Eugène Sue

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Eugène Sue
François-Gabriel Lépaulle, Portrait d'Eugène Sue (1835),
Paris, musée Carnavalet.
Fonction
Député de la Deuxième République française
Assemblée nationale législative
Seine
-
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Marie Joseph SueVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activité
Période d'activité
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Rédacteur à
Père
Parentèle
Jean-Joseph Sue père (grand-père)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Distinction
Œuvres principales
signature d'Eugène Sue
Signature d’Eugène Sue en 1830.
Plaque commémorative.

Marie-Joseph Sue dit Eugène Sue, né le à Paris et mort en exil le à Annecy-le-Vieux (alors division d'Annecy du royaume de Sardaigne), est un écrivain français.

Il est principalement connu pour deux de ses romans-feuilletons à caractère social : Les Mystères de Paris (1842-1843) et Le Juif errant (1844-1845). Parmi ses autres œuvres, l'une a été rendue célèbre par le feuilleton d'été du journal Le Monde, en 1978. Il s'agit du roman exotique sur la traite et l'esclavage des Noirs, Atar-Gull.

Biographie

Jeunesse

Son père, Jean-Joseph Sue (1760-1830) (fils), avait été fait chevalier de l'Empire par lettres patentes du (issu d'une lignée de chirurgiens parisiens originaire de Provence). Après avoir été chirurgien de la Garde impériale de Napoléon Ier puis médecin chef de la maison militaire du roi, il a été professeur d'anatomie et médecin consultant du roi lui-même. La marraine d'Eugène était l'impératrice Joséphine (dont le prénom de baptême était Marie-Josèphe Rose) et son parrain Eugène de Beauharnais. Eugène étudie au lycée Condorcet. Semblable à son meilleur ami de l'époque, Adolphe Adam, le futur compositeur de Giselle et du Postillon de Lonjumeau, il se révèle un élève médiocre et turbulent, puis un jeune homme dont les frasques défraient la chronique. En 1821, il abandonne le lycée en classe de rhétorique et, grâce à son père, est admis sans difficulté comme stagiaire à la Maison militaire du roi. Après deux ans d'apprentissage, il est affecté en 1823 aux hôpitaux de la 11e division militaire de Bayonne. La même année, il soigne les blessés de la prise de Trocadéro. Il s'ensuit une occupation du territoire espagnol et son affectation à l'hôpital militaire de Cadix. Il y demeure jusqu'en 1825. C'est là qu'il écrit sa première œuvre : un A-propos dramatique sur le sacre de Charles X. Il a même l'honneur de le voir représenter une fois devant les notables de la ville.

Tenté par la littérature, il démissionne en 1825 de son poste et part pour Paris. Ses premiers textes paraissent dans deux petits journaux : La Nouveauté et Le Kaléidoscope. Mais il revient assez vite à son premier métier et s'embarque en 1826 sur la corvette le Rhône, à destination des mers du sud, comme chirurgien de la marine (chirurgien auxiliaire de 3e classe). Pendant trois ans, il occupe ce poste en mer, passant d'un navire militaire à l'autre (le Foudroyant, le Breslaw), allant des Antilles à la Méditerranée orientale. En , en Grèce, il participe comme chirurgien auxiliaire de 2e classe à la bataille navale de Navarin et assiste à la destruction de la flotte turco-égyptienne par une coalition regroupant la France, l'Angleterre et la Russie. Il en fait le récit plus tard, en 1842. En 1828, de retour aux Antilles, il est gravement atteint par la fièvre jaune mais s'en sort notamment grâce aux soins d'une femme noire dont il s'est épris. Sue se servira de cette expérience riche en couleur et en drames pour écrire ses romans maritimes.

Dandy de 26 ans, il hérite en 1830 de la fortune paternelle, s'essaie à la peinture auprès de son ami Théodore Gudin, devient l’amant des plus belles femmes de Paris (il est surnommé le « Beau Sue »). Il adhère au très snob Jockey Club dès sa création en 1834. Il dilapide la fortune de son père en sept ans, et se tourne encore davantage vers la littérature pour s'assurer des revenus.

Œuvre littéraire

Eugène Sue est l’auteur de sept romans exotiques et maritimes, onze romans de mœurs, dix romans historiques, quinze autres romans sociaux (dont une série intitulée Les Sept Péchés capitaux), deux recueils de nouvelles, huit ouvrages politiques, dix-neuf œuvres théâtrales (comédie, vaudeville, drame) et six ouvrages divers.

Les premiers romans

Au moment où il commence à écrire ses premiers récits, dans les années 1830, la France est sous le charme des romans maritimes de James Fenimore Cooper. Fort de son expérience et d'un talent de conteur et de styliste bien supérieur à celui de ses rivaux (notamment Édouard Corbière), Eugène Sue publie des romans de mer (Kernok le pirate, El Gitano, Atar-Gull, La Salamandre) qui obtiennent un réel succès.

Sue est beaucoup moins soucieux d'exotisme que d'une action aventureuse, de caractères forts et de situations dramatiques. Il s'inscrit résolument dans un romantisme noir. Francis Lacassin, dans une préface à ces romans maritimes, écrit que Sue « pousse au sublime des personnages exacerbés, avec un pinceau expressionniste ». L'une des originalités de ces récits est également la grande part qui y est faite au comique et à l'ironie. À l'image des romantiques et de Victor Hugo, Eugène Sue recherche l'alliance du sublime et du grotesque. Il intègre aussi déjà une véritable critique sociale au cœur de ses romans (comme il le fera plus tard dans ses œuvres maîtresses) : la traite négrière dans Atar-Gull, la religion dans El Gitano…

Ces romans suscitent l'admiration d'écrivains de renom. Dans son compte rendu de La Salamandre dans la Revue des Deux Mondes (1832), Balzac loue « la science d'observation de l'auteur », « une action triste et sombre, semée de scènes du comique le plus vrai et de descriptions éblouissantes, un style chaleureux, des idées neuves, et surtout la singulière faculté de colorer tout de poésie. » Sainte-Beuve déclare également en 1840 :

« à Eugène Sue l'honneur d'avoir risqué le premier roman français en plein Océan, d'avoir le premier découvert notre Méditerranée en Littérature ! »

Néanmoins, malgré le succès de ses premiers romans, Sue situe de plus en plus ses récits maritimes dans une perspective historique : La Vigie de Koat-Vën, Le Morne-au-Diable. Son essai d'une grande Histoire de la Marine en 5 volumes (1835-1837), trop romanesque, est un échec.

Il se tourne finalement vers le roman historique, très en vogue à l'époque (Latréaumont, Jean Cavalier…) et vers le roman de mœurs (Cécile ou Une femme heureuse, Arthur, Mathilde, Mémoires d'une jeune femme…). Dans ce dernier genre, il décrit les mœurs et les perversités du monde. Son succès devient cependant plus inégal.

Les Mystères de Paris et les romans sociaux

Sue a la plume facile, il se convertit au socialisme et écrit entre 1842 et 1843 Les Mystères de Paris, inspiré par un ouvrage illustré, paru en Angleterre, sur le thème des mystères de Londres. Il y invente des situations si complexes que, comme le révèle Ernest Legouvé dans Soixante ans de souvenirs, il ignore souvent comment les dénouer. Ce roman suscite un intérêt énorme dans toutes les couches de la société. Théophile Gautier écrit : « Des malades ont attendu, pour mourir, la fin des Mystères de Paris. » Le succès est immense et dépasse les frontières et il influence sa vie publique — Sue est élu député de la Seine — ainsi que son orientation littéraire. Il inspire à Léo Malet, au siècle suivant, la série Les Nouveaux Mystères de Paris.

Sue publie ensuite Le Juif errant, également en feuilleton dans Le Constitutionnel.

On commence à mieux reconnaître l’intérêt des Mystères du peuple, fresque historique et politique dont le ton est donné par son exergue : « Il n’est pas une réforme religieuse, politique ou sociale, que nos pères n’aient été forcés de conquérir de siècle en siècle, au prix de leur sang, par l’insurrection. » Il est censuré par le Second Empire.

Le projet remonte aux mois qui ont suivi l’échec de la révolution de 1848 et, en , Maurice Lachâtre, son ami et éditeur, met en vente les premières livraisons des Mystères du peuple, utilisant pour ce faire un système de fidélisation par primes et une distribution par la poste, qui permet de déjouer la censure. Malgré ces précautions, la publication en sera interrompue à plusieurs reprises, mise à l’Index par Rome, condamnée par les évêques de France et inquiétée par la police.

Elle n'est achevée qu’en 1857, mais juste à ce moment, 60 000 exemplaires sont saisis. Le choc est tel qu’il aggrave l’état de santé du romancier. Malade et exilé, il succombe. Malgré sa disparition, le tribunal, suivant le réquisitoire du procureur Ernest Pinard, condamne l’imprimeur et l’éditeur, et ordonne la saisie et la destruction de l’ouvrage.

Politique

Caricature de l'Assemblée législative par Charles-Marie de Sarcus. Sue est représenté parmi les députés fuyant Émile de Girardin.

Eugène Sue est député républicain, libre-penseur et socialiste de la Seine, élu le face au conservateur Alexandre Leclerc, à l'Assemblée législative. Lorsque Louis-Napoléon Bonaparte effectue son coup d’État, Sue doit s’enfuir en 1851 et s’exiler.

Il est accueilli dans les États de Savoie, même si le clergé local s’oppose à sa venue. De fait, le roi Victor-Emmanuel II et son chef du gouvernement, Massimo d'Azeglio, sont favorables aux idées libérales. Sue finit par s’installer dans un manoir ayant appartenu à la famille Ruphy, aux Barattes à Annecy-le-Vieux, où il vit de 1851 jusqu’à sa mort en 1857.

Décès

Tombe d'Eugène Sue au cimetière de Loverchy.

C'est un autre proscrit républicain, le colonel Charras, qui assiste à ses derniers instants et accomplit sa volonté d'être inhumé civilement « en libre-penseur ». Ses obsèques donnent lieu à un immense rassemblement, bien qu'elles aient lieu à six heures du matin, pour éviter tout rassemblement. Il est enterré à Annecy, au cimetière de Loverchy, dans le carré des « dissidents » (non catholiques).

Distinction

Il reçoit le la Légion d'honneur — pour son Histoire de la Marine —, en même temps que ses confrères Alfred de Musset et Frédéric Soulié.

Il écrivit à ce sujet, dans Une page de l'histoire de mes livres :

« J'ai reçu — unique faveur — la croix de la Légion d'honneur il y a quinze ans, grâce à la bienveillante et courtoise initiative de M. de Salvandy, alors ministre de l'instruction publique. »

Œuvres

Romans exotiques et maritimes

Romans historiques

Romans de mœurs

Romans sociaux

Publicité pour Les Mystères de Paris.

Ouvrages politiques et historiques

Notes et références

  1. ↑ La date de naissance d’Eugène Sue varie selon ses biographes : le (selon Maurice Lachâtre), le (Alexandre Dumas), le (Eugène de Mirecourt), le (Paul Ginisty), le (Francis Lacassin). Selon Jean-Louis Bory, Eugène Sue serait né le V pluviôse an XII de la République, soit le , ce que confirme son acte de naissance conservé aux Archives de Paris. Dans une lettre inédite à son éditeur Maurice Lachâtre, Eugène Sue indique sa date de naissance en vue d'un article de dictionnaire. Il écrit : « Marie-Joseph-Eugène Suë né à Paris 17 Janvier 1804 an XII de la république. »
  2. ↑ Édouard Bornecque-Winandy, Napoléon III, empereur social, Paris, Téqui, , 119 p. (ISBN 978-2-85244-396-9), p. 22.
  3. ↑ Michel Sardet, « Eugène Süe, chirurgien de la Marine et écrivain maritime », Chroniques d'Histoire maritime n° 69,‎ , p. 107 à 119 (lire en ligne)
  4. ↑ Eugène Sue, Combat de Navarin, 1842. Transcription du manuscrit. Bibliothèque de Lisieux.
  5. ↑ Jean-Louis Bory, Eugène Süe, le roi du roman populaire, Hachette, , 448 p., p. 84 et suiv.
  6. ↑ Joseph Antoine Roy, Histoire du Jockey Club de Paris, Paris, M. Rivière, , 154 p., p. 34.
  7. 1 2 Cf. bibliographie établie par Francis Lacassin.
  8. ↑ Sainte-Beuve, Poètes et romanciers modernes de la France : XI. M. Eugène Sue, t. 23, Paris, Revue des Deux Mondes, (lire en ligne)
  9. ↑ Jean-Louis Bory, Eugène Süe, le roi du roman populaire, Hachette, , 448 p., p. 175 et suiv.
  10. ↑ (en) Voir l’étude de B. Palmer Mysterymania. The Reception of Eugène Sue in Britain, Oxford, Peter Lang, 2003.
  11. ↑ Horace de Viel-Castel, Mémoires sur le règne de Napoléon III 1851-1864, Paris, Robert Laffont, 2005, p. 604 (jeudi 13 août 1857).
  12. ↑ Extrait de l'acte de décès (visible en ligne sur le site des archives départementales de la Haute-Savoie) : « Le cadavre a été inhumé le jour neuvième du mois d'août dans le cimetière protestant d'Anneci ».
  13. ↑ Tome 1 et tome 2 sur Gallica.
  14. ↑ Comédies sociales et scènes dialoguées
  15. ↑ Histoire de la Marine sur Gallica.
  16. ↑ Un seul volume, « Marine des peuples anciens » sur Gallica.
  17. ↑ 2e éd. sur Gallica.

Voir aussi

Bibliographie

Filmographie

Articles connexes

Liens externes

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