Après une enfance marquée par «la solitude et le manque d'affection», Gilbert Lely se passionne pour la littérature grecque et latine. Il est tenté par le théâtre, avant de travailler dans l'édition d'art.
Il est membre du comité de rédaction de la revue Le Courrier graphique (1938). Fin connaisseur de l’histoire de la médecine, qu’il illustre dans la revue Hippocrate, et historiographe —à la suite du travail fondamental de Maurice Heine— du marquis de Sade, Gilbert Lely est également l'éditeur de ses œuvres complètes (1962-1964), dont il publie en outre la correspondance inédite.
C'est en 1942, face aux ruines du château de Lacoste, autrefois propriété de Sade, qu'il a une véritable illumination —«sa première rencontre mystique avec Sade»: l'amour de celle nommée «Josée» dans les poèmes du Château-Lyre se conjuguant soudain avec la présence de Sade et le souvenir de Maurice Heine.
En 1948, il rencontre le comte Xavier de Sade, qui lui ouvre les archives de sa famille, lui permettant ainsi d'entamer un travail d'historiographe et d'éditeur de Sade, qui sera poursuivi et complété, à sa manière, par Jean-Jacques Pauvert.
En 1952 et 1957, il fait paraître les deux tomes de Vie du marquis de Sade.
Poète
Protéiforme, son œuvre présente des libres traductions poétiques (Les Métamorphoses, 1930; La Folie Tristan, 1954), des poèmes dramatiques (Solomonie la Possédée, 1979) et des recueils divers (L’Épouse infidèle, 1966).
Yves Bonnefoy mentionne le côté «intemporel» de sa poésie et l'intérêt aiguisé de Lely pour le langage, sa relation particulière au langage, avec «un emploi rigoureux des mots, mené dans le scrupule le plus tendu mais avec des intuitions brusques, des intuitions fulgurantes», étant entendu que «l'écriture de poésie est l'intensification réciproque de la réalité que l'on vit et de la langue qui l'interroge». Bonnefoy lit dans cette tension entre vécu et langage un «grand cri de présence».
Pour Gilbert Lely, la poésie doit «dévorer la réalité» et «sert à rendre assimilables les éléments nutritifs de la Réalité.» Ainsi, rendant hommage à son ami René Char, dans le sillage du surréalisme, il donne cette définition de la poésie ou du «seul mode magnifique de vivre»:
«Nous avons toujours pensé que ce qui peut être dit de plus philosophique sur le fourvoiement éternel de l'homme, c'est que celui-ci a horreur de l'abolition des contraires. Or, le plus fécond espoir de l'existence nous semble précisément résider en des actes où se manifeste le refus des antinomies psychiques et métaphysiques que prétendent nous imposer les lois de la famille, de la religion et de l'ordre social présent ou à venir.»
Vie privée et décès
Marie-Françoise Lely, en 1995.
Gilbert Lely épouse à Paris en 1979, Marie-Françoise Le Pennec, née le .
Après la mort de son mari en 1985, Marie-Françoise Lely va s'employer à la réédition de son œuvre. Cela passe par la publication d'ouvrages comme Vie du marquis de Sade, réédité au Mercure de France en 1989 puis en 2004; la publication en trois volumes des Poésies complètes, édition critique établie et dirigée par Jean-Louis Gabin au Mercure de France en 1990, 1996, 2000; divers numéros d'hommage dans des revues, dont L'Infini en 1989, dirigée par Philippe Sollers.
En 1991, une soirée est organisée au Centre Georges-Pompidou, à l'initiative d'Yves Bonnefoy, dans le cadre de la Revue parlée, accompagnée d'une exposition intitulée «Pour Gilbert Lely».
À l'occasion du festival d'Avignon 1996, le metteur en scène Christian Rist monte cinq spectacles originaux tirés de l’œuvre de Gilbert Lely et créés spécialement à cette occasion, en particulier deux pièces de théâtre, Ne tue ton père qu'à bon escient, tragédie de jeunesse, datée de 1932, saluée à l'époque par l'écrivain André Suarès, et Solomonie la possédée, poème dramatique tiré du conte russe d’Alexeï Remizov; une lecture originale, par de très jeunes gens, de La Folie Tristan, poème anglo-normand du XIIesiècle, adapté et réécrit par Lely tout au long de son existence, telle une œuvre «fétiche»; ainsi qu'une mise en scène des Six métamorphoses d'Ovide, dans une traduction libre du latin par Lely. Ces créations sont reprises à la rentrée au Théâtre Molière à Paris.
En 2004 ont lieu les manifestations du «Centenaire de Gilbert Lely» avec un colloque à la Maison de l'Amérique latine et à la Sorbonne. Ce Centenaire est d'abord conçu comme la recherche de lieux symboliques dans Paris; le cœur en est une exposition «Hommage à Gilbert Lely - 1904-1985», qui se tient à la bibliothèque de l'Arsenal. Enfin, une soirée Revue parlée, intitulée «Gilbert Lely biographe, écrire Sade», a lieu au Centre Pompidou.
Je ne veux pas qu'on tue cette femme, avec un frontispice de Max Ernst, Paris, Éditions Surréalistes, 1936
La Sylphide ou l’Étoile carnivore, Paris, Éditions Le François, 1938
Ma civilisation clandestine, édition dactylographique, avec un frontispice et un «portrait érotique voilé» de Max Ernst et une photographie de l'auteur par Man Ray, 1942
La Folie Tristan, poème anglo-normand du XIIesiècle traduit dans son mètre original, première version, Paris, Éditions d'Histoire et d'Art, 1954; deuxième version, Paris, Hugues, 1959; troisième version «définitive», Paris, Pauvert, 1964
L'Inceste l'été, poésie, suivie d'Observations sur le rang numérique du dernier pape Jean, avec une eau-forte originale de Jacques Hérold, Paris, chez l'auteur, 1964
L’Épouse infidèle, Paris, Jean-Jacques Pauvert, avec deux eaux-fortes de Leonor Fini, 1966
Poésies complètes, texte établi et annoté par Jean-Louis Gabin, préface d'Yves Bonnefoy, 3 tomes, Paris, Mercure de France, tome I (1990), tome II (1996), tome III (2000)
Édition de et sur Sade
D.A.F. de Sade. Morceaux choisis de Donatien-Alphonse-François, marquis de Sade; publiés avec un prologue, une introduction et un poème, un aide-mémoire biographique, une bibliographie, treize documents hors-texte et deux lettres inédites du marquis, Paris, éditions Seghers, 1948 (BNF32596234)
Vie du marquis de Sade, tome I, Paris, Gallimard, 1952 - tome II, Paris, Gallimard 1957; nouvelle édition revue et très augmentée, Paris, chez Pauvert aux Éditions Garnier, 1982; éd. définitive, Paris, Mercure de France, 1989 et 2004
Œuvres complètes du marquis de Sade, établies sur les originaux imprimés ou manuscrits, Paris, Cercle du Livre précieux, 1954
édition définitive, avec trois cent soixante illustrations documentaires, 1962-64, 15 vol. in-8°, tirage 2 000 ex. sur vélin d'Arches
nouvelle édition, 1966-67, 16 tomes en 8 vol. in-8°, tirage 4 500 ex. sur papier bible
Sade (quelques chapitres de la Vie du marquis de Sade), Paris, Gallimard, coll.«Idées», 1967
Plusieurs éditions et présentations de textes et correspondances de Sade, dont Le Portefeuille du Marquis de Sade, textes rares et précieux, Paris, La Différence, 1977; Lettres et Mélanges littéraires écrits à Vincennes et à La Bastille, avec des lettres de Mme de Sade, de Marie-Dorothée de Rousset et de diverses personnes, 3 tomes, Paris, Éditions Borderie, 1980
Notes et références
↑Richard Blin, notice «Gilbert Lely», in Le Nouveau Dictionnaire des auteurs, de tous les temps et de tous les pays, volume II, Robert Laffont, coll.«Bouquins», 1994, p.1854.
↑Entretien par Bernard Noël sur France Culture, 30 septembre 1976. Il écrit dans Le Château-Lyre: «Debout dans la gravitation des certitudes, / L'ombre magnétique de Sade nous répondait de notre amour. […] Toi, l'espace, les monts, Sade, les jours futurs, / La volupté, le verbe, en un seul diamant.» Poésies complètes, tome I, Mercure de France, 1990, p.84-85.
↑Yves Bonnefoy, «Crier le nom», préface à Gilbert Lely, Poésies complètes, tome I, Mercure de France, 1990, p. 12-13.
↑Ma civilisation clandestine (1942), in Poésies complètes, tome III, Mercure de France, 2000, p. 74. Phrase qu'il reprend ailleurs, dans plusieurs autres écrits, et notamment dans La Sylphide ou l'Étoile carnivore (1938), recueil par lequel Yves Bonnefoy eut la révélation d'un «grand poète», in Poésies complètes, tome III, p. 64.
↑«René Char», in Poésies complètes, tome III, Mercure de France, 2000, p. 194.
↑Brigitte Salino, «L'église des Célestins saisie par la chair et la volupté.
Le directeur du Studio classique, Christian Rist, fera découvrir le théâtre voluptueux de Gilbert Lely, le biographe de Sade.», Le Monde, (lire en ligne)
↑René Solis, «FESTIVAL D'AVIGNON. Redécouverte du poète et biographe de Sade. Rist relit Lely à très bon escient «Ne tue ton père qu'à bon escient» et «Solomonie la possédée», de Gilbert Lely, mise en scène de Christian Rist, jusqu'au 19 juillet, à 18 heures, église des Célestins.», Libération, (lire en ligne)
Yves Bonnefoy, «La cent et unième journée», in: L'Improbable et autres essais, coll.«Folio/Essais», 1991; «Un poète figuratif», in La Vérité de parole, coll.«Folio/Essais», 1993
Hommage à Gilbert Lely - 1904-1985, publié sous la direction de Sabine Coron, Société des amis de la bibliothèque de l'Arsenal, Bordeaux, William Blake & Co, 2005
Gilbert Lely, la passion dévorante, actes du colloque «Gilbert Lely, le centenaire, 2004», textes de Jean-Christophe Abramovici, Sarane Alexandrian, Patrick Amstutz, Henri Béhar, Yves Bonnefoy, Stéphanie Caron, Jean-Remi Dahan, Michel Delon, Eddy Florentin, Jean-Louis Gabin, Jacques Henric, Marc Kober, Claudie Massaloux, Laure Michel, Emmanuel Rubio, Michel Viegnes, Pierre Vilar et de Gilbert Lely, réunis par Emmanuel Rubio. Lausanne, L'Âge d'homme, Paris, 2007