Fonds forestier national

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Le Fonds forestier national (FFN) était un fonds français, créé en 1946 pour permettre une gestion plus dynamique des forêts françaises et pour aider la filière bois à se développer. Il visait principalement à encourager le reboisement (en résineux surtout) et à désenclaver les forêts, c'est-à-dire y favoriser l'accès aux grumiers.

Il a permis de mobiliser 32 milliards de francs (francs 1999 soit 6,3 Mrd € 2015) durant un demi-siècle.

Alimenté par une taxe fiscale, il échappait à l’annualité budgétaire. Ayant été jugé inadapté sous cette forme, il n'existe plus depuis le , remplacé depuis par d’autres aides de l’État, notamment la contribution volontaire obligatoire (CVO) qui alimente France Bois Forêt, interprofession regroupant les différents métiers de la filière forêt-bois.

Certains comme Jean Puech estiment aujourd'hui qu'il manque au développement de la forêt communale et privée.

Fonctionnement

Aides du FFN de 1947 à 1999 (d'après Dodane, 2009 actualisé)

Durant la seconde moitié du XXe siècle (1947 à 1999), le FFN a drainé 6,3 milliards d’euros 2015 (32 milliards de francs 1999), soit en moyenne 122 millions d’euros par an. Cependant cette moyenne masque des disparités temporelles. En effet les recettes du FFN se sont accrues progressivement jusqu’en 1980 pour se stabiliser approximativement autour de 150 millions d’euros par an (800 millions de francs) pendant la décennie 1980. Mais dès ces années-là, la Commission Européenne a émis des critiques juridiques sur la taxe française unique sur les produits forestiers, ce qui a conduit la France à créer avec la loi de finances de 1991 une nouvelle taxe forestière à l'assiette différente. Entre 1990 et 1992, les recettes du FFN ont chuté de près de 60% n’atteignant plus que 70 millions d’euros par an (375 millions de francs). Après 1992, le budget de l’État est intervenu pour compléter la part du FFN et drainer certains financements européens (le montants des financements européens et du budget de l’État ne figurent pas sur le graphique des recettes totales du FFN). Malgré ces réformes des investissements publics forestiers, la fin du FFN fut prononcée (loi de finances de 2000) à la grandes satisfaction des industriels de la filière forêt-bois, le FFN étant devenu d’outil fédérateur de la filière, une « véritable pomme de discorde ».

Sur les 6,3 milliards d’euros de recettes entre 1947 et 1999, seulement 44% en moyenne (soit 2,5 Md€ ou 14,3 MdF) furent directement affectées aux boisements, reboisements et améliorations des peuplements. Mais cette moyenne masque une diminution régulière de la part des dépenses du FFN réellement affectée au boisement et reboisement (55% environ de 1950 à 1969, de 40% au cours des années 1970 et de 30% durant les décennies 1980 et 1990). Les autres grands postes de dépenses du FFN en plus des frais de personnel et de fonctionnement étaient au nombre de six :

Evolution des types d'aides (Legay, 2014)

Le Fonds était un compte spécial du Trésor, alimenté par une taxe versée par les exploitants forestiers et le commerce de première transformation du bois (plusieurs milliers d’entreprises à l'époque).

Les aides ont pris des formes variées :

Histoire

Cet outil a été créé par la loi n°46-2172 du en application du programme du Conseil national de la Résistance, à la suite du rapport Leloup () ainsi qu'un autre outil, de suivi et évaluation et de statistique, qui existe encore : l'Inventaire forestier national ou IFN créé le .

En 1945, dans son « Rapport sur une politique forestière », M. Leloup, Directeur Général des Eaux et Forêt, écrivait : « La définition d’une politique forestière est l’expression d’une volonté ; il s’agit d’abord de tracer l’orientation qu’on se propose de donner au marché des bois, et en conséquence de la politique à suivre vis-à-vis des entreprises forestières et de la forêt [nous suivrons] donc un ordre inverse [de celui suivi pour la présentation des données, à savoir] : politique du bois, politique des entreprises forestières, politique de la forêt ».

Selon cette loi, le Fonds forestier national visait à mettre en œuvre « tout ce qui a pour but d’accroître les ressources forestières, de faciliter l’écoulement des produits forestiers et de mieux satisfaire les besoins en bois de la population ».

Le FFN visait notamment répondre aux séquelles de guerre (forte demande de bois liée à la reconstruction qui a fait suite à la Seconde Guerre mondiale, la Première Guerre mondiale ayant elle-même été source de forte pression sur la forêt française). Il a ensuite répondu à :

Ainsi le Comité de contrôle du FFN (créé en 1947) avait fixé comme objectif chiffré à celui-ci, mais non véritablement localisé, de boiser et reboiser sur une période de 30 ans (1947-1977), 2 millions d’hectares répartis comme suit :

Le fond a pleinement joué les rôles que lui avaient attribué les élus après guerre, mais les membres de la filière se plaignant de supporter trop de charges, et la surface forestière ayant fortement augmenté, l'idée de supprimer le FFN s'est progressivement développée dans les années 1980.
De plus, favorisant une concurrence déloyale par rapport à d'autres pays, il nécessitait une dérogation à la réglementation européenne.

Bilan du FFN

Evolution en boisement et reboisement (Legay, 2014)
Evolution en résineux et feuillus (Legay, 2014)
Évolutions comparées de la surface forestière et de la population en France. L'extension forestière reprend à un rythme élevé à partir dès 1946 grâce en partie aux aides publiques du FFN.

La surface boisée et reboisée a atteint au cours des 52 années de mise en œuvre du FFN un total 2 257 000 hectares (arrondi à 2,3 millions d’ha), soit une moyenne annuelle d’environ 44 000 ha. Cependant l’évolution en surface met en évidence une phase stationnaire de pleine activité du FFN de 1949 à 1967 où 55 000 hectares sont boisés ou reboisés chaque année, puis de 1967 à 1999 une décroissance continue et régulière, avec cependant quelques creux : en 1968 (dû aux événements de qui frappent le pays et déstabilisent l’Etat), en 1983 et 1993 (sûrement en conséquence d’une crise de la filière-bois).

On voit également que le rapport de boisement/reboisement reste à peu près constant à 60 % de reboisement, soit environ 0,9 Mha de boisement et 1,2 Mha de reboisement. Compte-tenu d’un taux de réussite des plantations avoisinant les 80%, l’augmentation de la surface boisée par le FFN est de l’ordre de 0,8 Mha. Cette valeur est à rapprocher de l’augmentation très importante de 5 Mha de la surface boisée en France durant la même période (1945 : 11 Mha et 2010 : 16 Mha). Ainsi ce sont très majoritairement des boisements spontanés dus à la déprise agricole et à l’exode rural qui se sont installés ; pour un 1 ha planté artificiellement, environ 5 ha de friches se sont boisés naturellement.

Parmi les aides du FFN, ce sont les subventions octroyées à des petites surfaces qui sont majoritaire (53%). Ainsi ce sont près de 1,9 Mha de « timbres-poste » d’une surface de 1 à 2 ha qui ont bénéficié du FFN, ce qui peut constituer actuellement un handicap en termes de gestion et d’exploitation. Concernant la nature des propriétaires, ce sont plus de 75% de surfaces appartenant à des propriétaires privés qui ont bénéficié des aides du FFN.

Le choix des essences introduites par le FFN s’est fait très majoritairement (à 83%, soit 1,9 Mha) parmi les résineux. Plus de la moitié s’est fait en pins (environ 65% pin maritime, 25% pin laricio, 5% pin noir d’Autriche, 5% pin sylvestre) en Douglas (environ 25%) et en Epicéas (15% ; épicéa commun et épicéa de Sitka). , après une majorité de Peupliers (Pop. I214, Pop. robusta...), viennent ensuite les Chênes (chêne pédonculé, chêne sessile, chêne rouge...) et le Hêtre. Malgré l'effort considérable de reboisement que fut le FFN, le contenu des archives est pauvres en détails technique sure les essences plantées et sur leur succès.

Critiques et limites du FFN

Ce fonds, outil principal (avec les incitations fiscales et le soutien de l'ONF et des CRPF) de la politique et stratégie forestière nationale de la France a durant 50 ans parfaitement répondu à :

Mais il a eu quelques effets pervers ou indirects :

Enfin, les conditions d'effacement des dettes auprès du FFN sont très critiquables : cela a constitué une aubaine pour de nombreux propriétaires, sans aucune contrepartie pour la collectivité qui avait financé.

Notes et références

  1. 1 2 (Dodane 2009, p. 199)
  2. ↑ Jean Puech, « Rapport : Mise en valeur de la forêt française et développement de la filière bois », « Le Fonds Forestier National, l’outil disparu de la politique forestière » ; p. 12, sur fbie.org, (consulté le )
  3. 1 2 3 (Dodane 2009, p. 194)
  4. ↑ (Dodane 2009, p. 198)
  5. ↑ Christian Barthod, « La réforme des financements publics aux investissements forestiers », Revue forestière française, no LIII - 1-2001,‎ , p. 15 (lire en ligne)
  6. ↑ (Dodane 2009, p. 204)
  7. ↑ P. Astie, « L'impôt de la protection de la nature. L'exemple du régime en faveur des mutations forestières », Revue juridique de l'Environnement Année 1 pp.,‎ , p. 34-61 (lire en ligne)
  8. 1 2 3 (Legay et Le Bouler 2014, p. 14)
  9. ↑ Jean Gadant, « Quarante ans au service de la forêt française », Revue forestière française,‎ , p. 10 (lire en ligne)
  10. ↑ Arnaud Sergent, « Il était une fois la filière forêt-bois... Histoire d’une catégorie politique », sur xylofutur.fr, (consulté le )
  11. ↑ « La forêt plantée en France : état des lieux », (L'If n°40 - encadré 3 - p. 14/16), sur inventaire-forestier.ign.fr, (consulté le )
  12. ↑ (Legay et Le Bouler 2014, p. 16)
  13. ↑ Clément Dodane, Bernard Prevoto et Myriam Legay, « Les nouvelles forêts : quels peuplements, quelle gestion ? Contribution aux réflexions sur le devenir des forêts en France », sur ign.fr, (consulté le ), p. 9
  14. ↑ H. de Rochebouet, « Le reboisement », Revue forestière française « n°spécial - Le Fonds forestier national »,‎ , p. 39 (lire en ligne)
  15. 1 2 3 Le Tacon F & Valdenaire J-M (1980) La mycorhization contrôlée en pépinière. Premiers résultats obtenus à la pépinière du Fonds forestier national de Peyrat-le-Château (Haute-Vienne) sur épicéa (Picea excelsa) et douglas (Pseudotsuga douglasii), Revue Technique et forêt, 13 pages.
  16. ↑ Clément Dodane, « Quelle est la part du FFN dans la transformation du visage des forêts françaises au cours de la seconde moitié du XXe siècle ? », sur geoconfluences.ens-lyon.fr, (consulté le )
  17. ↑ Compte-rendu d'un colloque « Compte-rendu Marcele TRIGEIRO & Sophie Vareilles (INSA de Lyon) : « Quand changer signifie reproduire... Notes sur le changement à partir de l'exemple de l'urbain » » (École normale supérieure Lettres et Sciences humaines, consulté 2007 07 05)

Annexes

Bibliographie

Articles connexes