Heqin (chinois : 和亲 ; chinois traditionnel : 和親 ; pinyin : ; Wade : Ho-ch'in), ou mariage d'alliance, se réfère à la pratique mise en place par certains empereurs chinois qui consiste à donner comme épouses des princesses, qui font généralement partie des branches secondaires de la famille royale, aux dirigeants des États voisins. Ce système est souvent adopté comme stratégie d’apaisement avec un État ennemi trop puissant pour être vaincu sur le champ de bataille. Cette politique n’est pas toujours efficace et implique une égalité de statut diplomatique entre l’empereur de Chine et le chef d'État bénéficiaire du mariage. Ces deux limites font que cette politique est très controversée en Chine et soulève beaucoup de critiques.
C'est Lou Jing (chinois : 娄敬) qui est l’architecte de cette politique. À la suite de la défaite de l'empereur Han Gaozu face au Modu Chanyu des Xiongnu lors de la bataille de Baideng en 196 av. J.-C, Lou propose d'organiser un mariage entre la fille aînée de Gaozu et Modu pour sceller la paix entre les deux empires. Sa proposition est adoptée et mise en œuvre avec la signature d'un traité en 198 av. J.-C. Comme récompense, Lou Jing reçoit, entre autres, le droit de prendre « Liu » comme nom de famille, soit le nom de la famille royale,. Parmi les princesses qui sont célèbres pour avoir contracté un "mariage d'alliance" à leur corps défendant, on trouve Wang Zhaojun, sous la dynastie Han et la princesse Wencheng, sous la dynastie Tang.
Les dynasties chinoises qui suivent la dynastie Tang renoncent définitivement à pratiquer des mariages d'alliance/Heqin.
Au XXe siècle, le savant Wang Tonglin a loué les "Heqin" pour avoir facilité le "mélange des races" en Chine.
Sous les Han, il y a eu quinze mariages "heqin", répertoriés:
En tout, il y a six mariages heqin qui sont enregistrés dans les diverses annales de la période des Seize Royaumes. Ces mariages d'alliances présentent deux grandes différences par rapport à ceux pratiqués pendant la dynastie Han :
Les mariages répertoriés sont les suivants :
Tout comme pendant les Seize Royaumes, la Chine est divisée entre plusieurs États rivaux durant la période des Dynasties du Nord et du Sud. Les relations entre ces États dépendent d'un système très complexe de rivalité et de relation suzerain/vassal. Tout comme durant la période précédente, les mariages heqin sont utilisés comme un moyen de maintenir l'équilibre des pouvoirs et/ou de renforcer une alliance.
En tout, il y a cinq mariages heqin qui sont répertoriés dans les diverses annales de cette période:
Fondée en 581, la dynastie Sui achève la réunification de la Chine en 589. Les Sui reprennent alors à leur compte les mariages d'alliance "Heqin" et les utilisent de la même manière que les Han avant eux : assurer la paix entre la Chine et les peuples non chinois de la frontière nord.
Sous les Sui, il y a eu quinze mariage « Heqin » répertoriés :
Les mariages Heqin continuent sous la dynastie Tang et concernent principalement les cinq grands royaumes voisins de la Chine : le royaume des Tuyuhun, l'empire tibétain, les Khitans et leurs alliés les Kumo Xi, le Khaganat ouïghour et le Royaume de Nanzhao.
Sous les Tang, il y a eu 25 mariages "heqin" répertoriés :
Après la chute des Tang, plus aucune dynastie d'origine chinoise n'utilise les mariages Heqin.
Un certain nombre de royaumes et de dynasties non sinisés reprennent à leur compte le système des mariages d'alliances, en l'adaptant à leurs besoins du moment. Les buts de ces mariages varient suivant le peuple et la période concerné: il peut s'agir de maintenir un équilibre des pouvoirs entre les différents États existant au moment dudit mariage, de rallier les élites chinoises à la minorité non chinoise qui a fondé la dynastie, de s'assurer la fidélité de nouveaux alliés ayant fui un royaume ennemi ou de sceller la paix avec un puissant voisin.
Les Xiongnu concluent des mariages d'alliances avec les officiers et hauts fonctionnaires Han qui font défection à leur profit:
Le clan Xianbei des Tuoba, la famille royale de la dynastie Wei du Nord, commence à marier les filles du clan à des membres de l'élite chinoise du royaume durant les années 480. Par la suite, la pratique s'étend aux membres des familles royales des dynasties du sud de la Chine qui s'enfuient pour faire défection au profit des Xianbei.
Yujiulü Anagui, le Khan des Ruanruan, donne en mariage sa fille, la Princesse Ruru (蠕蠕公主), à Xiaojingdi, l'unique empereur de la dynastie des Wei de l'Est,.
Le royaume de Gaochang est une ville-oasis construite dans le nord du désert du Taklamakan par des colons chinois et dirigée par les descendants de ces derniers,. Cette colonie a été fondée par le clan Qu Jia, qui est originaire du Gansu, et plus précisément du district de Yuzhong( 榆中) dans la commanderie de Jincheng (金城). Après son installation dans la région, le clan Qu a contracté des mariages-alliances avec les peuples turcs de la région, surtout après l'an 460, lorsque le khanat Ruanruan prend le contrôle de la région. Une des femmes d'origine turque ayant contracté un de ces mariages est la grand-mère du roi Qu Boya,.
Au début de la période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes, le clan Cao prend le contrôle de l'armée de Guiyi, une armée locale stationnée dans le corridor du Hexi. Avant les Cao, cette armée est sous le contrôle du clan Zhang, qui profite des troubles liés à la chute de la dynastie Tang pour s'ériger en royaume. Vaincus par les Ouïghours du Gansu, les Zhang perdent le pouvoir au profit des Cao.
Pour éviter de connaitre le même sort que les Zhang, les Cao multiplient les mariages-alliances avec leurs puissants voisins Ouïghours: des chefs de clan Cao épousent des princesses ouïghoures et des princesses Cao épousent des rois ouïghours. Ainsi, en 916, la fille du Khan ouïghour épouse Cao Yijin,,.

Les Cao de Guiyi pratiquent aussi des mariages-alliances avec leurs voisins de l'ouest du Royaume de Khotan. Tout comme avec les Ouïghours du Gansu, les mariages sont réciproques : des chefs du clan Cao épousent des princesses Khotane et des princesses Cao épousent des rois de Khotan. Ainsi, la fille d'un des rois de Khotan épouse Cao Yanlu du clan Cao.
La dynastie Khitane des Liao utilise les mariages-alliances pour affermir son pouvoir en créant des liens entre le clan Xiao, dont est issue la famille royale et les élites locales d'origine chinoise. Les premiers bénéficiaires de cette politique sont les membres du clan chinois Han (韓). Ce clan est originaire de Jizhou (冀州) et ses membres ont été intégrés au peuple Khitan par la multiplication des mariages entre les Han et les Xiao. Finalement, les Han sont devenus des membres de l’élite d'origine chinoise fidèles aux Liao,,.
Le clan Geng est un autre clan d'origine chinoise qui bénéficie des mariages-alliances. Les Geng épousent des Khitans et des membres du clan Han (韓). Deux des femmes de ce clan ont épousé Geng Yanyi, un général chinois, et la seconde est la mère de Geng Zhixin. La mère de Geng Yanyi n'est autre que la sœur de l’impératrice Rende.
Han Durang (Yelu Longyun) est le père de la Reine douairière d’État Chen, qui est l’épouse principale du général Geng Yanyi et est enterrée avec lui dans sa tombe à Zhaoyang, dans le Liaoning. En raison de son ascendance liée également au clan Han, Chen est aussi connue sous le nom de "Madame Han". La plupart des tombeaux des membres du clan Geng sont situés au Liaoning à Guyingzi, dans la préfecture de Chaoyang,.
La dynastie Lý, qui règne sur le Dai Viet(soit approximativement le nord de l'actuel Vietnam) marie ses princesses à des rivaux régionaux, afin d’établir des alliances avec eux. Un de ces mariages concerne la princesse Lý Chiêu Hoàng, qui épouse Trần Thái Tông, un membre du clan d'origine chinoise des Trần. Ce mariage a eu l'effet inverse de celui recherché par les Lý, car il a servi de tremplin aux Trần pour renverser les Lý et fonder la dynastie Trần,.
Une autre princesse Lý a épousé une membre du clan Hồ, un autre clan d'origine chinoise. Par la suite, les Hồ ont renversé les Trần et fondé la dynastie Hồ, après le mariage de Hồ Quý Ly avec une princesse Tran,.
Le clan impérial mandchou des Aisin Gioro reprend la pratique des mariages d'alliances. Il s'agit de mariages avec des généraux chinois ayant fait défection au profit des Mandchous lors de la conquête de la Chine et des princes mongols. En agissant ainsi, les mandchous cherchent à s'assurer la fidélité des élites de ces deux peuples. Ceux qui épousent des princesses Qin reçoivent le rang/titre de noblesse "Dolo efu"(和碩額駙).
Après la seconde invasion mandchoue de la Corée, la dynastie Joseon est obligée de donner plusieurs de ses Princesses royales comme concubines au Prince Dorgon, le régent de la dynastie Qing,,,,,,
En 1650, Dorgon épouse deux princesses coréennes à Lianshan, dont la Princesse Yishun/Uisun (義願). Cette Princesse appartient à une des branches collatérales de la famille royale coréenne et est la fille de Yi Gae-yun (李愷胤).
Le roi cambodgien Chey Chettha II épouse la princesse Nguyễn Thị Ngọc Vạn, la fille du seigneur Nguyễn Phúc Nguyên, en 1618,. En retour, le roi accorde aux Vietnamiens le droit d’établir des colonies dans Mô Xoài, dans la région de Prey Nokor. Cette colonie sera renommée plus tard Sài Gòn, avant de devenir Hô-Chi-Minh-Ville,.