Giovanni Lista

Giovanni Lista
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Giovanni Lista est un historien et critique d’art italien, né le à Castiglione del Lago, dans la province de Pérouse, et mort le 3 octobre 2026 à Paris. Spécialiste de la culture artistique des années 1920 et du futurisme en particulier, il a consacré des travaux aux relations entre les arts visuels et les arts de la scène dans l'histoire du xxe siècle.

Biographie

Giovanni Lista suit des études universitaires en Italie et en France, puis s’installe à Paris en .

Enseignant à l’université, il devient en 1974 chercheur au CNRS. Après avoir été associé aux laboratoires de recherche dirigés par Denis Bablet et Louis Marin, en 1992 il est nommé directeur de recherche.

Il fonde en 1988 la revue Ligeia, dossiers sur l’art dont le nom se réclame du mythe de la sirène grecque citée par Platon.

Contributions critiques

Entre 1973 et 1988, il traduit en français les écrits de Filippo Tommaso Marinetti, Luigi Russolo, Umberto Boccioni, ainsi que les synthèses théâtrales, les textes théoriques et les manifestes futuristes, faisant ainsi plusieurs recueils et anthologies qui introduisent et font connaître l’avant-garde italienne en France. Il développe parallèlement une approche originale du « cubo-futurisme français » de Fernand Léger, Robert Delaunay, Marcel Duchamp, Jacques Villon, Francis Picabia, Raymond Duchamp-Villon et Jean Metzinger.

En 1976, il publie la première biographie de Filippo Tommaso Marinetti, débutant également l’analyse des idées politiques du fondateur du futurisme. Après avoir étudié l’évolution politique du mouvement futuriste, il approfondit et assume la distinction, formulée par les futuristes florentins, entre « futurisme et marinettisme ». Il critique les différents approches unitaires des idées politiques futuristes et publie en 1980 l’essai Art et politique : le futurisme de gauche en Italie , complétant ainsi sa reconstitution historiographique de l’idéologie futuriste.

En 1979, il répertorie les innovations postales des futuristes. Il constitue un nouvel objet historiographique : « l’art postal futuriste », revendiquant l’invention du Mail Art pour les avant-gardes des années 1920.

La même année, il commence ses recherches sur la photographie futuriste et sur les relations problématiques que les futuristes ont entretenu avec les nouveaux médias technologiques. Il y consacre plusieurs publications et une série d’expositions (Paris, Modène, Cologne, Tokyo, New York, Londres, Florence, 1981-2009), définissant en particulier la spécificité de l’élaboration esthétique futuriste dans les domaines de la photo-performance, du photocollage et du photomontage par sandwich de plusieurs négatifs.

En 1982, il organise à Paris l’exposition Futurisme : abstraction et modernité, qui explore l’apport futuriste à un art abstrait axé sur l’expérience sensible du réel.

En 1982, puis 1984, il publie en deux volumes le catalogue général de l’œuvre de Giacomo Balla, artiste futuriste dont il organise plus tard une grande rétrospective (Milan, 2008).

Dans son livre De Chirico et l’avant-garde, paru en 1983, il réunit une riche documentation épistolaire inédite sur les relations entre artistes italiens et artistes français. Il étudie ainsi le rôle de Giorgio De Chirico dans l’évolution de la culture artistique d’avant-garde pendant la première guerre mondiale. Par la suite, il consacrera d’autres essais à De Chirico, publiant également une édition critique des écrits du peintre sur l’art métaphysique.

En 1984, il organise l’exposition Le Livre futuriste à l’Institut culturel italien de Paris qui permet de découvrir l’étendue des innovations futuristes dans les domaines du livre-objet, du livre typographique, du livre-théâtre, du livre-machine, des compositions graphiques, des planches de mots en liberté, du tableau-poème.

En 1985, il publie Le Futurisme, un livre de synthèse dans lequel il précise en particulier son refus de la formule du « second futurisme » utilisée en Italie pour définir la période qui a suivi la mort de Boccioni, et propose un nouveau classement historiographique par décennies des différentes recherches de mouvement futuriste : le « dynamisme plastique » des années 1910, l’« art mécanique » des années 1920, l’« aéro-esthétique » des années 1930. Il approfondit ensuite la poétique de l’art mécanique en publiant un essai sur Vinicio Paladini qui en fut l’initiateur. En 1989, avec l’essai La Scène futuriste, il explore l’osmose qui relie les arts plastiques et le théâtre dans tous les aspects des pratiques futuristes orientées vers la scène théâtrale.

L'exposition qu'il consacre au Dadaïsme, Dada. L'Arte della Negazione, au Palazzo delle Esposizioni de Rome en 1994, en collaboration avec Arturo Schwarz et Rossella Siligato, s'accompagne d'un catalogue où il réunit de nombreuses années de recherches sur les liens et les résonances entre le dadaïsme et les expressions de l'avant-garde dans la péninsule italienne. Il y développe, en outre, une réflexion sur la filiation entre la pensée libertine des Lumières et la radicalité de Dada qui fera l'objet d'une nouvelle publication en 2005.

Le riche essai biographique qu'il dédie à Loïe Fuller, paru en 1995, met au jour des sources inédites et propose une réévaluation profonde de la contribution de l'artiste de scène américaine - dont la réception de son vivant resta cantonnée au Music-Hall - à l'histoire des avant-gardes. Giovanni Lista voit dans la danse multimédia de Loïe Fuller, entre autres, une anticipation de l’esthétique futuriste du mouvement. Révélant l’étendue et l’originalité de cette pionnière de la danse moderne, il réalise également le film de montage Loïe Fuller et ses imitatrices. La même année, il publie un essai sur Medardo Rosso, dont il réunit parallèlement les écrits théoriques traitant de la sculpture impressionniste.

En 1997, dans l'encyclopédie La Scène moderne, encyclopédie mondiale des arts du spectacle dans la seconde moitié du XXe siècle (1945-1995), il développe, au-delà du texte dramatique, l’étude des différents formes visuelles de la création scénique au sein de la civilisation contemporaine de l’image. Outre les catégories traditionnelles, telle l’opéra, ballet, la danse, la marionnette, le cirque, etc., il y répertorie les nouvelles expressions de la performance, du spectacle multimédia, du théâtre dansé et du théâtre d’artiste.

En 2001, Giovanni Lista aborde l’étude du cinéma futuriste dont il propose la redécouverte en organisant trois grandes rétrospectives (Rovereto, Barcelone, Paris, 2001-2009). La même année, son ouvrage Le Futurisme : création et avant-garde, aborde le futurisme comme l'expression d’un kunstwollen identitaire qui traverse et nourrit l’art moderne italien depuis l’accomplissement de l’unité nationale du pays. En 2003, dans le livre Le Sperme noir, il s’interroge sur la connexion profonde entre éros et écriture.

En 2005 paraît son essai Dada libertin & libertaire, mettant en évidence, au-delà du caractère protéiforme du dadaïsme, le libertinage philosophique comme source idéelle de Dada. En 2009, il organise à Milan la rétrospective célébrant le Centenaire de la fondation du mouvement futuriste. Il y reprend sa structuration historiographique du futurisme dont il souligne le modèle activiste, la recherche in progress et la poétique d’une éphémérisation de l’art.

En 2011, il publie le livre La Stella d’Italia (l'étoile d’Italie), un essai fouillé sur les origines et l’histoire du mythe de la Stella Veneris comme symbole de la terre italienne depuis la Rome antique. Il y réunit également un très vaste dossier iconographique (œuvres d’art, monuments, illustrations, affiches, objets décoratifs, etc.) sur la représentation allégorique de l’Italie à travers l'histoire : une femme drapée, portant sur la tête une couronne murale surmontée d’une étoile.

Entre 2012 et 2013, Giovanni Lista fait paraître deux nouvelles études. L'une est une monographie consacrée à Enrico Prampolini, artiste qui a joué un rôle majeur dans l'aéropeinture futuriste et le développement de cette esthétique dans les arts appliqués. La seconde est consacrée à l'"Homme de Vitruve" de Léonard de Vinci et à la réinterprétation de ce modèle de la figure humaine par les artistes d'avant-garde: les futuristes, les cubo-futuristes, les expressionnistes, mais aussi les néo-classiques du « retour à l'ordre » des années 1930 ou les artistes contemporains, tels Pistoletto, Nam June Pake, Dieter Appelt, Ontani, Arnold Skip.

Il s’est par ailleurs attaché à étudier le proto-cubisme d’Antoine Bourdelle, l’art abstrait d’Auguste Herbin et d’Alberto Magnelli, les innovations théâtrales de Luigi Pirandello, Pierre Albert-Birot, Émile Malespine, ou encore les prolongements et les retournements dialectiques des idées formelles du futurisme chez les auteurs, les artistes et les mouvements des néo-avant-gardes de la seconde moitié du XXe siècle : Lucio Fontana, Alberto Burri, Frank Gehry, Eugène Ionesco, l’Arte Povera, la Poesia Visiva, le Processus Art, la performance et le Théâtre-Image.

La revue Ligeia. Dossiers sur l'art, qu'il a fondée en 1988 et dirigée jusqu'en 2025, a été la plateforme de débats féconds entre l'analyse critique de l'histoire de l'art et les voix, les positions et les questionnements de l'art contemporain.

Distinctions


Principaux ouvrages

Préfaces

Entretiens

Notes et références

  1. ↑ « Le Figaro : Deuils - Giovanni LISTA », sur carnetdujour.lefigaro.fr (consulté le )
  2. ↑ Notice d'autorité de la Bibliothèque nationale de France.
  3. ↑ « ligeia : dossiers sur l'art - éditions », sur www.revue-ligeia.com (consulté le )

Voir aussi

Liens externes