Vers 1535, à Urbino (comme le peintre Raphaël ), Federico Fiori naît dans une famille d'origine lombarde qui avait déjà produit plusieurs artistes distingués.
Appelé à Rome par Pie IV, il exécute pour ce pape plusieurs grands ouvrages de peinture au Casino du Belvédère (Histoire de Moïse, 1563). Pendant son séjour à Rome, quelques peintres jaloux de ses succès tentent de l'empoisonner, alors qu'il n'a que trente-deux ans. Les soins qu'il reçoit aussitôt l'arrachent à la mort, mais sa santé en sera profondément altérée pour le reste de ses jours.
Il vit cependant encore longtemps et peut produire d'autres chefs-d'œuvre. Il meurt à Urbino en 1612, âgé de quatre-vingt-quatre ans. Dans son atelier, Les Adieux du Christ à sa mère sont laissés inachevés.
Caractéristiques de sa peinture
Durant sa formation, les principes artistiques dominants étaient ceux de la «manière». L'Église, de son côté, était parcourue par un vent de renouveau, qui non seulement allait favoriser la Contre-Réforme, mais aussi la naissance de nouveaux ordres religieux et la redécouverte d'anciennes formes de spiritualité. Il fut le premier à tirer profit des enseignements de l'esthétique maniériste et à proposer une peinture fortement influencée par les nouvelles orientations spirituelles de l'Église.
Sa peinture vise à susciter la dévotion, à capter l'émotion du spectateur, ce qui était résolument nouveau. Comme son objectif premier est de convaincre des vérités de la foi, ses personnages ne sont jamais campés dans des attitudes exagérées. Ils ne manquent jamais de « naturel ». La théâtralité est soulignée par les couleurs et les effets de clair-obscur. La dévotion de ses tableaux était immédiatement perceptible.
Pour transmettre au mieux son message, il mettait en scène des situations très simples et essentiellement narratives, insérait dans la description de modestes objets de la vie quotidienne ou des animaux domestiques. Le choix de la simplicité narrative, d'un langage basé sur des codes plus sentimentaux qu'intellectuels, rapprochait sa spiritualité de celle des ordres mendiants._j
Dans la région des Marches, sa lecture personnelle du maniérisme eut un succès immédiat. Dans les autres régions, en revanche, son art connut une diffusion plus lente. Il ne réussit jamais à emporter l'adhésion de grandes villes car, à la lumière des nouvelles exigences de l'Église, le maniérisme, incarné par la peinture de Vasari et de ses disciples, était déjà condamné sans appel: ses complaisances à l'égard d'un esthétisme trop «païen» et son trop grand intellectualisme ne pouvaient convenir à la Contre-Réforme. Ce sont des artistes plus jeunes d'une ou deux générations qui ont compris l'importance de la peinture du Baroche. Certains, comme les Carrache et les peintres bolonais (Guido Reni notamment) en firent un pilier sur lequel ils élaborèrent leurs propres innovations.
Énée, Anchise, Créuse et Ascagne fuyant Troie en flammes, XVIIe siècle?, huile sur toile, 105 x 170,5 cm (original: Rome, Galleria Borghese, 179 x 253 cm (dans le sens de l'original qui est également respecté dans la gravure qu'en fit Agostino Carracci en 1595)).
Le Repos de la Sainte Famille durant la fuite en Égypte dit La Vierge aux cerises, XVIIe siècle?, huile sur cuivre, 38,6 x 31,9 cm (Cité du Vatican, Pinacoteca vaticana, inv.40377,133 x 110 cm (nombreuses estampes)).
L'immaculée conception avec les Saints Jean-Baptiste, Nicolas de Bari et François d'Assise, 1608, église des Capucins de Macerata. Oeuvre et église brûlée en 1799 par les troupes françaises d'e la République.
Né avant le concile de Trente, Federico Barocci est le peintre de la douceur. Sans céder aux facilités maniéristes de ses contemporains, il suit la voie tracée par Le Corrège, celle de la souplesse du pinceau, du velours de la touche, de la poésie des accords chromatiques. Son corpus, essentiellement composé de sujets sacrés, d'une foi profonde, d'un «naturalisme mystique» plein de délicatesse.
Federico Barocci propose une représentation lyrique et raffinée de la Nativité. Dans une étable humble, Marie contemple avec émerveillement l'Enfant Jésus, dont la présence invite le spectateur à une adoration silencieuse. La composition crée une certaine distance tout en l'associant à la scène sacrée. Joseph, placé à l'entrée, désigne la mangeoire et manifeste ainsi son accueil et son dévouement à une réalité qui le dépasse.
↑Marta Privitera, «Federico Barocci», dans Mina Gregori, Le musée des Offices et le Palais Pitti, Paris, Editions Place des Victoires, , p.321.
↑Mina Gregori (trad.de l'italien), Le musée des Offices et le Palais Pitti: La Peinture à Florence, Paris, Editions Place des Victoires, , 685p. (ISBN2-84459-006-3), p.
↑Corentin Dury, Musées d'Orléans, Peintures françaises et italiennes, XVe – XVIIesiècles, Orléans, Musée des Beaux-Arts, , n°270
↑Corentin Dury, Musées d'Orléans, Peintures françaises et italiennes, XVe – XVIIesiècles, Orléans, Musée des Beaux-Arts, , n°271
↑«Le Tour de France des Expositions», Connaissance des Arts, no640, , p.46.
↑P. Bellier de La Chavignerie, Notice des peintures, dessins, sculptures, antiquités et curiosités exposés dans le musée de Chartres, Chartres, impr. de Garnier, , 4eéd., 212p. (BNF30080668, lire en ligne), p. 133.
↑Corentin Dury, Musées d'Orléans, Peintures françaises et italiennes, XVe – XVIIesiècles, Orléans, musée des Beaux-Arts, (ISBN978-94-6161-659-3), n°356.
↑Antoine Joseph Dezallier d'Argenville le rappelle, dans la biographie qu'il lui consacre , Abrégé de la vie des plus fameux peintre (1745-1752): «Un peintre, ainsi qu'un poète, se représente lui-même dans le caractère de ses ouvrages, qui le décèlent et le montrent tel qu'il est.»
(it) Giannotti Alessandra (trad.Federico Barocci 1535-1612. Le charme de la couleur. Une leçon depuis deux siècles), Federico Barocci 1535-1612. L'incanto del colore. Una lezione per due secoli, Silvana, , 432p. (ISBN978-8-8366-1423-3).
Sophie Mouquin, Contempler l'Histoire sainte, Paris, Magnificat, , 232p. (ISBN9782384040179), pp. 80-83.
(it) John Spike (trad.La Vierge des neiges de Federico Barocci. Tradition, critique. Ediz. illustré), La madonna della neve di Federico Barocci. La tradizione, la critica. Ediz. illustrata, Quattroventi, , 40p. (ISBN978-8-8392-0934-4).
(en) Judith Walker Mann et Babette Bohn (trad.Federico Barocci: Maître de la couleur et de la ligne de la Renaissance), Federico Barocci: Renaissance Master of Color and Line, Yale University Press, , 376p. (ISBN978-0-3001-7477-9).