| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Activités |
| A travaillé pour |
|---|
Geert van Bruaene, né à Courtrai le et mort à Bruxelles le , est un galeriste, brocanteur et tenancier de bistrots belge qui fut proche des écrivains et peintres surréalistes de Bruxelles ainsi que des artistes du groupe Cobra.
Comme le souligne Henri-Floris Jespers, « il est difficile de trouver des informations précises sur Geert van Bruaene (...) et ses entreprises diverses. Compagnon de route des surréalistes bruxellois et de Cobra, auréolé de ses relations avec des icônes artistiques incontournables, de Paul van Ostaijen et René Magritte à Dubuffet et Hugo Claus, il était inévitable qu’une légende se fût créée autour de ce personnage truculent.(...) Homme attachant mais roublard, esprit frondeur et volontiers mystificateur, provocateur par conviction et légèrement faussaire (tant par nécessité que par goût), il fut à sa manière un passeur discret (et distrait) entre les avant-gardes francophones et néerlandophones. »

Geer (qui signera souvent Gérard) van Bruaene arrive à Bruxelles avec ses parents vers 1905. D'abord acteur au théâtre royal flamand de Bruxelles et au théâtre de l'Alhambra, il se fait connaître comme galeriste, tenancier de bistrots et aussi brocanteur. Il donne aux galeries qu'il ouvre, et ferme de faillite en faillite, des noms pittoresques. À la Galerie du Parlement, il expose Félicien Rops et James Ensor. Au Cabinet des estampes philosophiques Maldoror qu'il crée en 1921, galerie composée de deux salles d'exposition et située dans l'hôtel Ravenstein, dont Michel de Ghelderode est le gérant, il vend à des prix dérisoires des œuvres de George Grosz, Otto Dix, Constant Permeke, Kandinsky, Paul Klee, Magritte, Victor Servranckx, Kurt Schwitters, Arp.
Avec son ami Paul van Ostaijen d' jusqu'en , puis avec Camille Goemans jusqu'à la fin de l'année 1927, il dirige la galerie À la Vierge poupine dans la rue de Namur, réinstallée 32 avenue Louise. Il y organise des expositions, notamment de la série de collages L'Histoire naturelle de Max Ernst, et Van Ostaijen y donne des conférences sur l'art moderne et la poésie. En , van Bruaene est l'un des protagonistes, avec Camille Goemans, René Magritte, E. L. T. Mesens et Paul Nougé, du tumulte qui bouleverse la représentation de Tam-Tam de Géo Norge.

Suivirent La Galerie de la Pépinière, Le Jabot de pluie, Le Vase de Soissons. Dans les années 1930 van Bruaene adopte avec sa compagne Marietje Cleren, elle-même patronne de café (De Hoef à Uccle, La Belle Étoile à Woluwe-Saint-Pierre), la formule bistrot-galerie-brocante pour À l’imaige Nostre-Dame, Impasse des Cadeaux, rue du Marché aux Herbes, « qu'il décorait lui-même, couvrant les murs d'un bric-à-brac affolant, où se mêlaient objets trouvés, peintures naïves, découpages de revues et de journaux, ainsi que des inscriptions manuscrites reproduisant ses aphorismes préférés ». « Que je dise tout de même », dit Louis Scutenaire, « que, à l’époque où tout le monde tenait ça pour des croûtes innommables, Gérard vendait les expressionnistes allemands, que c’est lui qui a répandu – on peut dire en Europe et, peut-être dans le monde, des gens comme Klee, comme Schwitters, comme Kokoschka, et quelques autres, et Arp ». Ses entreprises « financièrement catastrophiques, mais nourries d'une incomparable ferveur », écrit Patrick Waldberg, « furent les premières à glorifier Magritte en un temps où les "experts" et les "gens de goût" radiaient son nom des cadres de l'art ».
Durant le mois de Geert van Bruaene est également le créateur à Bruxelles, avec Paul Nougé, d'une des premières tentatives de ciné-club, à la « Salle Nouvelle », 11 rue Ernest Allard, au Grand Sablon, où sont projetés les films d’Abel Gance (La Dixième Symphonie), de D. W. Griffith (Le Lys brisé) et de Marcel L'Herbier (El Dorado).

En le Centre public d'action sociale de Bruxelles octroie à la compagne de van Bruaene, Marietje Cleren, patronne de café, la location de l'ancien Café des artistes au 55 rue des Alexiens afin d’y créer, selon sa proposition, une auberge à l’ancienne, de caractère folklorique, présentant des expositions permanentes de tableaux populaires et Geert van Bruaene y ouvre La Fleur en papier doré, café littéraire et artistique, que fréquentent notamment Paul Nougé, René Magritte, Marcel Mariën, Robert Goffin, Louis Scutenaire, Paul Colinet.
En , Gérard van Bruaene ouvre une nouvelle boutique, Le Diable par la Queue, au 12 de la rue de l’Homme-Chrétien. Pour son inauguration il organise une exposition de dessins et de peintures de son ami Jean Dubuffet. Une affiche-invitation est tirée en photolithographie ainsi qu’un catalogue, dénommé « Mémorial », de huit pages calligraphiées, avec trois lithographies de Dubuffet. La boutique est rapidement rebaptisée L’Agneau moustique et van Bruaene y expose notamment des peintres modernes congolais (entre autres les précurseurs Lubaki et Djilatento).
Le , les surréalistes bruxellois organisent un banquet à La Fleur en papier doré pour fêter le retour de Marcel Mariën, parti comme commis de cuisine à bord d’un cargo suédois. La photographie de groupe réalisée par l’antiquaire Albert van Loock sur le perron, est l'un de leurs portraits les plus connus des surréalistes belges, rassemblant, autour de van Bruaene dans son fauteuil, Marcel Mariën, Camille Goemans, Irène Hamoir, Georgette Magritte, E. L. T. Mesens, Louis Scutenaire, René Magritte et Paul Colinet. Une seconde photographie est probablement faite par Georgette Magritte
Dans les années 1950, sans faire lui-même partie du Mouvement CoBrA , Gérard van Bruaene se fait des amis de Lucebert, Karel Appel, Pierre Alechinsky, mais aussi de Christian Dotremont, Pol Bury, Hugo Claus (qui fête en présence de Corneille le ses noces avec Elly Overzier à La Fleur en papier doré), Louis Paul Boon, Simon Vinkenoog et Jan Walravens, rédacteur en chef de la revue Tijd en Mens dont l'équipe se réunit à La Fleur en papier doré.
Geert van Bruaene utilise de nombreux pseudonymes notamment: Gérard, Zérar, Le petit Gérard, Gérard l'absolu, Gérard le bistrot, Gérard le brocanteur, Henry de Lagardère, Gédéon la crapule.