Hanjian

En Chine, le terme hanjian (漢奸) est une connotation péjorative et s'applique à ceux qui sont perçus comme des traîtres à l'État chinois et, dans une moindre mesure, à l'ethnie chinoise Han. Ce terme se distingue du mot général désignant un traître, qui pourrait s'appliquer à toute nation ou origine ethnique. En tant que vocable chinois, "hanjian" est un digramme des caractères chinois signifiant « Han » et « traître ». Les Han constituent le groupe ethnique majoritaire en Chine, tandis que "jian", dans le langage juridique chinois, faisait originellement référence à des relations sexuelles illicites. Le terme impliquait ainsi qu'un Chinois Han entretenait une relation illicite avec l'ennemi. En Occident, "hanjian" est souvent traduit par « collaborateur ».

Histoire

Une affiche de propagande chinoise intitulée « Le sort des Hanjians », émise par l'Association de tous les citoyens partisans de la guerre de résistance de la capitale, fut placardée dans toute la ville de Nankin peu après la bataille éponyme. Dans un mouvement circulaire en suivant le sens des aiguilles d'une montre, en partant de l'angle supérieur droit, sont illustrés : un hanjian battu par une foule en furie ; un hanjian signalant aux avions ennemis, trouvant la mort lors d'un raid aérien ; la tête décapitée d'un hanjian exhibée à titre d'avertissement pour les autres ; enfin, un hanjian appréhendé et fusillé.

Le vocable hanjian est issu d'une « fusion d'identités politiques et ethniques, souvent indistinctes dans l'expression du nationalisme chinois ». Il était et demeure appliqué aux individus désignés comme collaborateurs, parmi lesquels tous n'étaient pas ethniquement Han. L’usage contemporain de ce terme trouve ses racines dans la Seconde Guerre sino-japonaise, période durant laquelle les circonstances contraignirent les figures politiques chinoises à opter entre résistance et collaboration. La subtilité dans la compréhension non seulement des motifs ayant poussé certains Chinois à coopérer avec les Japonais, mais également de la raison pour laquelle cette coopération pouvait sembler judicieuse à l'époque, a fait de hanjian un terme ambigu dans l'histoire moderne, plutôt qu'une notion binaire souvent perçue comme telle.

On peut distinguer deux catégories de hanjian, ou collaborateurs, lorsqu'on examine la période de la guerre sino-japonaise : d'une part, les instruits et les intellectuels, motivés par la quête du pouvoir et de la richesse à titre personnel ; d'autre part, les individus pauvres et dénués d'instruction, que la misère incitait à rechercher pouvoir et richesse, et dont l'ignorance les empêchait de justifier leurs actes. Cette distinction, ainsi que l'ambiguïté contemporaine du terme, révèle que ces deux catégories avaient des motivations distinctes, bien que parfois convergentes.

Instruits et intellectuels

Wang Jingwei

L'hanjian éduqué était souvent réservé aux individus appartenant soit aux cercles académiques, soit aux cadres gouvernementaux. Le gouvernement hanjian le plus tristement célèbre de la Chine continentale fut le gouvernement national réorganisé de la République de Chine, communément désigné sous l'appellation de régime de Wang Jingwei, du nom de son président. Le régime de Wang Jingwei aspirait à devenir la force gouvernementale prédominante en Chine et nourrissait l'ambition de réaliser cet objectif par le biais de la collaboration et de la soumission au Japon, dans ce qu'il qualifiait de « Mouvement pour la paix ». Wang se heurta à une vive opposition lors de ses déplacements dans des métropoles telles que Shanghai, et les intellectuels exprimant une quelconque sympathie à l'égard de Wang s'exposaient à l'ostracisme, voire à la mort.

Pendant la Seconde Guerre sino-japonaise, l'Armée nationale révolutionnaire subit diverses défaites face à l'Armée impériale japonaise. Tchang Kaï-chek, attribuant ces revers à l'espionnage perpétré par les hanjian, ordonna à Chen Lifu, commandant de la Clique du Club central, de procéder à l'arrestation des suspects. Ainsi, 4 000 personnes furent appréhendées à Shanghai et 2 000 à Nankin. En raison de l'instauration de la loi martiale, les procédures judiciaires formelles n'étaient point requises, et les condamnés furent promptement exécutés en public, sous les regards de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, avec une approbation manifeste.

Sans instruction

Les militaires originaires de Taïwan qui, sous l'uniforme nippon, prirent les armes contre les troupes chinoises et les forces alliées, sont également désignés sous le terme de hanjian. En 1937, la République de Chine institua une législation significative :

« La pièce maîtresse des lois anti-hanjian, le « Règlement sur le traitement des cas de hanjian (chuli hanjian anjian tiaoli) », promulgué en août 1937, identifiait les collaborateurs sur la base de leur conduite en temps de guerre et prévoyait des sanctions indépendamment de leur âge, de leur sexe ou de leur appartenance ethnique. Le discours populaire anti-hanjian accordait toutefois une attention particulière aux « collaboratrices » et utilisait un vocabulaire très sexué pour attaquer les suspects de hanjian des deux sexes. En complément de la purge légale des collaborateurs, cette littérature a exercé une pression extrême sur les individus ciblés comme hanjian et a influencé la manière dont les crimes politiques devaient être exposés et transposés dans d'autres aspects de la vie sociale. »

Nombre de Taïwanais furent traînés devant les tribunaux par le gouvernement nationaliste sous l'accusation de hanjian, et ce, en dépit d'une exégèse du Yuan judiciaire, promulguée en janvier 1946, qui déconseillait formellement pareille poursuite.

Après le Sook Ching, ou nettoyage ethnique par extermination massive des Chinois de souche opposés à l'occupation japonaise de Singapour et de la Malaisie durant les mois de février et mars 1942, Tan Kah Kee, éminent industriel et philanthrope d'Asie du Sud-Est, suggéra au gouvernement provisoire de la République de Chine d'assimiler à des hanjians tous les Chinois ayant tenté de négocier avec les Japonais. Cette proposition fut adoptée par le deuxième Yuan législatif et reçut les éloges des résistants chinois.

Personnes remarquables considérées comme des hanjians

Dans la culture populaire

Dans la mélodie militante dirigée contre le communisme et la Russie, composée sous l'égide de Tchang Kaï-chek, se trouve un fragment lyrique où l'on dénote l'expression 殺漢奸, se traduisant littéralement par « anéantir les traîtres ».

Dans les représentations cinématographiques et télévisuelles chinoises, les personnages désignés sous le terme de hanjian (汉奸), ou traîtres à la patrie, apparaissent fréquemment comme des traducteurs. Ce groupe est parfois également appelé er guizi (二鬼子), signifiant littéralement "deuxième démon", ou jia yang guizi (假洋鬼子), traduisible par "faux démons étrangers". Un exemple emblématique de cette représentation se trouve dans le célèbre sketch de l'acteur chinois Chen Peisi, intitulé Zhujue yu Peijue (主角与配角), soit "L'acteur principal et l'acteur de soutien". Dans cette prestation, Chen Peisi interprète un acteur de soutien dont le personnage est un traducteur travaillant pour l'armée impériale japonaise. Le rôle du traducteur consiste à diriger les opérations militaires, transmettant des messages entre les officiers japonais et ceux de la huitième route, ce qui est illustré par l'acteur Zhu Shimao. Dans cette pièce, il est suggéré que si Zhu Shimao se rend, l'officier japonais lui proposera une offre séduisante.

Voir également

Références

  1. 1 2 Yun Xia, « Engendering Contempt for Collaborators: Anti-Hanjian Discourse Following the Sino-Japanese War of 1937–1945 », Journal of Women's History, vol. 25, no 1,‎ , p. 111–134 (ISSN 1527-2036, DOI 10.1353/jowh.2013.0006, S2CID 144816452)
  2. ↑ Brook, Timothy, Collaboration : Japanese agents and local elites in wartime China, Cambridge, MA, Harvard University Press, (ISBN 9780674023987, OCLC 77012551), p. 245
  3. ↑ Brook, Timothy, Collaboration : Japanese agents and local elites in wartime China, Cambridge, MA, Harvard University Press, (ISBN 9780674023987, OCLC 77012551), p. 231
  4. ↑ Fu, Poshek, Passivity, resistance, and collaboration : intellectual choices in occupied Shanghai, 1937–1945, Stanford, CA, Stanford University Press, (ISBN 0804721726, OCLC 27814882), p. 112
  5. ↑ Yomiuri Shimbun, September 14, 1937 page 7
  6. ↑ Gahō Yakushin no Nippon, December 1, 1937
  7. ↑ The New York Times August 30, 1937 page 3
  8. ↑ Han Cheung, « Taiwan in Time: The Taiwanese 'hanjian' problem », Taipei Times,‎ (lire en ligne, consulté le )
  9. ↑ « 陈佩斯 朱时茂经典小品《主角与配角》-我爱小宋网 » [archive du ], www.5ixiaosong.com