même un "fétiche sonore de l'occident",.
Dans le cadre de son travail sur la Neuvième de Beethoven il a consacré des recherches approfondies à l’hymne européen, c’est-à-dire la mélodie de l’Ode à la joie, adoptée en 1972 par le Conseil de l’Europe et en 1985 par l’Union Européenne. Il a an.alysé dans une perspective critique l’arrangement officiel fait en 1972 par Herbert von Karajan, dont il a dénoncé le passé nazi et le profit personnel en tant que détenteur de droits d’auteur sur la musique de Beethoven,.
Il est l’auteur d’articles sur l’histoire intellectuelle de deux livres majeurs de l’historiographie beethovenienne, à savoir Beethoven in France. History of an Idea de Leo Schrade (1942) et Ludwig van Beethoven de Jean et Brigitte Massin (1955).
Esteban Buch est le protagoniste du film documentaire Juan como si nada hubiera sucedido, de Carlos Echeverría (1987), sur l’histoire de la disparition en 1977 à Bariloche de l’étudiant Juan Marcos Herman, aux mains de la dictature militaire,. En 2019, le film a servi de pièce à conviction dans le procès des militaires Néstor Castelli et Marcelo Zárraga, qui s’est soldé par la condamnation des deux officiers. En 2022, il a été classé septième meilleur film argentin de tous les temps, et deuxième meilleur documentaire de tous les temps, dans une enquête réalisée auprès des professionnels argentins du cinéma.
En 1991 il publie le livre El pintor de la Suiza argentina, une enquête sur le peintre collaborationniste belge flamand Toon Maes, qui contient la première dénonciation publique du rôle du capitaine SS Erich Priebke dans le Massacre des Fosses Ardéatines, à Rome le . En 1994, ce livre a été la source de la dénonciation du passé de Priebke dans le programme d’ABC News Prime Time Live, qui a conduit à l’arrestation de ce dernier à Bariloche à la suite de la demande d’extradition présentée par le gouvernement italien, à l’origine de sa condamnation à perpétuité en 1998,,,.
Esteban Buch est l’auteur d’une histoire de l’hymne national argentin, O juremos con gloria morir, parue en 1994 et rééditée en 2013,, ainsi que d’une étude de référence sur la Marcha Peronista, le symbole sonore du mouvement péroniste.
Son ouvrage L'affaire Bomarzo: Opéra, perversion et dictature (traduction française 2011 aux Editions de l’EHESS) évoque la censure en 1967 par le régime du général Juan Carlos Onganía d'un opéra d'Alberto Ginastera et Manuel Mujica Lainez, accusé de "référence obsessionnelle au sexe, à la violence et à l'hallucination". Ainsi, il montre comment Bomarzo est devenu un emblème des persécutions idéologiques de la dictature.
Dans son livre de 2016 Trauermarsch. L’orchestre de Paris dans l’Argentine de la dictature, Esteban Buch interroge le sens politique de l’écoute musicale et les zones d’ombre de la politique française à l’égard du régime du général Videla, en se penchant sur l’interprétation de la Cinquième Symphonie de Gustav Mahler lors d’un concert donné à Buenos Aires en 1980 par Daniel Barenboïm et l’Orchestre de Paris,,,,.
Il a co-écrit avec Anaïs Fléchet une étude de la campagne internationale pour la libération du pianiste Miguel Angel Estrella, arrêté à Montevideo en dans le cadre du plan Condor, et libéré en , avant son exil à Paris.
À partir de 2004, il est l’auteur de plusieurs publications sur le thème de la musique dans des contextes guerriers tels que la Première Guerre mondiale et la Guerre des Malouines.
Sur la Grande Guerre, ses recherches ont porté sur la programmation de musique allemande à Paris, sur la production des compositeurs de musique savante en France, et sur le rôle du silence dans la mémoire du conflit. Quant à la Guerra de Malvinas / Falklands War de 1982 entre l’Argentine et la Grande-Bretagne,,il a étudié avec Camila Juárez le rôle des festivals musicaux dans l’adhésion des Argentins à la récupération des îles par la junte militaire, et il a co-édité avec Abel Gilbert un ouvrage réunissant des études sur le rôle du son et de la musique pendant le conflit.
Par ailleurs, il a consacré à cet événement le livret de l’opéra Aliados de Sebastian Rivas, qui met en scène la rencontre entre Augusto Pinochet et Margaret Thatcher à Londres en 1999 pendant la détention à domicile du dictateur.
Esteban Buch a consacré une partie importante de ses recherches à la musique savante du vingtième siècle et notamment l’œuvre d’Arnold Schönberg,, Alban Berg, Alberto Ginastera, Juan Carlos Paz, René Leibowitz et Mauricio Kagel, entre autres.
Son livre de 1994 Histoire d’un secret porte sur la Suite Lyrique d’Alban Berg et son « programme secret » en hommage à Hanna Fuchs, avec qui le compositeur a entretenu une liaison, ainsi que sur le problème herméneutique singulier posé par ce quatuor à cordes atonal et dodécaphonique, entre « musique absolue » et « esthétique des sentiments ».
L’ouvrage Le cas Schönberg. Naissance de l’avant-garde musicale paru en 2006 est une étude musicologique et sociohistorique des controverses autour de la musique d’Arnold Schönberg, entre , date de la création de son sextuor La Nuit transfigurée, et le concert du , le Skandalkonzert où les œuvres de ses élèves Alban Berg et Anton Webern déclenchèrent une quasi-émeute,.
Son intérêt pour l’œuvre et la trajectoire de René Leibowitz inclut une étude approfondie de son dernier opéra, Todos caerán (1972).
Il est par ailleurs l’auteur d’articles sur le scandale de la création du Sacre du Printemps de Stravinsky en au Théâtre des Champs-Élysées et (avec Camila Juárez) sur le retour de Mauricio Kagel en Argentine en 2006.
Depuis 2016, Esteban Buch s’intéresse aux rapports entre musique et sexualité, dans le cadre d’un projet plus général sur les pouvoirs de la musique.
Son étude sur les rapports formels entre le climax musical et l’orgasme, centrée sur la pièce pour piano L’isle joyeuse de Claude Debussy, est parue en 2019 dans la revue Music & Letters.
Il a publié en 2022 l’ouvrage Playlist. Musique et sexualité, où en seize essais indépendants et interconnectés, en articulant les approches sociologique et musicologique, il explore la place de la musique dans la vie sexuelle des individus, et les représentations de la sexualité dans les œuvres musicales,,.
Il a édité avec Violeta Nigro Giunta le numéro spécial Musique et sexualité de la revue Transposition. Musique et sciences sociales.
Outre ses recherches empiriques en histoire de la musique, Esteban Buch a développé des réflexions d’ordre théorique sur la philosophie de la musique de Theodor W. Adorno, sur le statut des genres musicaux dans la sociologie post-bourdieusienne de la culture, et sur l’expérience du sublime en musique.
Esteban Buch est l’auteur de livrets pour les opéras contemporains Aliados de Sebastian Rivas (2013),,et Richter de Mario Lorenzo (2003).
En 2023, ses recherches sur la Neuvième de Beethoven ont inspiré la pièce de théâtre Playlist politique d’Émilie Rousset.