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Le Sanatorium des étudiants de France est un établissement de soins fondé dans les années 1920 sur la commune de Saint-Hilaire-du-Touvet, près de Grenoble, dans le département de l’Isère. Destiné à l’origine à accueillir des étudiants atteints de tuberculose, il est géré par la Fondation santé des étudiants de France.
À partir des années 1960, avec la disparition progressive de la tuberculose en France, l’établissement est reconverti en centre de rééducation et prend successivement les noms de Centre universitaire de cure (1968) puis Centre médico-universitaire Daniel-Douady (1983).
Les activités sont transférées en 2010 à La Tronche, au sein de la clinique du Grésivaudan, et les bâtiments historiques sont démolis entre 2015 et 2020.
Son premier médecin directeur de 1933 à 1943, le Dr Daniel Douady lui donne un retentissement très fort.
Dès les débuts du Sanatorium, des professeurs et assistants de l'université de Grenoble montent une ou deux fois par semaine assurer les cours, les travaux pratiques et les travaux dirigés.
Le sanatorium était souvent surnommé : « l’Université des neiges »
Dans ce contexte de vie intellectuelle active, les étudiants malades créent en la revue Existences, qui devient rapidement une revue littéraire. C’était une revue où la littérature, la poésie, les sciences occupaient une grande place, mais aussi la vie habituelle, locale, avec ses peurs, ses souffrances, ses rires également, et quelquefois la mort. Elle accueille notamment des textes de Roland Barthes pendant son séjour. La revue sera publiée jusqu'en 1949
Une bibliothèque importante était aménagée au dernier étage du pavillon Vauthier, sous la charpente, à l’extrémité de l’aile nord-est. Tout au bout, il y a une petite terrasse en demi-cercle perchée à l'extrémité du toit, telle la hune d'un bateau.
Elle fut constituée à partir d’acquisitions et de nombreux dons provenant de particuliers et d’institutions, à la suite d’un appel national lancé à la fin de l’année 1934 par le directeur du sanatorium, le docteur Douady, auprès des universités, enseignants et mécènes. Le fonds passa ainsi d’une centaine d’ouvrages à environ 7 000 volumes en 1937.
Après 1945, des subventions de l’État et de l’Université de Grenoble contribuèrent à son enrichissement, permettant d’atteindre environ 20 000 volumes en 1947, année de création d’un poste de bibliothécaire permanent. Auparavant, la gestion de la bibliothèque était assurée par des pensionnaires bénévoles, parmi lesquels Roland Barthes de 1942 à 1945.
D’après le Bulletin des bibliothèques de France, la bibliothèque comptait environ 26 000 volumes en 1957.
Elle continua de s’accroître par la suite pour dépasser 50 000 documents avant l’abandon du site. Une partie du fonds fut récupérée par la Fondation Santé des Étudiants de France, tandis qu’une autre fut dispersée, abandonnée sur place puis détruite lors d'un incendie survenu en 2012.
Cette salle de conférences et de spectacles de 300 places a été construite en 1939, mais le Dr Douady avait passé commande d'oeuvres d'art pour sa décoration dès 1937.
Elle est décorée de 8 toiles autour du thème des arts, de 3 mètres par 4 réalisées par Dimitri Varbanesco (2 tableaux : Le Sacre du Printemps et La Forêt en marche), Marc Saint-Saëns (Le Théatre ou la tragédie), Georges Gimel (2 tableaux : La Plage et Le Carnaval), Maurice Savin (La Musique), Gabriel Fournier (La Danse), André Fougeron (Le Cirque).
Le rideau de fond de scène de 4,6 mètres par 6 peint par Roger Bissière en 1938, "Le Duo du pierrot guitariste et de la cantatrice" rend hommage à son ami Georges Braque, et à son oeuvre "Le Duo" datant de 1937. Ces œuvres ont été classées monuments historiques en 1999.
La salle accueille de nombreux artistes et conférenciers, parmi lesquels Jean Giono, Albert Camus, Louis Aragon, Paul Éluard, André Gide, Paul Claudel, ainsi que des artistes populaires comme Tino Rossi, Fernandel, Maurice Chevalier, Charles Trenet, Georges Brassens ou Jacques Brel.
Au fond de la scène, on peut voir un piano de concert sorti des ateliers Pleyel en 1926, offert par Alfred Cortot lors d'un concert en 1935. Surnommé la "Grande Demoiselle", avec ses 2,80 m de long, c'était le plus grand piano à queue de son époque, au son incomparable
Cette activité culturelle intense se poursuit jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Pendant l’Occupation allemande, le sanatorium joue également un rôle discret dans la Résistance française. Daniel Douady rédige de faux certificats médicaux pour que des Juifs puissent s’y cacher en tant que malades. Il embauche aussi trois médecins juifs, qui de par les lois de Vichy n’avaient pourtant pas le droit d’exercer. Enfin, d’après la résistante Madeleine Riffaud, le sanatorium hébergeait également une imprimerie clandestine, dont lui seul avait la clé.
En 1943, départ du Dr Douady pour présider l’Association Guy Renard. Il est remplacé par son adjoint, le Dr René Cohen (qui était juif et exerçait clandestinement), et ensuite par le Dr Pierre Puech jusqu'à son décès accidentel le . Le Centre sera ensuite dirigé par le Dr Pierre Pauget pendant 30 ans, de 1975 à 2005. Et enfin, Camille André Laudinet qui a été le dernier directeur.

Lorsque Daniel Douady prend la direction du sanatorium au début des années 1930, le chantier n’est pas encore achevé et les bâtiments ont déjà subi des dégradations. Dans un entretien ultérieur, il évoque un établissement « qui ressemblait à une ruine », avec plusieurs centaines de vitres brisées. Plusieurs décennies plus tard, après la fermeture de l’établissement, les bâtiments connaissent de nouveau une période d’abandon et de dégradation avant leur démolition.
Dans les dernières années de son existence, le CMUDD est un Établissement de réadaptation fonctionnelle ; ses principales missions concernent le soin, les études ainsi que l'insertion sociale et professionnelle de jeunes gens (enfants, adolescents et étudiants) qui sont malades ou en situation de handicap. Sa capacité est alors de 150 lits d'hospitalisation, auxquels s'ajoutent deux places en hôpital de jour et huit postes d'hémodialyse. Il comporte différents services dont un dédié à la « rééducation polyvalente » d'enfants et d'adolescents, un dédié à la rééducation spécialisée de personnes ayant des lésions cérébrales, un dédié à celle spécialisée de personnes ayant des traumatismes médullaires et un à la rééducation d'adultes.
Le CMUDD de Saint-Hilaire-du-Touvet était doté d'une piscine intérieure, d'un gymnase pour la pratique du basket en fauteuil, d'une salle de cinéma et de spectacles, et de nombreuses salles de créations artistiques telles que des ateliers de poterie, de photographie, de peinture. Il possédait deux pianos dont un piano à queue Pleyel offert par Alfred Cortot lors d'un concert, une table de billard, une chapelle. De nombreuses salles de sport étaient aussi disponibles (musculation, mur d'escalade), et des cours de yoga.

L’établissement n’était pas isolé du territoire environnant : ses équipements, notamment la piscine, le terrain de tennis, la salle de spectacles et certaines activités culturelles, étaient également fréquentés par les habitants de Saint-Hilaire-du-Touvet et des communes voisines. Des artistes et conférenciers venaient régulièrement s’y produire, contribuant à l’animation culturelle du plateau. Des jeunes du plateau ont pu suivre leur scolarité dans ses locaux
Les équipements culturels du centre, notamment la salle de cinéma, furent également utilisés pour des manifestations locales. Ils accueillirent notamment certaines activités liées à la Coupe Icare, festival international de vol libre créé en 1974 à Saint-Hilaire-du-Touvet, notamment des projections de films consacrés au vol libre.
Un système de transports (bus et navettes) permettait en outre aux pensionnaires, notamment étudiants et lycéens, de suivre des cours à Grenoble, illustrant le modèle original de « soins-études » développé par la Fondation.
Le Sanatorium des étudiants était visible depuis la vallée du Grésivaudan, en particulier lorsque le soleil du matin se reflétait sur les vastes surfaces vitrées.

Le Sanatorium des étudiants de France de Saint-Hilaire du Touvet est longuement représenté dans une partie importante du premier album de la série de bande dessinée consacrée à Madeleine Riffaud, qui y a séjourné durant la seconde Guerre mondiale et y a rencontré son premier mari, qui a fait partie de la Résistance française, au sein de laquelle elle l'a rejoint.
* Michel Picard, universitaire, écrivain