| Naissance | Biarritz |
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| Décès | Paris |
| Sépulture | |
| Nationalité | |
| Formation |
Beaux-Arts de Paris de 1961 à 1966 |
| Activité |
plasticienne, performeuse |
| Mouvement |
performances, art corporel (ou body art) |
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| Représentée par |
Gina Pane est née le 24 mai 1939 à Biarritz dans les Pyrénées-Atlantiques et morte le 5 mars 1990 à Paris. C'est une artiste plasticienne française et une artiste performeuse, associée à l'art corporel.
Fille d'un père italien restaurateur de piano et d’une mère autrichienne, Gina Pane grandit à Turin avec sa sœur jusqu’en 1961 lorsqu’elle décide de partir étudier à Paris.
Elle fait ses études aux Beaux-Arts de Paris de 1961 à 1966 (section Peinture et Lithographie) et aux Ateliers d'art sacré. Elle est d'abord peintre dans la mouvance de l'abstraction géométrique (1962-1967). De sa formation classique aux Beaux-Arts, elle conservera un intérêt sans cesse renouvelé pour le corps. Sa carrière de performeuse débute en 1968 lorsqu’elle décide de rompre avec l’acte de peindre, dès lors elle met le corps au centre de sa création artistique. Cette même année, elle réalise des sculptures et des installations dans lesquelles le rapport du corps à la nature est essentiel. Dans les années 1970, elle devient une des figures majeures de l'art corporel avec des actions qui mettent son corps à l'épreuve.
Elle enseignera à l'école supérieure des beaux-arts du Mans de 1975 à 1990 et dirigera un atelier de performance au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou en 1978 et 1979 à la demande de Pontus Hulten. Dans les dernières années de sa vie, elle était en couple avec Anne Marchand avec qui elle a collaboré pour le court-métrage Solitrac (1968). Elle meurt prématurément en 1990 à Paris des suites d'un cancer.
Gina Pane a réalisé des peintures géométriques (1962-1967) avant de s’investir dans les sculptures et les installations. Proches des explorations de Bruce Nauman et Robert Morris, ses premières peintures, hors d’une recherche formelle, engagent déjà ses thèmes de travail futurs. La relation du corps à la nature détermine ses sculptures et surtout ses premières actions. Figure majeure de l’art corporel des années 1970, elle a composé une série d'actions minutieusement préparées et documentées, où chaque geste est accompli avec une dimension rituelle.
Dès les années 1970, Gina Pane se sert de son corps comme outil de création comme de nombreuses performeuses telles que Ana Mendieta, Valie Export et Marina Abramović. De cette façon, elles dénoncent les normes que la société impose aux corps et en particulier aux corps des femmes. La performance permet aux artistes féminines de se réapproprier leurs corps dans l’art qui a longtemps été réduit à un rôle de modèle, dépendant de la vision masculine.
Toute action de Gina Pane comporte 3 phases. La première étape est la préparation, la genèse du projet consiste à la réalisation de dessins, de textes, de photographies, préparation du processus des gestes. La seconde étape est la réalisation de l’action elle-même. Lors de l’action, Françoise Masson, la photographe officielle de Gina Pane, était chargée de capturer la performance selon les instructions précise de l’artiste. La troisième étape est la sélection des photographies. Gina Pane porte une grande importance aux constats photographiques qui sont la formalisation plastique de l’action. Les images fixes ne restituent que certains moments de la performance à l’inverse de la vidéo qui retranscrit la totalité de l’action. Ce pourquoi Gina Pane utilise des séries séquentielles afin de restituer au mieux l’action passée.
La parole est exclue de l'action, elle utilise son corps comme moyen de communication, il devient langage. Lors de ces actions, elle porte souvent un pantalon et une chemise blanche, rapprochant son corps de la toile prête à être peinte. Les actions sont souvent impressionnantes par leur dureté et la douleur qu'elles engendrent. Elle se penche sur les souffrances du corps féminin et insiste que ses gestes ne sont pas de la mutilation mais des blessures. Elles figurent son engagement et sa révolte. Comme elle le dit elle-même : « Je me blesse mais ne me mutile jamais. (...) La blessure? Identifier, inscrire et repérer un certain malaise, elle est au centre».
Gina Pane préfère le terme "action" à performance et happening qui induisent une connotation théâtrale.
Gina Pane distingue elle-même trois périodes dans son évolution artistique.
Une première période où Gina Pane est seule dans la nature elle déplace des éléments naturels, son corps est un lien entre deux lieux et des éléments avec lesquels elle entretient une relation intime. Par ses actions corporelles, elle met en question la relation personnelle à la nature dans Pierres déplacées une action dans laquelle elle déplace des petites pierres de l'ombre à la lumière (1968), Terre protégée (1968-1970) ou Enfoncement d'un rayon de soleil (1969). Ses actions ou ses installations se déroulent souvent dans l'intimité.
Entre 1971 et 1979 ses actions seront mises en œuvre dans son atelier puis en public, elles supposent toutes une blessure. Cette seconde période pose la problématique du corps actif face au public. Le support du travail est l'espace-temps. De l'œuvre d'art proprement dite, il reste le relevé photographique d'un certain nombre de moments soigneusement choisis et l'objet performatif. Les actions constituent une recherche d'un autre langage, d'une pratique biologique de l'existence par une tentative de transformation de l'individu au travers d'une volonté de communion avec l'Autre. L'action Escalade non-anesthésiée, est l'une de ses premières actions réalisées au sein de son atelier. En 1973 à la Galerie Diagramma à Milan, Gina Pane réalise par exemple une action nommée Azione sentimentale devant un public au premier rang exclusivement féminin. Dans cette dernière, l'artiste répète deux fois la même séquence, avec pour accessoire un bouquet de roses rouges, puis un bouquet de roses blanches. Passant progressivement de la station debout à la position fœtale, elle exécute d'abord un mouvement de va-et-vient avec le bouquet, avant de se mettre les épines d'une rose dans le bras et de pratiquer une incision avec une lame de rasoir dans la paume de sa main. Son bras se transforme alors en rose, la blessure évoquant les pétales et l'avant-bras représentant la tige de la fleur.
De 1980 à 1989, Gina Pane entreprend la troisième phase de son évolution artistique : Les Partitions, entre installations et sculptures qui font référence à ses actions passées. Le rôle du corps et sa relation au monde demeurent le sujet central. Le langage mis en place dans ses actions est alors utilisé dans un travail de création autonome. La représentation de la blessure devient symbolique. Les Partitions mêlent des photographies de ses précédentes blessures à divers objets (jouets, verre, etc.) déjà présents dans ses actions. En outre, elle s'inspire de l'iconographie traditionnelle religieuse et de la vie des saints. Dans les dernières Partitions, la matérialité du corps se retrouve traduite au travers de matériaux tels le bois, le fer, le verre et le cuivre. Par la voie du souvenir, de ses actions et par les évidentes références à l'histoire de l'art d'Ucello à Memling, Gina Pane révèle une démarche profondément liée au sacré.
Gina Pane envisage le corps comme le support de l’expression artistique mais également en tant que moyen de communication. Pendant ses performances, l’artiste reste muette mais se sert de son corps afin d’exprimer un message. Elle déclare dans le magazine féministe Sorcières que le discours du corps est le lien unique : un signe de communication . A ce propos l’artiste écrit « Mes expériences corporelles démontrent que le « corps » est investi et façonné par la Société : elles ont pour but de démystifier l’image du « corps » ressentie comme bastion de notre individualité pour la projeter dans sa réalité essentielle, de fonction de médiation sociale. ».
Dans la seconde période de créations, le discours du corps de Gina Pane est intimement lié à la blessure et au sang. Ses actions entre 1971 et 1979 sont construites autour de la blessure. La douleur de l’Escalade non-anesthésiée est avant tout symbolique, le sang ne coule pas véritablement dans cette action mais c’est bien le cas pour de nombreuses autres de ses performances, notamment l’action Autoportrait(s) (1973), l’Action Laure (1977), l’action Mezzogiorno a Alimena (1978). Mettre son corps a mal est une façon de sortir de la représentation habituelle de la société. Gina Pane avec le langage du corps et la blessure, donne à voir et à ressentir la souffrance souhaitant se débarrasser de la perversion de la société marchande. C’est également un moyen de s’insurger contre les dictas et tabous qui pèsent sur les corps dont ceux des femmes en particulier qui doivent être beaux, parfaits et jeunes. La mutilation de Gina Pane peut choquer le spectateur voir provoquer en lui de l’aversion, ce qui est certain c’est qu’elle ne laisse pas indifférent. La blessure inscrit un malaise chez le spectateur qui provoque l’empathie et renvoi à son propre corps, et témoigne de la sensibilité de chacun. L’ouverture du corps est pour la performeuse un moyen de se rapprocher de l’altérité, de constituer une communion symbolique avec autrui en touchant à la chair. Entre 1968-1981, Gina Pane s'attache a mettre en évidence un lien universel a la nature, puis entre les êtres humains.
Dans la troisième phase de ses productions, la sacralité sous-jacente aux œuvres de Gina Pane prend corps dans les Partitions qui inspirées par les martyrs.
Ce langage du corps relève également d’une universalité de l’humain ; le partage de l’expérience corporelle et du sang comme symbole de vie ainsi que la douleur commune éprouvée. Elle écrit « Le corps a sa place capitale dans le “nous.” », il y a une volonté de rompre avec l’individualité pour créer un sentiment de partage et de communion.
De 1967 à 1990, son œuvre a été présentée à travers de nombreuses expositions personnelles et collectives, actions et installations. Gina Pane est représentée par la galerie Kamel Mennour, à Paris.
« Vivre son propre corps veut dire également découvrir sa propre faiblesse, la tragique et impitoyable servitude de ses manques, de son usure et de sa précarité. En outre, cela signifie prendre conscience de ses fantasmes qui ne sont rien d’autre que le reflet des mythes créés par la société… le corps (sa gestualité) est une écriture à part entière, un système de signes qui représentent, qui traduisent la recherche infinie de l’Autre. »