Geastrum triplex

Geastrum triplex, le Géastre à trois enveloppes, Géastre à trois couches ou Étoile de terre, est une espèce de champignons agaricomycètes de la famille des Geastraceae.

Étapes d'émergence du champignon.

Description

C'est le plus commun des Géastres. Le carpophore s'étend sur 4 à 10 cm, blanchâtre, beige clair à roux-brun et comprend 5 à 7 lobes (parfois quatre) externes, organisés en collerette. Il présente une esquisse de couronne différemment colorée. Geastrum triplex se rencontre dans les bois de feuillus et résineux, localement fréquent mais plutôt rare en général.

Les sporophores immatures sont de forme sphérique — rappelant quelque peu des vesses-de-loup munies d'un bec pointu — et sont souvent partiellement ou entièrement enfouis dans le sol. À mesure que le champignon arrive à maturité, la couche tissulaire externe (l'exopéridium) se scinde en quatre à huit segments pointus (lobes) qui se déploient vers l'extérieur et vers le bas, soulevant et exposant ainsi le sac sporifère interne, de forme sphérique. Ce sac contient la glèbe, une masse composée de spores et de tissus mycéliens fertiles ; initialement blanche et ferme, elle brunit et devient pulvérulente avec l'âge. Souvent, une partie de l'exopéridium se détache autour du pourtour du sac sporifère, donnant l'impression que celui-ci repose dans une collerette ou une coupelle. Au sommet du sac sporifère se trouve un petit bec pointu, le péristome, percé d'un orifice par lequel les spores peuvent être libérées.

Le sporophore est constitué d'une structure approximativement sphérique à ovoïde, l'endopéridium, surmontée d'une ouverture — l'ostiole — recouverte de fragments tissulaires formant un petit bec pointu (le péristome). L'endopéridium est généralement dépourvu de pied (il est sessile) ; il présente une teinte allant du brun grisâtre au « brun bois » chez les spécimens jeunes, tandis qu'il prend une couleur brun-jaune clair chez les spécimens séchés et non ouverts. La couche tissulaire externe, l'exopéridium, se fend en rayonnant depuis le sommet, formant ainsi quatre à huit branches qui se détachent de l'endopéridium. L'enveloppe fine et papyracée de ce dernier entoure une masse de spores et de tissus fertiles appelée glèbe. La partie centrale de la glèbe renferme une pseudocolumelle (une columelle non fixée au pied), généralement de forme cylindrique ou en massue, qui s'élève depuis la base ; son utilité pour l'identification est toutefois limitée, en raison de sa grande variabilité — au sein même du genre — en matière de persistance, de taille, de structure et de forme.

Les lobes de l'exopéridium mesurent de 2 à 4 cm de long et jusqu'à 4 mm d'épaisseur. La face externe des lobes (la face inférieure, après l'ouverture) ainsi que la surface des spécimens non encore ouverts présentent une texture rugueuse. Chez plusieurs espèces du genre Geastrum, des débris et de la terre adhèrent à la face inférieure ; ce n'est pas le cas chez G. triplex. Les couches charnues internes (face supérieure) de ces lobes prennent, une fois séchées, une teinte proche du « brun bois » ; elles sont recouvertes d'un tissu superficiel qui se fissure en plaques. L'ampleur de cette fissuration varie toutefois considérablement : ce tissu peut également rester étroitement solidaire de la paroi externe, formant une pellicule continue sur la partie centrale, tandis que la portion recouvrant les lobes se fissure plus ou moins, allant parfois jusqu'à se détacher par endroits

Chez G. triplex, la base des lobes se détache généralement tout autour de l'endopéridium, formant ainsi une sorte de coupelle ou de réceptacle dans lequel repose ce dernier. Cependant, tous les spécimens ne présentent pas cette structure, ce qui peut entraîner des confusions avec d'autres espèces de Geastrum. Curtis Gates Lloyd (en) a avancé que, dans les régions tropicales — caractérisées par des températures élevées et une forte humidité —, le champignon se déploie rapidement, ce qui favorise le détachement de la couche charnue et la formation d'un tel réceptacle ; dans les zones plus tempérées, ce phénomène serait moins marqué, voire « totalement absent ».

L'endopéridium mesure de 1 à 3 cm de diamètre sur 0,9 à 2 cm de hauteur ; il est sessile et présente une teinte brun grisâtre terne. Le péristome est constitué de fibrilles disposées radialement qui se regroupent au sommet en faisceaux de longueurs inégales, formant ainsi une ouverture à l'aspect irrégulier ou déchiré. La zone circulaire entourant le péristome est d'une couleur plus claire.


Espèces proches

Un sac sphérique brun clair, surmonté d’un « bec » pointu brun foncé. Le sac repose sur des rayons charnus, épais et à surface lisse, qui s’incurvent vers le bas et maintiennent le sac au-dessus du sol. Sur le sol se trouvent des morceaux de bois en décomposition, des brindilles et des feuilles.
Un sac sphérique blanchâtre, surmonté d’un petit « bec » pointu. Le sac repose sur six rayons charnus à la surface lisse. Au sol, on trouve de la terre, des morceaux de bois en décomposition, de petites pierres et des feuilles.
G. saccatum (à gauche) et G. fimbriatum (à droite) se distinguent de G. triplex par la couleur, l'absence de "soucoupe" et une taille inférieure.

Geastrum triplex peut être confondu avec G. saccatum ou G. fimbriatum car ses branches ne se fissurent pas toujours sur leur pourtour pour former une sorte de coupe sous le sac sporifère. Il est cependant plus grand que ces deux espèces. Les caractéristiques qui permettent de distinguer G. triplex des autres géastres comprennent l'absence de débris adhérant aux surfaces externes, la base en forme de soucoupe dans laquelle repose le sac sporifère, sa taille relativement importante, son péristome fibrilleux, ainsi qu'une zone plus claire entourant ce péristome et le séparant du reste de l'endopéridium. Contrairement à certaines autres espèces du genre Geastrum, les branches de G. triplex ne sont pas hygroscopiques : elles ne s'ouvrent pas et ne se ferment pas en fonction des variations du taux d'humidité.

Taxonomie

L'espèce a été décrite scientifiquement pour la première fois par le botaniste allemand Franz Wilhelm Junghuhn en 1840, sous le nom de Geaster triplex. Le nom de genre Geaster, introduit par le botaniste italien Pier Antonio Micheli en 1727 dans son ouvrage Nova Plantarum Genera, est considéré comme une variante orthographique de Geastrum. Junghuhn, qui vivait en Indonésie et y a étudié de manière approfondie la flore fongique, a découvert le spécimen type sur le mont Panggerangi (massif du mont Gede), sur l'île de Java, à une altitude comprise entre 900 et 1 500 mètres. Aujourd'hui, ce spécimen type est conservé à l'Herbier national des Pays-Bas, à Leyde. Le caractère morphologique utilisé par Junghuhn pour distinguer G. triplex des autres géastres semblables était la structure en forme de collerette que présente la couche interne de l'exopéridium. Plus tard, le mycologue américain Curtis Gates Lloyd a suggéré, à tort, que cette espèce n'était qu'une « forme géante » de Geastrum saccatum.

L'épithète spécifique triplex signifie « triple » et fait référence au péridium composé de trois couches. Geastrum triplex a reçu plusieurs noms vernaculaires, notamment « géastre à collerette » (en anglais : collared earthstar),, « géastre en soucoupe » (en anglais : saucered earthstar) et « géastre triple » (en anglais : triple earthstar).

Utilisations

Comestibilité

Bien que les sporophores ne soient pas toxiques, ils sont coriaces et fibreux, et considérés comme étant « sans intérêt alimentaire »,. Le mycologue David Arora (en) indique qu'ils sont réputés comestibles lorsqu'ils sont immatures — c'est-à-dire quand la glèbe est encore blanche et ferme —, mais il précise qu'on les trouve rarement sous cette forme.

Dans la médecine traditionnelle

Les géastres étaient utilisés à des fins médicinales par les peuples autochtones des Amériques. Les Pieds-Noirs les appelaient « ka-ka-toos », ce qui signifie « étoiles tombées » ; selon la légende, ils étaient le signe d'événements surnaturels. Les Cherokees plaçaient les sporophores sur le nombril des nouveau-nés, après la naissance, jusqu'à ce que le cordon ombilical desséché tombe ; il s'agissait « à la fois d'une mesure prophylactique et thérapeutique ». Dans la médecine traditionnelle chinoise, G. triplex est utilisé pour réduire l'inflammation des voies respiratoires, ainsi que pour stopper les saignements et diminuer les gonflements.

Chimie

Les sporophores de G. triplex ont fait l'objet d'analyses chimiques qui ont révélé la présence de plusieurs composés bioactifs, notamment des stérols fongiques tels que l'ergosta-4,6,8(14), 22-tétraén-3-one, le 5,6-dihydroergostérol, l'ergostérol et le peroxyergostérol. Ce champignon contient également divers acides gras, notamment les acides myristique, palmitique, stéarique, oléique, alpha-linolénique et linoléique.

Notes et références

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