Hirsch & Cie

Hirsch & Cie
logo de Hirsch & Cie
illustration de Hirsch & Cie
Le magasin d'Amsterdam sur le Leidseplein, photographié par Jacob Merkelbach en 1913.

Création 1869
Disparition 1962 (Bruxelles)
1976 (Amsterdam)
Fondateurs Léo Hirsch et Johanna Freudenberg
Personnages clés Sylvain Kahn, Sally Berg (Amsterdam)
Forme juridique Société en commandite
Siège social Bruxelles
Drapeau de la Belgique Belgique
Coordonnées 52° 21′ 49″ N, 4° 52′ 57″ E
Actionnaires Sally Berg (en)
Sylvain KahnVoir et modifier les données sur Wikidata
Activité Haute couture, confection, fourrure

Hirsch & Cie, ou Maison Hirsch & Cie, était une maison de couture et de confection fondée à Bruxelles en 1869 par Léo Hirsch et son épouse Johanna Freudenberg. Installée rue Neuve, elle habillait la bourgeoisie bruxelloise d'après les modèles de Paris et devint fournisseur de la Cour. Des maisons du même nom, liées à Hirsch par contrat, ouvrirent à Amsterdam, Cologne, Dresde et Hambourg. La maison bruxelloise fut dissoute en 1962. Celle d'Amsterdam, la mieux connue, ferma en 1976 ; son immeuble du Leidseplein est aujourd'hui un monument national.

Bruxelles (1869-1962)

Fondation

Publicité de la maison bruxelloise, vers 1900.

Léo Hirsch, né Levi Hirsch en 1842 à Altena, en Westphalie, avait appris le commerce à Aix-la-Chapelle puis à Elberfeld avant de suivre à Bruxelles sa fiancée, Johanna Freudenberg. Un commanditaire néerlandais, Van Witsen, apporta 75 000 francs, quand Hirsch n'en avait épargné que 15 000. Le couple se maria en et, selon la tradition familiale, le magasin ouvrit dès le lendemain des noces, à l'angle de la rue Neuve et de la rue du Pont-Neuf. L'affaire fut constituée en société en commandite sous le nom de Maison Hirsch & Cie.

En 1872, la maison s'installa dans la galerie du Commerce, bâtie d'après les plans d'Edmond Legraive, puis s'agrandit à plusieurs reprises. Franz de Vestel en redessina la façade en 1905.

Activité

On y vendait d'abord des vêtements pour dames, des soieries et des châles. Dans les années 1880, la maison se concentra sur les robes du soir, de mariée et de jour, et la fourrure s'y ajouta à partir de 1886. Haute couture et confection y formaient deux rayons distincts : les modèles étaient achetés aux grandes maisons parisiennes, puis reproduits pour la clientèle. La fourrure devint par la suite sa principale spécialité.

En 1881, après avoir confectionné le trousseau de la princesse Stéphanie, la maison reçut le titre de fournisseur de la reine Marie-Henriette. Elle l'obtint plus tard de la reine Élisabeth et de la princesse Marie-José en 1924, puis de la princesse Napoléon en 1926. Jusqu'à la Première Guerre mondiale, le personnel était en majorité juif et d'origine allemande ou autrichienne.

Bernard Liebreich, cousin de Léo Hirsch, apparaît comme associé dans les registres de population dès 1877. D'après l'inventaire des archives de la maison, Hirsch dirigea pourtant l'affaire seul jusqu'en 1893, année où Liebreich devint son associé. En 1894, Hirsch fonda une caisse de retraite pour le personnel.

Après Léo Hirsch

À la mort de Léo Hirsch, en 1906, la direction passa à deux négociants de Hambourg, en attendant que ses petits-fils soient en âge de reprendre l'affaire. Jean-Paul Hirsch la dirigea à partir de 1922. De 1926 à 1934, la maison tint aussi une boutique saisonnière au Kursaal d'Ostende. En août 1942, Jean-Paul Hirsch gagna le sud de la France et rejoignit la Résistance ; l'entreprise fut alors placée sous contrôle allemand. Les affaires reprirent dans les années 1950, mais la maison déclinait depuis longtemps et fut dissoute à l'amiable en 1962. La famille garda les immeubles.

Les maisons sœurs

Les maisons de Cologne (1889), de Dresde (1889) et de Hambourg (1893) furent créées par d'anciens employés ou des parents de Léo Hirsch. Elles lui versaient une redevance pour l'usage du nom pendant une vingtaine d'années, au terme desquelles elles devenaient indépendantes. À Paris, un neveu de Hirsch, Jules Hirsch, fonda vers 1903 la maison Bernard & Cie avec Fred Jourda et Bernard Liebreich ; elle exista jusqu'en 1934.

Amsterdam (1882-1976)

Fondation et essor

Les premiers locaux de Hirsch sur le Leidseplein (au centre), photographiés par Jacob Olie en 1899.

Sylvain Kahn, originaire de Schirrhoffen en Alsace, et Sally Berg, venu de Warburg en Westphalie, étaient nés tous deux en 1857. Ils s'étaient connus chez Léo Hirsch, à Bruxelles, où ils étaient entrés très jeunes. Hirsch leur avança le capital de départ et leur céda l'usage de son nom. Pendant dix ans, il toucha la moitié des bénéfices, puis, dix ans encore, une redevance sur le chiffre d'affaires ; après quoi il n'eut plus aucun lien avec la maison d'Amsterdam. Kahn dirigeait l'affaire, Berg s'occupait des modèles. Le magasin ouvrit le 25 septembre 1882 à l'angle du Leidseplein et du Weteringschans, avec douze vendeurs et une cinquantaine d'ouvrières dans les ateliers,.

En 1928, Kahn raconta à la Nieuwe Rotterdamsche Courant qu'il était venu aux Pays-Bas en avril 1882 pour vendre des soieries de la maison bruxelloise. Les Hollandaises lui avaient paru si mal habillées qu'il s'était cru en Chine. Le dernier jour de son voyage, il trouva sur le Leidseplein un immeuble qu'on aménageait pour un marchand de pianos. L'endroit, alors aux confins de la ville, passait pour absurde, mais Kahn voulait, comme à Paris, une place où les voitures puissent attendre. Les commandes affluèrent si vite qu'il dut faire venir de Bruxelles vingt ou trente couturières.

La maison racheta un à un les immeubles voisins entre 1887 et 1909 et employait quelque 500 personnes en 1911. Sa clientèle venait d'Amsterdam et de tout le pays. La reine Emma y faisait ses achats, tandis que la reine Wilhelmine se faisait le plus souvent présenter la collection au palais. En 1895, Kahn et Berg rachetèrent la maison viennoise Drecoll, dont ils ouvrirent une succursale à Paris en 1902.

L'immeuble de 1912

Le rayon des modes pour dames, vers 1920.

Le nouveau magasin fut construit de 1911 à 1913 sur les plans de l'architecte Alphons Jacot, à l'angle du Leidseplein et du Kleine-Gartmanplantsoen. Il coûta 1,2 million de florins, et la commission d'esthétique de la ville obtint que le projet soit modifié. Certains critiques y virent une copie de Selfridges, à Londres. Le bâtiment fut inauguré le par une réception et un défilé de mannequins prêtés par les maisons parisiennes Drecoll et Paquin. Pour le Textile Research Centre de Leyde, ce fut le premier défilé sur invitation organisé aux Pays-Bas.

Le peintre Isaac Israëls put suivre les défilés et travailler dans les salons d'essayage et les ateliers. Il y peignit plusieurs toiles, en particulier les jumelles Ippy et Gertie Wehmann, qui posaient pour la maison. À partir de 1915, tous les mannequins de la maison furent néerlandais.

Occupation et fin

Sally Berg mourut en 1924 et Sylvain Kahn en 1929. Sous l'occupation allemande, l'entreprise fut confiée à un administrateur et ses directeurs juifs furent écartés. Bernard Arnold Kahn, fils de Sylvain, fut arrêté en janvier 1941 pour un discours anti-allemand prononcé à la Saint-Sylvestre ; il mourut à Buchenwald le 29 mai 1941. Sa sœur Sophie fut déportée en 1943 par Westerbork vers Auschwitz, où elle mourut. Le magasin fut officiellement fermé en 1943 et ses stocks partirent pour l'Allemagne.

La famille récupéra l'immeuble en 1947. Réaménagé par Alexander Bodon et Hein Salomonson, le magasin rouvrit le 7 mai 1948. Faute de capitaux, il ne retrouva jamais sa clientèle d'avant-guerre, et la mode des jeunes des années 1960 fit paraître son style démodé. Il ferma en 1976.

L'immeuble après 1976

Le Hirschgebouw en 2019.

Le Hirschgebouw est inscrit comme monument national depuis 2001. Le premier Apple Store des Pays-Bas y a ouvert le 3 mars 2012, et il s'y trouve toujours. Trois des quatre lustres du magasin ont été transférés au Stadsschouwburg, de l'autre côté de la place.

Historiographie

L'histoire de la maison bruxelloise a été retracée par l'historienne Véronique Pouillard dans un livre paru en 2000 aux Éditions de l'Université de Bruxelles, à partir des archives de l'entreprise. Femke Knoop a consacré en 2018 à la maison d'Amsterdam une étude tirée de sa thèse de doctorat. Ses recenseurs y ont salué une rare histoire d'entreprise de mode aux Pays-Bas ; Anneleen Arnout en a apprécié l'attention portée à la culture matérielle et à l'expérience des clientes, tandis que Huibert Schijf a regretté qu'elle ne dialogue pas davantage avec la sociologie de la mode.

Galerie

Notes et références

Notes

  1. ↑ Bakker et Huyser donnent ailleurs le mois de novembre 1882. Un tableau de l'ouvrage de Pouillard indique 1883, et le compte rendu du livre de Knoop par Huibert Schijf, 1884.

Références

  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 Véronique Pouillard, Hirsch & Cie, Bruxelles, 1869-1962, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles, (ISBN 2-8004-1228-3, lire en ligne).
  2. 1 2 3 4 5 6 (en) « Maison Hirsch & Cie », sur EHRI Portal (consulté le ).
  3. 1 2 3 4 5 (en) Gillian Vogelsang-Eastwood, « Hirsch & Cie, and war-time textiles at the TRC Leiden », Textile Research Centre, (consulté le ).
  4. 1 2 3 (nl) « Leidseplein 25, 1017 PS te Amsterdam (monument 518447) », sur Rijksmonumentenregister, Rijksdienst voor het Cultureel Erfgoed (consulté le ).
  5. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 (nl) Theo Bakker et Bram Huyser, « Hirsch & Cie en het Leidseplein » [PDF] (consulté le ).
  6. ↑ (nl) « De dagtaak van den mode-gebieder Sylvain Kahn », Nieuwe Rotterdamsche Courant,‎ (lire en ligne), sur Delpher.
  7. 1 2 3 (nl) Huibert Schijf, « Femke Knoop, Hirsch & Cie in Amsterdam (1882–1976). Haute couture op het Leidseplein », TSEG – The Low Countries Journal of Social and Economic History, vol. 17, no 1,‎ , p. 176-179 (DOI 10.18352/tseg.1134).
  8. ↑ (nl) « Apple Store Amsterdam opent deuren », sur Architectenweb, (consulté le ).
  9. ↑ (nl) « Apple Amsterdam », Apple (consulté le ).
  10. ↑ (nl) « Stadsschouwburg. Beschrijving van Leidseplein 26 (Marnixstraat 429) » [PDF], Bureau Monumenten & Archeologie, Gemeente Amsterdam, .
  11. ↑ (nl) Anneleen Arnout, « Femke Knoop, Hirsch & Cie Amsterdam (1882–1976). Haute couture op het Leidseplein », BMGN – Low Countries Historical Review, vol. 136,‎ (DOI 10.51769/bmgn-lchr.11082).

Voir aussi

Bibliographie

Liens externes

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